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Au pays des Wolastoqiyik

texte Samuel Moreau, responsable du Service de la conservation et de l’éducation, Parc national du Lac-Témiscouata

Le Parc national du Lac-Témiscouata se dirige cette année vers son 10e anniversaire de création. Dix ans, c’est bien court quand on sait que des traces de présence humaine sur le territoire remontent à près de 10 000 ans.

Peu de connaissances existent sur ces premiers humains et plus nous remontons dans le temps, plus les traces de leur présence s’effacent : le cuir, le bois et l’os se décomposent pour ne laisser que la pierre comme indice fragmentaire. Environ 3000 ans avant aujourd’hui, une période que les archéologues nomment le sylvicole, les traces d’occupation se font plus importantes sur le territoire du parc. Ces groupes semblent alors avoir des liens importants avec la vallée de la rivière Wolastoq, ou Saint-Jean.

Puis, vers 500 ans avant aujourd’hui, le Témiscouata est le territoire de prédilection du peuple de la belle rivière, les Wolastoqiyik, mieux connu sous le nom des Malécites. Une chose est certaine, les peuples autochtones ont entretenu des liens étroits avec ce territoire au fil des millénaires.

Photo : Mathieur Dupuis, PNLT, Sépaq

Au XIXe siècle, le peuplement du Témiscouata amène les Malécites à demander une réserve au gouvernement britannique, ce qui leur est accordé en 1826. Sous prétexte qu’ils ne cultivaient pas leurs terres, cette réserve leur sera enlevée. Les Malécites du Québec deviennent une diaspora et ce n’est qu’en 1989 que le gouvernement provincial les reconnait officiellement comme la 11e Nation autochtone du Québec.

Aujourd’hui, la Première Nation malécite de Viger, basée à Cacouna, est active particulièrement dans le domaine des pêches et a également des intérêts dans un parc éolien. Ses liens avec le territoire du Témiscouata sont toutefois minces. Au Parc national du Lac-Témiscouata, des efforts ont été mis en place ces dernières années pour valoriser la culture malécite, le patrimoine archéologique et la grande connaissance de la nature que les peuples autochtones entretenaient. Dernièrement, des membres de la communauté malécite et des employé.e.s du parc se sont rencontré.e.s pour développer un projet commun : mettre en valeur la culture malécite au parc national.

Membre du comité culturel malécite, Daniel Brière a comme mission de faire revivre la culture Wolastoqey.

« Il est impératif de se réapproprier la culture, retrouver ses racines et en être fiers. Depuis peu, des ateliers traditionnels sont offerts tout au long de l’année et bientôt nous allons mettre en place un moyen de réapprendre notre langue. Aussi, plusieurs autres projets naîtront dans un avenir assez proche et ça, j’en suis très heureux. Comme cinéaste, j’ai réalisé un documentaire retraçant l’histoire des Wolastoqiyi précédant l’arrivée des Européens jusqu’à aujourd’hui. Aussi, je vous invite à venir partager avec moi l rassemblement « Pow-Wow » les 10 et 11 août à Cacouna. »

Quant à moi, je crois que les parcs nationaux sont des endroits privilégiés pour reconstruire des ponts entre les communautés autochtones et non autochtones. En 2018, j’ai eu la chance de réaliser un programme de formation du Conseil canadien des parcs, qui m’a permis de constater les liens importants entre les communautés autochtones et les aires protégées en Alberta. Je me suis rendu compte que nous avons, les Québécois.e.s, beaucoup de rattrapage à faire pour reconnaitre l’importance de la culture autochtone dans nos vies.

Dès la saison estivale 2019, les gardes-parc naturalistes salueront les visiteur.euse.s du parc par « Qey », bonjour, dans la langue des Wolastoqiyik. Un petit geste qui ne coûte rien, mais qui est un symbole important. Ce simple mot s’est probablement prononcé des milliers de fois sur ce territoire.

Que nous soyons autochtones ou allochtones, nous avons tous un devoir de mémoire.

Le devoir de reconnaître la présence plusieurs fois millénaires des Premières Nations.

Le devoir d’en apprendre plus sur leur culture, notre culture.

Et surtout, le devoir de la garder vivante.

À propos Marie-Amélie Dubé

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