Accueillons la vie, un·e hôte à la fois !

Texte | Fadila Tadili Fariss
Photo | Amanda Mabel Arriaga

Pour le commun des mortels, une auberge de jeunesse représente un lieu d’hébergement touristique dont la mission est de promouvoir la culture du voyage, favoriser les rencontres et les échanges, enseigner l’ouverture d’esprit, former la jeunesse et contribuer à son émancipation…

Pour celles et ceux qui y travaillent ou y résident à titre de bénévole, l’auberge représente plus qu’une entité morale ou une entreprise d’économie sociale, c’est un être vivant à part entière avec une âme vibrant à différentes fréquences. Le grand mystique Rumi nous dit que « l’être humain est une auberge », et moi je pense que c’est vice versa…

« … Chaque matin, un·e nouvel·le arrivant·e. Une joie, un découragement, une méchanceté, une conscience passagère se présente, comme un·e hôte qu’on n’attendait pas.

Accueille-les tou·te·s de bon coeur !

Même si c’est une foule de chagrins qui saccage tout dans ta maison, et la vide de ses meubles… Traite chaque invité·e avec honneur. Il fait peut-être de la place en toi pour de nouveaux plaisirs. L’idée noire, la honte, la malice, accueille-les à ta porte avec le sourire et invite-les à entrer. Soit reconnaissant à tous ceux qui viennent, car chacun est un guide qui t’est envoyé de l’au-delà… »

LES ARRIVÉES
Au comptoir des «
Check-in / enregistrements » :

À l’image d’un tiroir d’épices dans une cuisine partagée ou dans une centrale culinaire ouverte à toutes les classes sociales. Tu ne peux jamais savoir ce qui s’y trouve, mais quand tu l’ouvres, c’est la stupéfaction ! Tout est matière à exploration ; la composition, les mélanges, les intensités, les proportions et la provenance… Au point de te laisser bouche bée !

Aller à la rencontre des client·e·s qui fréquentent l’auberge égalerait à devenir un·e super goûteur·euse. On met son palais à l’épreuve dans le but de l’éduquer. On apprend patiemment à reconnaître les saveurs et les nuances, à les apprécier, et à en retirer les meilleurs bénéfices… Avec le temps, on finit par réaliser que l’on s’est familiarisé avec la plupart des goûts et que l’on a même aiguisé son flair. Mais comment est-ce possible ? On absorbe, on s’adapte et on évalue…

Du plus subtil et insipide des goûts qui passe inaperçu, à la plus délicate et suave des saveurs qui te charme par sa finesse. Du plus hardi et tenace des arômes, imposant par sa force de caractère et impressionnant par sa consistance, au plus exotique ou authentique indigène qui te stimule et te bouleverse. À l’opposé, il y a les ambigus qui te laissent perplexe un long moment avant que les aphrodisiaques ne viennent exciter ton appétit pour la vie, susciter ton intérêt pour les nouvelles aventures et la prise de risques.

Néanmoins, les meilleurs restent ceux·celles dont l’apport nutritionnel est élevé, les propriétés médicinales indéniables. Il·elle·s arrivent de loin, après avoir parcouru ciel, mer et terre. Il·Elle·s ont une vocation ou sont habité·e·s par une mission ; te guérir, te faire réfléchir et grandir. Il·Elle·s s’assurent d’illuminer ta cuisine intérieure et transformer ton être. On le surnomme « le haut du panier », la « tête de l’épicerie » ou bien « RAS EL HANOUT » comme au Maroc, dans mon cher pays natal.

Ainsi, le voyage à la découverte de soi se fait à travers la rencontre d’autrui dans sa différence, sa complexité et sa beauté. C’est un festival de sensations en continu, riche en couleurs comme le « Holi » en Inde et l’été indien en Amérique du Nord… Fort en vibrations comme le Festival des musiques sacrées de Fès, et palpitant comme le Carnaval de Rio De Janeiro au Brésil.

L’ENTRE-DEUX
Le souper communautaire ou le rassemblement autour du feu :

Au gré de l’humeur de nos voyageur·euse·s, la soirée peut prendre un ton intimiste et se concrétiser autour du feu, laissant place aux grandes révélations et confidences, aux aveux, aux fantasmes les plus secrets bien enfouis ou aux regrets les plus persistants…

Autrement, lorsque les coeurs sont à la fête et à la célébration, on ne lésine en rien… Tout le monde met la main à la pâte dans une ambiance endiablée dans l’espoir de réaliser un souper presque parfait, pour que tout le monde en parle !

LES DÉPARTS
«
Check-out / Remise des clefs » :

Il·Elle·s dépendent de la qualité de l’expérience de la veille. Il·Elle·s sont soit empreint·e·s de gratitude, d’émerveillement et de promesses, ou sans mots, car teinté·e·s d’une légère déception.

Ainsi, la quête se poursuit, chacun·e dans son propre monde « gustatif » cherchant à devenir un·e « érudit·e-goûteur·euse » de la vie, apprenant à maîtriser l’art d’apprivoiser l’inconnu !

Paroles d’un voyageur heureux :

Quand de jeunes vagabond·e·s insoucieux·euses se perdent ici,
Papotent avec une bière au tour d’un bon feu,
Rigolent ensemble comme de vrai·e·s ami·e·s,
De minute en minute semblent plus heureux·euses,
Dans cette maison il y a toujours une bonne énergie,
On donne beaucoup même si on a peu,
Sourire collé au visage même en temps de pluie,
Un stop sur ta route et tu auras un accueil chaleureux,
Laisse-toi tenter et active ta folie !


Sak le vagabond (Lucas Coste)

À propos Marie-Amélie Dubé

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