Boire le paysage

texte et photo Ève Lapierre

Habiter le paysage se manifeste sous plusieurs formes. On y dort, on y rit, on y pleure. On le sculpte, on l’observe, on le cartographie, on y dessine des sentiers, des routes, on le sent, on le mange. On peut aussi le boire. Ici, au Bas-Saint-Laurent, nos pelouses, nos champs, nos jardins et nos forêts regorgent de plantes dont on peut faire sécher fleurs, feuilles et racines pour goûter les différents arômes de notre monde durant toute l’année. Il suffit de glisser une petite cuillère de plante séchée dans une tasse d’eau chaude et de laisser infuser quelques minutes pour rencontrer un goût unique de notre paysage, de notre autour.

Boire le territoire commence toujours, bien avant la cueillette, par l’identification des plantes. Le plus simple est d’amorcer la rencontre entre les plantes et nous en apprivoisant les mauvaises herbes. Chez les herboristes, on dit souvent que tout ce dont nous avons le plus besoin pousse près de nous. Alors la première balade peut bien se faire sur notre terrain. Qu’est-ce qui pousse le long des murs ? Sous le pommier ? Dans le jardin entre les plants de courges ? Si vous laissez pousser un coin de pelouse, vous y trouverez assurément du pissenlit, peut-être de l’achillée millefeuille, de la petite oseille, de la verge d’or, de la bardane, de la mauve, du plantain, du trèfle rouge… Ce sont toutes des plantes dont on peut récolter fleurs ou feuilles en abondance, les sécher en embaumant la maison, et profiter de leur douceur tout l’hiver. Ce que j’aime de ces plantes que l’on appelle mauvaises herbes, outre leur proximité géographique avec nous, c’est qu’elles poussent avec une telle abondance qu’il est possible de les récolter sans crainte de les voir disparaître. Je vous invite donc, si l’envie vous prend, à apprendre à boire votre paysage à vous, celui de votre quotidien.

EN AUTOMNE, QU’EST-CE QU’ON RÉCOLTE ?

L’automne est le moment de récolter les racines. Avant l’hiver, les plantes vivaces font le plein d’énergie dans leurs racines, tandis que leurs fleurs et leurs feuillages se fanent. Attention, cueillir les racines n’est certainement pas la cueillette la plus facile pour commencer, mais si vous avez le goût, là, maintenant, d’expérimenter ce contact avec les plantes, trouvez-vous un gros plant de bardanes ou de pissenlits et tentez de déterrer la racine en la brisant le moins possible. Il faut ensuite, pour la conserver, bien la nettoyer et la couper en petite rondelle pour la faire sécher. Comme les racines sont longues à sécher, on peut utiliser un déshydrateur pour le faire. Les racines, lorsqu’elles sont bien sèches, peuvent être torréfiées au four. On infuse de petites quantités de ces racines pour en faire un café de plantes d’ici.

EN AUTOMNE, QU’EST-CE QU’ON BOIT ?

L’automne, c’est aussi le moment où l’on commence à infuser des plantes récoltées l’été, pour ramener un peu de chaleur et s’installer confortablement dans le temps frais. Si vous n’avez pas l’élan de faire votre propre cueillette, il existe, dans la région, plusieurs petites entreprises où il est possible de s’approvisionner en tisanes locales.

L’automne, j’aime particulièrement le goût du thym serpolet, une variété de thym qui pousse naturellement au Québec. Mais peu importe le thym local que vous avez sous la main, infusez-le ! Il est soutenant pour le système respiratoire et tonifiant pour le système nerveux. La tisane de thym est mon café du matin, pendant les mois d’automne et d’hiver. Une infusion de fleur de mauve, cette jolie plante très fleurie que l’on retrouve couramment, de couleur mauve ou blanche, à l’état sauvage, apporte de la douceur dans n’importe quel après-midi pluvieux. Je garde aussi toujours proche quelques pousses de sapin, cueillies minutieusement et en très petite quantité au printemps, petites pousses que j’ajoute parfois aux tisanes, et qui parfument une journée entière. Les fleurs d’achillée millefeuille ne sont jamais bien loin non plus, pour les jours de grands vents lorsque les doigt gèlent pour la première fois de l’année.


liquide
se désécher
je suisune femme fluide
en temps de sècheresse
deux lumières
le quai, au large,
et cette île, autre territoire
je suis celle qui a peur du profond
sous les vagues
remous
même sans vent
les inventer
tant que j’aurai besoin
de cette présence marine
poilues
rencontrer une lièvre
autour d’une laitue
je ne serai jamais de celles
qui ne font pas craquer les branches
quand elles marchent

À propos Marie-Amélie Dubé

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