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Artisans, artistes du temps

par Isabella Gallard

 

C’est la mode depuis plusieurs années de chiner dans les petites boutiques locales et autres magasins d’artisans d’art, des objets fabriqués main pour la décoration ou pour joindre l’utile à l’agréable. Cependant, il arrive souvent que l’on ne soit pas prêt à payer à leur juste valeur ces oeuvres, fruits du talent, mais surtout du temps de leur créateur. Pour leur rendre hommage aujourd’hui, petit retour sur l’histoire et la technique du vitrail.

 

L’art d’enchâsser des pièces de verre, claires ou colorées, dans une structure à motif date du Moyen Âge. À l’époque, les assemblages sont maintenus par des baguettes de plomb : les pièces de verre viennent s’encastrer sur les côtés de la baguette en forme de H. Les vitraux sont alors utilisés principalement dans les églises pour décorer les ouvertures et édifier les fidèles par des représentations de scènes ou personnages de la bible. Les couleurs sont obtenues en mélangeant des oxydes de métal à la silice lors de sa fusion à haute température, de l’or pour les rouges par exemple. La palette de couleurs dépend alors de la disponibilité de certains métaux et de la technique du verrier. Certains de ces vitraux sont encore admirés aujourd’hui : le verre, bien que fragile, résiste aux intempéries sans perdre ses couleurs. Seules la suie des bougies et la pollution peuvent encrasser ces véritables oeuvres d’art. Et pour ceux que les édifices religieux rebutent, il existe aussi de nombreux vitraux séculiers, pour les ouvertures, mais aussi sous forme de lampes ou d’objets décoratifs. Ces formes, souvent plus délicates, ont été rendues possibles par Louis Comfort Tiffany qui, vers 1880, inventa la technique du même nom. Un ruban de cuivre entoure chaque morceau de verre : il est alors possible de les souder entre eux, quel que soit l’angle entre les pièces. Les objets qui en résultent sont plus solides et peuvent être façonnés sous forme d’abat-jour conique. Les soudures ellesmêmes peuvent participer à l’esthétique de l’objet par un choix de patine : cuivré, noir ou argent. Ainsi, la fin du XIXe et le début du XXe siècle ont vu fleurir de nombreux vitraux décoratifs sur les portes, fenêtres, lampes et même enseignes.

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Si les motifs Art déco sont toujours très utilisés, la création originale est toujours possible et permet de diversifier tant les motifs que les utilisations. Du panneau rectangulaire à poser devant un mur aux bijoux de fenêtre en passant par des supports à bougie originaux, le vitrail explore la relation entre lumière et couleur. Les textures ne sont pas non plus négligées avec l’inclusion de pierres colorées ou d’agates semi-transparentes : la technique Tiffany s’adapte à presque toutes les formes, y compris les vides. On en vient à innover dans les utilisations à la limite du décoratif et de l’utilitaire : un paravent peut séparer une pièce, mais aussi arborer quelques vitraux ; une lampe éclaire, mais fait aussi partie du décor. La limite de ce qu’on peut faire avec quelques morceaux de verre coloré ne réside que dans notre imagination et dans le talent des artisans qui y apportent une immense valeur. Pour en savoir plus, passez à l’Art Académie où Joane Michaud pourra vous parler avec passion de cet art qu’elle pratique depuis de nombreuses années. Sa boutique présente d’ailleurs de nombreuses créations de styles différents et propose même du matériel pour créer votre propre oeuvre d’art. Il vous faudra cependant alors investir plusieurs heures de patience et de minutie : le temps, c’est le prix de l’art ; sa durée est notre récompense.

À propos Marie-Amélie Dubé

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