Allô? M’entendez-vous?

Texte | Alyson-Lee Caron

En cette période de confinement, nous sommes tous forcés à vivre entre nos quatre murs avec comme seule compagnie notre esprit. C’est lors de ces périodes de grande solitude que certains livrent une grande bataille avec leurs démons. On parle beaucoup dans les médias des effets psychologiques que l’isolement peut avoir sur les membres d’une société, mais le message doit se faire entendre davantage. J’ai quelque chose à vous dire…

Le printemps de 2020 sera gravé dans la mémoire de tous comme une longue et pénible période de confinement. Le printemps, c’est censé être un période de renouveau, non? Dans mon cas, c’est plutôt un moment où je me remémore plusieurs mauvais souvenirs. Je vis présentement mon deuxième épisode de «quarantaine». Il y a exactement deux ans, j’ai été hospitalisée pendant plusieurs mois: un trouble alimentaire grave. Alors que des centaines de québécois se battent pour leur vie aux soins intensifs ou dans les CHSLD parce qu’ils sont infectés de la covid-19, il ne faut pas oublier les milliers de québécois qui livrent une bataille tout autant horrifiante. Je parle de tous ceux atteints de quelconque maladie mentale qui ont également besoin d’aide et de ressources en ces temps difficiles.

Je n’écris pas ce texte pour témoigner de ce que j’ai vécu alors que j’étais malade. J’écris aujourd’hui afin de donner un peu d’espoir à ceux qui se sentent vulnérables, alors qu’ils ne peuvent pas quitter leur maison. Pour moi, l’anorexie, ça allait plus loin que mon apparence physique. Je ne me considère pas comme une personne qui a vaincu l’anorexie, mais bien comme une jeune fille qui a appris à s’aimer. En tant que danseuse compétitive, mon monde entier tournait autour de la perfection, alors que j’étais simplement une jeune fille de 15 ans qui faisait son entrée dans l’univers d’une jeune femme. On ne se rend pas compte que les standards de beauté infligés par notre société peuvent créer un poids si lourd sur les épaules des jeunes adolescentes.

J’ai d’abord appris à me détester. J’ai détesté toutes les facettes d’Alyson-Lee, jusqu’au jour où un médecin m’a dit que cette recherche incessante de la perfection allait bientôt me coûter la vie.  C’est à ce moment que j’ai entrepris la plus grande guerre de toute mon existence. Ma première bataille a été de m’accepter. Accepter que mes insécurités et tout ce que je détestais du plus profond de mon âme n’allaient pas changer. Moi qui pensais réaliser tout ça en quelques jours, ça s’est plutôt avéré prendre plusieurs mois, mais jamais, jamais, je n’ai baissé les bras. Ensuite, j’ai dû apprendre à m’aimer. Cette bataille-là, je la livre encore à chaque matin dès que je mets le pieds hors de mon lit et à chaque soir en disant bonne nuit à mes parents. L’amour, c’est une guerre. Une bataille continuelle incluant des victoires et des défaites. Ce qui m’a fait garder espoir lors de mon combat, c’est de me répéter que dans une guerre, il y a toujours un gagnant, c’était à moi de trouver la force et les ressources pour vaincre l’ennemi.

Écrire ce témoignage, c’est déchirant pour moi, mais j’espère de tout mon cœur qu’il aura un impact sur ceux qui le lirons. Depuis ma guérison, mon objectif est de conscientiser mon entourage quant aux maladies mentales qui peuvent s’incruster dans la tête de n’importe qui sans prévenir. Je n’ai jamais eu le courage de m’ouvrir au monde sur cette période de ma vie. Aujourd’hui, j’ai décidé d’ouvrir mon cœur, au moment où les plus vulnérables peuvent être profondément touchés. Il s’agit d’un cri du cœur d’une survivante de la maladie mentale. Moi, Alyson-Lee Caron, je suis une survivante. À vous, qui vous identifiez à cette vulnérabilité, je n’ai qu’une seule chose à vous dire: en ces temps de solitude, tous ceux qui se sentent affaiblis psychologiquement, consultez, demandez de l’aide, parlez-en à un proche. L’important, c’est d’en parler. N’ayez pas peur du jugement. Admettre d’avoir besoin d’aide, c’est le premier pas vers la guérison. La plus grande victoire n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever.

À propos Marie-Amélie Dubé

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