Aujourd’hui, la vraie liberté et le courage portent les couleurs jaune et bleu du drapeau ukrainien

Texte | Michel Lagacé
Image | Wikipedia

L’ensemble du monde occidental est à la fois bouleversé, horrifié par la guerre en Ukraine et découragé par cette violence faite à un peuple que l’on découvre courageux. Même une partie du peuple russe et les médias indépendants de Russie – aujourd’hui censurés par le pouvoir russe – trouvent cette guerre absurde contre ce peuple frère.

En dehors de la rhétorique de la propagande militaire russe, la seule chose vraie que reproche Poutine aux Ukrainien·ne·s, c’est leur liberté, et leur volonté de garder leurs frontières et de choisir leur destinée démocratiquement. Une liberté durement gagnée après bien des difficultés, des changements au pouvoir dans ce chemin vers la démocratie, et après une sortie de l’URSS, il y a environ une trentaine d’années.

Cette liberté est bafouée par le seul désir d’empire d’un homme: Poutine. Au lieu de se laisser gouverner par un gouvernement fantoche au service de la Russie et de son président comme on le voit au Bélarus, les Ukrainien·ne·s préfèrent se tourner vers l’Europe démocratique. On peut les comprendre, à voir comment le pouvoir russe est répressif pour les voix discordantes qui ne sont pas en accord avec la ligne autocratique de Poutine.

Même si la répression chinoise à Hong Kong était violente, plusieurs pensaient ne plus revoir de telles horreurs dans le monde contemporain. Force est de constater que tant qu’il y aura encore des autocrates proclamés par des manipulations électorales douteuses, de fausses vérités propagées et de la corruption dans plusieurs pays, et tant qu’il y aura des mouvements populistes de droite, le monde occidental ne sera pas à l’abri de ces dérapages de la géopolitique et de la violence.

Saluons le courage des Ukrainien·ne·s et les sanctions économiques de l’Occident contre Poutine et les Russes qui le soutiennent. Mais malgré l’inflation ainsi provoquée et l’éclairage jaune et bleu sur les monuments, exprimant notre soutien, sachons que l’efficacité de ces sanctions et actions contre les oligarques proches du pouvoir russe est extrêmement limitée. Ces sanctions cachent nos faiblesses et notre peur d’une Troisième Guerre mondiale engendrée par un autre de ces monstres de l’histoire de l’humanité.

Ces hommes dangereux des deux derniers siècles, à l’égo démesuré, portent tous le même visage interchangeable : Poutine, Staline, Hitler, Trump, Kim Jong-un. Ces pyromanes détruisent les idées mêmes de civilisation, de démocratie, ainsi que le droit des humain·e·s et des peuples à vivre en paix. Aucun peuple ne devrait leur faire confiance, surtout si ses citoyen·ne·s ne veulent pas perdre leur liberté et cette faculté inclusive de vivre ensemble dans la paix et le respect des autres peuples.

Mettons les choses en perspective la vraie liberté n’est pas dans le convoi de la « Li-ber-té » des camionneurs à Ottawa; elle n’est pas non plus dans les manifestations contre les mesures sanitaires ni dans la liberté d’expression des humoristes. Ces mouvements, légitimes sur certains points, déforment le sens de la liberté, qui devrait inclure celle des autres. Le vivre ensemble passe par des restrictions collectives, des règles de sécurité et une éthique propre à l’État de droit.

Le bien commun, la civilisation, la culture du monde contemporain passent par le respect et une compréhension des règles de ce vivre ensemble. C’est à l’éducation de le faire comprendre. Sinon on tombe dans la barbarie, le chaos, ou l’absurdité du pouvoir des autocrates, qui engendrent les massacres de la guerre comme on le constate encore une fois.

Voici un extrait d’une rencontre avec Georges Nivat, publiée dans le Journal suisse Le Temps le 12 mars 2022, par Alexandre Demidoff et Luis Lema, et diffusée sur les réseaux sociaux. Le professeur et traducteur d’Alexandre Soljenitsyne y réfléchit à la guerre qui sévit en Ukraine.

« Georges Nivat – Je ne croyais pas qu’on en arriverait là. J’ai reçu il y a deux jours un appel d’un ami de Saint-Pétersbourg. Nous avions souvent discuté de Poutine, il s’enflammait, il était très opposé à Poutine, j’étais critique, mais plus mesuré. Je me rappelle toutes nos discussions. Je lui ai dit « Écoutez, je me repens. » Car cette attaque, dont j’ai été informé très tôt le 24 février, a été pour moi un choc terrible.

QU’EST-CE QUI VOUS FAISAIT ESPÉRER UN AUTRE SCÉNARIO ?

Georges Nivat – Je pensais qu’il y avait du bluff dans les discours de Poutine. Il y en a toujours eu une part dans ses actions. J’avais en tête, bien sûr, l’annexion de la Crimée en 2014. Mais les choses étaient un peu différentes. D’abord, il n’y avait pas eu un coup de feu. Là, on est dans le massacre. Ensuite, la plupart des Russes de la Crimée étaient satisfaits. Et puis, la Crimée, on le sait, a été donnée en cadeau à l’Ukraine en 1954 par Nikita Khrouchtchev. Soi-disant pour compenser ses souffrances pendant la guerre. À l’époque ça ne changeait pas grand-chose, puisque la République ukrainienne restait gouvernée par le PC. […]

Rappelez-vous ses articles ignominieux pour dire que si l’ennemi ne se rend pas, il faut l’anéantir. Il faut même l’anéantir avant qu’il ait fait du mal. Autrement dit, il faut avoir du flair. C’est un éloge à peine déguisé du KGB, dont lui-même va périr.

QUE VOUS INSPIRE LA RÉSISTANCE UKRAINIENNE ?

Georges Nivat – Les Ukrainiens, quoi qu’il arrive, ont gagné la bataille morale. Le monde entier, qui n’avait aucune idée de ce que signifiait le mot Ukraine, sait aujourd’hui ce qu’il représente de courage et où ce pays se situe. Il donne un exemple extraordinaire de résistance. Même ceux qui parlent russe sont d’un patriotisme ukrainien sans faille. J’ai un ami, professeur de philosophie à Kharkiv, qui s’est « réfugié », si j’ose dire, à Kiev. Je lui ai parlé samedi matin. C’est lui qui m’a remonté le moral. »

Pouvait-on imaginer qu’un homme à la tête d’une puissance, pourtant pas si énorme, mais qui a tout ce qu’il faut comme arme de dissuasion nucléaire, passerait à l’acte en envahissant le territoire d’un pays indépendant, démocratique, sur la base de prétextes ? Allégations ancrées dans le passé fantasmé de l’ancienne URSS et dans des mensonges farfelus.

Comme le déclare Stuart Williams dans un article paru dans Le Devoir le 22 mars dernier, « malgré l’indignation mondiale et des sanctions sans précédent contre son pays, le président Vladimir Poutine peut compter, pour le moment, sur le soutien de l’élite politique russe, obnubilée par sa propre survie ». Williams cite Tatiana Stanovaya, fondatrice de R. Politik, un bulletin bimensuel d’analyse de la politique russe « “Il n’y a pas eu de signe de scission” au sein de la classe dirigeante russe. […] “Il y a un réel consensus, nonobstant possiblement avec des différences de stratégies”, souligne-t-elle ».

Nous sommes plus que jamais enlisé·e·s dans ce cauchemar inimaginable qu’est la guerre, mais, à cause de la résistance des Ukrainien·ne·s, les Russes pourraient se contenter à long terme de la partie est de l’Ukraine. Il y a aussi cette possibilité d’une guerre encore plus grande, où nous serions tou·te·s emporté·e·s par la vague déferlante de la violence ou par la défense d’un idéal de liberté. Mais le romantisme de cet élan courageux s’enliserait vite dans l’accumulation des cadavres et des blessé·e·s dans les villes détruites. La mort n’est déjà plus du cinéma, ou la seule réalité des pays pauvres. C’est une réalité encore plus présente maintenant pour la majorité des familles du monde. Avant qu’il ne soit trop tard, imaginons le plus vite possible une solution diplomatique, telle une colombe blanche de la paix qui se superposerait à ces images trop réelles de la guerre en Ukraine.

Source – Le Devoir (Stuart Williams – Agence France-Presse à Paris, 22 mars 2022).

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