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Apprendre à apprendre

texte et photo Silvie Côté

Ma famille a été acceptée à l’école alternative de mon quartier au moment où le Québec annonçait une réforme. Les élèves du Québec, avec l’aide d’enseignant.e.s dépassé.e.s par les événements, allaient faire leur apprentissage par projet et les notes allaient être remplacées par des appréciations. Tout semblait sens dessus dessous. Je me souviens encore de m’être félicitée d’avoir regardé l’avenue alternative, celle qui fonctionnait depuis toujours par projet et qui n’évaluait pas les enfants par notes, mais bien par leur évolution pédagogique, sociale et motrice. Après avoir passé 12 ans à l’école alternative, je n’ai aucun regret et je dirais même que je me considère chanceuse d’avoir eu la chance d’offrir cette opportunité à mes trois filles.

Mais avant de continuer, pour vous permettre de poursuivre la lecture de cet article la tête tranquille, je peux vous dire, pour vous sécuriser, que ma plus vieille a terminé son baccalauréat dans un programme contingenté, que ma seconde possède un DEC en design d’intérieur et compte faire un bac en gestion de projets après deux années d’expérience et que ma petite dernière cherche sa voie au cégep, mais trouvera sûrement ce qui la rendra heureuse dans le monde adulte d’ici quelques mois. Je n’ai aucune inquiétude, aucune.

L’école alternative demeure une expérience plus que positive. J’ai apprécié que mes enfants y soient, et je me suis impliquée à fond dans l’aventure. J’ai été présidente du conseil d’établissement durant 11 ans. Je peux donc vous dire que je connais l’arrière et l’avantscène de ce système. La force de celui-ci est l’enseignement collaboratif. Participent à l’apprentissage : l’élève, l’enseignant.e et le parent. Ce fut un plaisir de tous les jours de voir mes filles réaliser des recettes en prenant conscience des litres, de les voir fouiller pour trouver de l’information sur le pays qui les passionnait et de préparer un spectacle où tout.e.s les élèves de l’école mettaient en valeur leurs nombreux talents.

Concrètement, voici comment fonctionne un groupe. Premièrement, le grand avantage est que l’enfant conserve le même professeur pour trois ans. Le groupe est multiâge, c’est-à-dire que dans une même classe il y a des élèves de première, deuxième et troisième année. L’enfant qui arrive dans un groupe sera dans les plus jeunes et, après trois ans, dans les plus vieux. Il sera celui qu’on aide et deviendra par la suite celui qui aide. Aider un ami consolide les apprentissages et développe d’autres forces. Élèves, parents et enseignant.e.s participent à la vie de la classe. Pendant que le professeur donne de la matière, un parent aide les enfants à avancer leurs projets et un petit groupe d’enfants peut s’installer dans un coin pour réviser des mathématiques en groupe. Si les objectifs fixés pendant la journée ne sont pas atteints, ils seront complétés le soir à la maison et si tout ce qui était planifié dans la journée est La fête de fin d’année à notre école était organisée par un comité constitué d’enfants, de parents et de professeur.es. Des spectacles de parents, de classe, d’enfants ou de parents et enfants précédaient un grand pique-nique. terminé, c’est congé le soir. L’enfant apprend très tôt à être maître de son apprentissage. Il est conscient qu’il doit planifier, réaliser et rattraper ce qu’il n’a pas eu le temps de faire en classe. La vraie vie…

L’enseignant.e suit l’enfant pendant trois ans. L’élève a deux professeur.e.s durant son primaire. Un.e pour sa première, deuxième et troisième année et un.e pour sa quatrième, cinquième et sixième année. Ce fonctionnement fait en sorte que l’enseignant.e connaît l’élève qui arrive en septembre et sait déjà comment l’aider et le stimuler. Il sait où sont ses forces et faiblesses. L’enfant n’est pas étiqueté.e en se basant sur ses notes, mais bien sur son potentiel à devenir meilleur.e, quels que soient la matière ou ses talents.

Jeanne, Frédérique et Charlie ont appris à apprendre et c’est ce qui fait en sorte que je sais que maintenant, quel que soit le défi, elles ont les moyens pour y faire face. C’est le plus beau cadeau que je leur ai offert. Quoi de mieux que d’avoir confiance en son soi, de connaître ses forces et d’accepter ses faiblesses et de ne pas avoir peur de prendre position et de défendre celle-ci ? Merci à l’école alternative. L’école de mes enfants est l’école alternative Nouvelle-Querbes à Outremont, Montréal. Visitez leur site pour plus d’information sur le projet pédagogique : www.nouvellequerbes.org.

À propos Marie-Amélie Dubé

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