Anxiété

Texte | Laura-Lou Fortin
Oeuvre | Marie Simard

L’anxiété, c’est comme la sœur qui te tape sur les nerfs jour et nuit.

C’est comme un coloc avec qui t’es pogné sans pouvoir annuler ton bail.

C’est le p’tit maudit chihuahua de ton voisin qui te jappe après depuis six heures du matin.

Pour moi, l’anxiété, c’est comme une ex. Une jalouse et frustrée qui te rappelle constamment ton passé, comment tu étais le mois dernier, l’année dernière, pis qui essaie de t’y ramener. Pis elle a une osti de bonne pogne. Elle se pogne à deux mains après ton t-shirt pis elle tire comme si y’avait pas de lendemain. Elle te crie après qu’essayer de changer tes mauvaises habitudes, c’est un piège. Elle veut juste que tu reviennes avec elle. Elle veut que tu rentres dans votre vieil appart, plein de souvenirs de marde, pis que vous sortiez ensemble à nouveau.

L’anxiété, j’ai commencé à sortir avec à l’adolescence. Sûrement avant, mais je m’en rappelle moins. Elle me faisait claquer les genoux ensemble, me couvrait de sueur, me faisait shaker : non, pas parce que j’étais en amour, parce qu’elle me foutait la chienne. C’est beaucoup moins pire aujourd’hui maintenant que j’approche mes 30 ans. J’ai cassé, je lui ai dit en pleine face. Heille, c’t’assez ! Moi j’en veux pu de notre relation. Va-t-en !

Mais c’est sûr qu’elle reste. Je l’ai dit, une ex jalouse et possessive. Elle pense que tu lui appartiens et que tu vas toujours finir par revenir dans ses bras. Une crisse de folle. Par contre, faut dire que plus tu te fâches contre elle, plus elle a raison. Plus tu reviens vers elle. Parce que cette folle-là, elle se nourrit de ta colère. Ton manque d’estime de toi, ta tristesse, ta frustration. Elle gobe tout ça et ça l’excite. Parce qu’elle sait qu’elle gagne.

Fait que c’est quoi le meilleur truc pour se débarrasser d’une ex envahissante ? D’habitude, tu fais quoi toi ? Tu la bloques sur tes réseaux sociaux, tu te débarrasses de son numéro de téléphone, tu réponds pas à ses menaces. Exactement. Ignore-la, l’anxiété. Laisse-la se défouler. Regarde-la se débattre comme un diable dans l’eau bénite. Laisse-la crier, accepte son caractère de marde, accepte ses hurlements. Pis tu vas te rendre compte, quand elle a finit de chialer pis qu’elle est toute essoufflée, que c’est elle qui a peur.

Elle a mille fois plus peur de toi, que toi tu as peur d’elle.

Parce que sans toi, sans tes émotions négatives, sans ton attention, elle existe pu.

Bin sûr, tu vas me dire “wow facile à dire!”. T’en fais pas. Elle est toujours avec moi, moi aussi. Elle me surveille toujours. Mais parfois, à quelques rares moments, j’arrive à lui faire peur. J’arrive à ne pas la nourrir de mon attention. Ces rares petits moments, ils sont fucking beaux. Et ils demandent de la pratique. Plus tu vas y arriver, plus ces petits moments vont devenir de grands moments. L’anxiété, elle va reculer de plus en plus vers ta porte. Elle va s’accrocher dans le cadre c’est sûr, elle va peut-être même brailler pour essayer de t’attendrir. Mais continu pis accroche toi. Parle-en à tes amis, à ta famille, à ton docteur. Prends-en des médicaments si ça peut t’aider. Pis tu vas voir, elle va sortir de ta maison. Oui, elle va continuer de bardasser dans ta cours, elle va piler sur tes fleurs, elle va scratcher ton char avec ses clés, elle va cogner dans ta vitre, mais sa voix va être étouffée. Tu vas l’entendre moins. Pis tu vas réussir à mettre tes headphones, écouter une bonne toune, pis respirer en paix.

À propos Marie-Amélie Dubé

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