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Autoconstruction : Faut tu être fou rien qu’un peu ?

texte et photo Marie-Amélie Dubé et Steve McNicoll | dessins techniques Élisabeth Boucher

Mon chum est un peu fou, pis moi aussi… Donc, je pense qu’effectivement il faut être un peu fou.folle et aimer se mettre dans le jus pour démarrer une autoconstruction. Deuzio, se construire autrement , en conteneurs maritimes et de faire une maison qui sort des cadres traditionnels de conception, c’est aussi prendre une voie non défrichée et non pas la voie de la facilité. Toutefois, cette idée n’est pas le résultat d’un coup de tête ou d’une idée farfelue, mais bien d’une décision issue d’une réflexion de deux ans sur nos habitudes de consommation et notre grande dépendance au système économique actuel, mais aussi sur notre désir d’autonomie. Être chez soi, en diminuant sa dépendance aux autres. Nous travaillons toujours plus, pour en avoir plus. Et si on travaillait moins et qu’on avait juste ce qu’on a besoin ? Pas plus, pas moins.

Le modèle d’habitation moderne a grandement influencé les ménages nordaméricains à vivre dans de grands espaces remplis de meubles, d’objets et de déco dont les coûts sont non-négligeables. Payer une hypothèque de 250 000 $ et plus, à deux, pendant 25 ans, dans une immense maison, qui consomme énormément d’énergie est un modèle dont j’ai rêvé étant plus jeune et dans lequel j’ai grandi. Je pense que ce modèle s’épuise, comme nos ressources et comme l’espace pour enfouir nos déchets. Nous devons repenser nos habitations et nos milieux de vie. Diminuer notre empreinte énergétique et viser la réutilisation et la récupération des matériaux dans une optique minimaliste. M’obliger à des paiements énormes à vie, qui me pousseraient à travailler toujours plus, pour avoir une grosse paye, pour payer une richesse matérielle ? Le syndrome du voisin gonflable… et on est tou.te.s pris.es dedans. Ainsi, cette réflexion nous a menés à définir notre projet d’autoconstruction.

Nous avons donc décidé de construire une maison avec la plus grande efficacité énergétique, en ayant en tête un projet de moins de 100 000 $, conçu avec des fournisseurs locaux de produits d’écoconstruction et de seconde main. Étant trois individus et un chien, nos besoins en espace sont minimes et comme nous ne passerons pas notre temps dans nos chambres ou dans notre salle de bain, ces espaces peuvent être petits. Le salon, la cuisine et la salle à manger seront à aire ouverte. Au total, nous habiterons une superficie de 24 x 40 pied, ce qui correspond à trois conteneurs assemblés sur le long. (Voir les détails sur le plan en page 6.)

Mon copain a été mécanicien industriel pendant plusieurs années et est un artisan du fer très inventif. Il conçoit des systèmes mécaniques depuis longtemps et est autodidacte dans plusieurs métiers de la construction. Il est compétent en soudure, en électricité, en plomberie et devient une ressource inestimable pour réaliser ce projet. Ainsi, nous n’aurons pas besoin de contracteur général, seulement de sous-contractants spécialisés, ce qui diminue évidemment la charge budgétaire pour cette autoconstruction.

Plusieurs paramètres sont à considérer avant de penser à une autoconstruction en conteneur maritime. Il faut tout d’abord vous assurer que la municipalité dans laquelle vous voulez construire accepte ce genre de maison. Personnellement, nous avons acheté un terrain de 150 000 pieds carrés à Saint-Alexandre, dans le secteur du Lac Morin, et avons dû accepter que nous devrons couvrir notre maison d’un revêtement traditionnel (Vinyle, brique, tôle, bois, bardeau de cèdre). Ainsi, de l’extérieur, l’aspect conteneur ne sera pas visible. Dans les pays du sud, qui ne sont pas sujets aux changements de température, ou pour une utilisation saisonnière, comme pour le Cirque de la Pointe-Sèche à Saint-Germain, ou pour une utilisation à caractère événementiel avec un chauffage intérieur d’appoint, il est envisageable de conserver à l’extérieur l’aspect métallisé et ondulé de votre installation. Toutefois, il est conseillé de vérifier au préalable avec la municipalité concernée quelles sont les normes en vigueur à ce propos pour éviter des surprises. Considérant les normes en vigueur, nous avons opté pour une isolation extérieure en polyuréthane giclé, qui est impérative pour ce genre de construction, un gage d’étanchéité qui minimisera les pertes d’énergie. Par ailleurs, cette contrainte nous fera gagner de l’espace à l’intérieur et permettra d’agrémenter le cachet industriel que nous souhaitons avoir dans la maison.

Pour le toit, la fibre de verre sera le matériel de recouvrement. Durable et imperméable, ce choix est un incontournable en forêt. Nous pourrons ainsi facilement ajouter un toit vert à la structure dans un deuxième temps afin d’augmenter notre autonomie alimentaire.

Pour ce qui est de la fondation, nous aurions pu opter pour du béton en creusant un sous-sol pour du rangement et augmenter l’espace disponible. D’une part, dans une optique de minimalisme, nous souhaitons stocker le moins possible d’objets, de boîtes, de meubles, de vêtements. D’autre part, une fondation en béton aurait eu un impact considérable sur les coûts du projet et endommagé énormément notre terrain. C’est pourquoi nous avons choisi plutôt l’alternative des pieux vissés, une option rapide, solide et efficace qui altère peu l’environnement.

Au niveau de l’électricité, nous avons décidé de combiner plusieurs modes de production d’énergie afin de diminuer notre dépendance au réseau électrique et d’augmenter notre autonomie énergétique. Nous allons donc ajouter des panneaux solaires qui, nous le souhaitons, seront un jour reliés à une éolienne, lors d’une phase de développement future. Ils alimenteront l’éclairage intérieur et extérieur au DEL, un réseau USB indépendant et quelques prises pour les appareils peu énergivores. Un système de chauffage externe à l’eau chaude, relié à la maison, sera alimenté par de la biomasse produite par des résidus et restes de préparation de bois de chauffage, prise chez entrepreneurs locaux. Finalement, un poêle à bois conventionnel sera également inclus dans la maison, au salon.

Au final, nous avons fait appel à l’expertise de plusieurs fournisseurs de la région pour nous conseiller, bénéficier d’une main d’oeuvre spécialisée et assurer la conformité de notre maison. Le dossier principal de ce mois-ci : l’Autoconstruction : bâtir autrement, vous permettra d’en découvrir quelques-uns. Ainsi, pour les pieux vissés, nous avons fait appel à une entreprise de renom à l’échelle provincial, Techno Pieux, division KRTB. Pour l’isolation thermique, Isolation Tousignant, est le leader de la région en la matière, il semblait tout désigné de faire affaire appel à leur expertise pour notre maison. Pour les portes et fenêtres, Menuiserie Bélisle, est un fournisseur incontournable des Basques qui augmentera le cachet extérieur de la maison et nous permettra, de l’intérieur, d’être en contact avec la nature, vu les 4 portes patio qui seront des ouvertures importantes pour la lumière et l’ambiance générale de la maison. Pour les panneaux solaires, Spécialités électriques, est l’entreprise de Rivière-du-Loup ayant la meilleure expertise dans le domaine. Puis, les derniers et non les moindre, Surplus général Tardif, fournisseur de Saint-Antonin chez qui nous avons acheté nos conteneurs maritimes et qui nous fourniront tout le matériel spécialisé pour l’assemblage de la structure.

Évidemment, nous avons fait affaire avec un maître électricien, un évaluateur, un arpenteur/géomètre, une conseillère pour la fosse septique et le champ d’épuration, une conseillère en architecture, un puisatier, un grutier et une conseillère hypothécaire. La municipalité de Saint-Alexandre fût aussi une superbe ressource dans la réalisation de ce projet et nous les remercions grandement de leur appui et leur confiance en lien avec ce projet !

À propos Marie-Amélie Dubé

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