À propos des écovillages : L’exemple de Cohabitat Neuville

Texte | Karianne Bastille

François Dorais, qui se définit comme un humaniste, a toujours été une personne curieuse dans la vie. Je l’ai rencontré en 2013 à Rivière-du-Loup, dans des événements divers. Lors de ses quelques années de vie dans le Bas-Saint-Laurent, il s’impliquait beaucoup dans les milieux qu’il côtoyait. C’est une personne qui aime le monde et qui est soucieuse du bien-être des autres.

En 2014, lui et moi avons fait un roadtrip en Gaspésie, avec comme prétexte d’aller visiter quelques communautés. On a fait un arrêt rapide au Centre d’écologie solidaire appliquée (CESA), une petite virée à la Coop du Cap et finalement, un séjour dans un Rassemblement Arc-en-Ciel (Rainbow Gathering).

De ce court voyage, j’ai eu un aperçu de modes de vie alternatifs et réalisables : des communautés actives, écologiques, à fonctionnement horizontal et/ou anarchiste. Ça m’est resté, au point qu’en 2018, j’étais bien heureuse et fière de pouvoir transformer le restaurant L’Innocent (mon employeur depuis plusieurs années) en coopérative de travailleur·euse·s. Nous devenions enfin souverain·e·s de notre milieu de travail. On en reparlera une autre fois !

De son côté, François a continué ses recherches. Il a visité plusieurs communautés existantes aux quatre coins du Québec. Au travers de ses projets, il est tombé amoureux et a fondé une famille. Avec la naissance de sa fille, il a quitté le BSL (au revoir, les paysages !) pour s’installer avec son amoureuse dans le quartier Saint-Sacrement à Québec.

Un deadline pour trouver la communauté idéale est apparu lorsque son enfant a grandi et s’est approchée de l’âge scolaire : dans quelle école, dans quel milieu voudraient-il·elle·s envoyer leur petite humaine ? Que voulaient-il·elle·s offrir à leur enfant ?

Ça l’a remis sur des pistes de recherche. Après avoir joint des groupes Facebook d’écovillages, il a envoyé des tonnes de messages à ses ami·e·s déjà « pluggé·e·s » sur les écohameaux. Finalement, en mars 2020, lui et sa conjointe sont tombé·e·s sur la communauté idéale : Cohabitat Neuville (www.cohabitatneuville.com), une communauté fonctionnant en sociocratie* (définition à la fin de l’article).

Ça correspondait à la majorité de leurs critères : proche du précieux réseau de Marie-Christine qui enseigne la danse orientale à Québec depuis une quinzaine d’années, une communauté qui partage leurs valeurs et leurs visions, un terrain magnifique, un prix ne dépassant pas 300 000 $. Leurs démarches pour acheter une habitation jumelée sur le terrain de Cohabitat ont donc commencé à ce moment.

La pandémie a toutefois modifié quelques détails : à cause de l’augmentation du prix des matériaux de construction, le couple a dû renoncer à la maison sur le terrain de la communauté ; elle ne leur était plus accessible !

Et par chance (ou grâce à la ténacité ?), il·elle·s ont trouvé une maison à 3 km de Cohabitat Neuville. Depuis quelques mois, il·elle·s y ont emménagé·e·s. Avec tout cela, la participation directe est sur pause, mais devrait reprendre sous peu, entre autres avec les besoins de l’érablière.

Photo
Écohabitat Neuville

« De plus, les membres fondateur·trice·s sont débordé·e·s par la tâche colossale que représente le démarrage d’un tel projet de vie. Il·Elle·s ne sont donc pas tellement disponibles pour des activités ludiques avec des personnes qui ne vivront pas sur place. Mais une fois les maisons construites et les bases posées, ce sera plus facile d’aller les visiter, de participer à leurs activités et d’en organiser », raconte François. « En attendant, on est dans un processus d’enracinement, de création d’un réseau élargi. J’ai commencé à rencontrer quelques voisin·e·s direct·e·s, notre enfant a commencé l’école, on fait quelques belles rencontres, mais ça demeure très individualiste. Peu de gens ont la disponibilité pour tisser de nouveaux liens en profondeur. Certain·e·s sont débordé·e·s, d’autres juste pas intéressé·e·s. De savoir que le cohabitat est tout près me rassure ; le projet attire des gens qui partagent notre désir de partage, d’entraide, de passer du temps ensemble… »

« J’ai même déjà trouvé un travail sur une ferme maraîchère située juste à côté du Cohabitat ! C’est un cohabitat parfait, car je suis arrivé juste au moment où la propriétaire des jardins cherchait à recruter ! C’est vraiment emballant de me dire qu’après ma journée de travail, je vais pouvoir aller “chiller” avec la gang ! »

Est-ce que vous vous sentez exclu·e·s de la communauté, puisque vous n’y résidez pas ?

« Non, vraiment pas. Il y a la possibilité d’être complice de la communauté, pour travailler volontairement sur le terrain. Il est aussi possible de faire don de notre temps, en participant aux corvées (il y a aussi un verger rempli de pommes à l’automne !). En échange, on peut jouir de la communauté, on peut partager les terrains et l’espace. On peut aussi organiser des événements communs avec le groupe. Toutefois, on ne peut pas participer aux décisions dans les cercles de la communauté. C’est la limite, vu qu’on ne réside pas dans les habitations de l’écovillage. »

Ma prochaine étape : aller voir de mes yeux la beauté de cette communauté de Neuville. Je prévois aussi contacter d’autres cohabitats afin de comprendre les différences entre chacun.

Je vous invite à lire les prochaines parutions de La Rumeur du Loup pour y découvrir les entrevues à venir (j’en ai déjà deux de prêtes à raconter !).

D’ici là, jasez avec vos voisin·e·s !

François Dorais et sa famille

ÉTAPES POUR DÉCOUVRIR SA COMMUNAUTÉ

1— Ouvrir les réseaux sociaux et chercher les groupes et rassemblements d’écohameaux et d’écovillages. En parler autour de soi.
2— Rechercher, s’informer, comprendre les valeurs, lire sur les villages qui vous intéressent.
3— Se questionner sur ce que l’on cherche vraiment. Le livre Vivre autrement de Diana Leafe Christian, publié aux éditions Écosociété, est une excellente référence pour démarrer sa réflexion.
4— Faire du réseautage, rencontrer les gens des villages, écouter et trouver des pistes de recherche.
5— Visiter les villages, participer aux activités ET aux corvées (pour bien saisir l’endroit).
6— Choisir ! Lequel me convient ? Faire un test sur le moyen terme, participer aux processus d’intégration (montant d’argent, participation active, implication).

CHOSES À ÉVITER

— Se dépêcher dans ses recherches ! (Prendre son temps est très important. Il ne faut pas s’engager trop vite, surtout avant d’investir de l’argent !)
— Se faire trop d’attentes. (On pense souvent que ce sont des lieux parfaits qui répondront à tous nos problèmes. Restez réaliste !)
— Être humble. (Nous sommes tou·te·s humain·e·s et faillibles, comme tout·e citoyen·ne vivant dans une communauté !)

TOP DES ÉCOVILLAGES SELON FRANÇOIS

1— La Cité écologique de Ham-Nord (expérience, spiritualité, école primaire sur place)
2— Coop du Cap, Cap-au-Renard (beauté du paysage, diversité de projets)
3— Le GREB, La Baie (présence de chercheur·euse·s, laboratoire, autonomie)
4— SageTerre, Le Bic (beauté du terrain, présence de Jean Bédard, multitude de projets, fiducie)

LEXIQUE

Sociocratie : type de gouvernement d’une structure, de toute nature, consistant à mettre chacun à contribution au niveau de la réflexion et de la réalisation des objectifs.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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