À lire à voix haute

Texte | Max Bélisle, préposé au délire

Je me suis perdu sur Netflix récemment. Quelle surprise, tu vas me dire ! Je t’ostine pas. J’écoutais Sexy Beasts. Il était tard, tu comprendras, l’attention n’y était pas complètement. C’est apparu en cliquant sur « Play something ». Bon, OK, trêve d’excuses ; c’est drôle au boutte ! C’est une télé-réalité dans laquelle une personne va en rendezvous galant avec trois autres, en élimine une, va en deuxième date avec les deux autres, puis choisit une personne gagnante. Rien de nouveau sous le soleil. Seul détail : elles sont déguisées en bêtes complètement affreuses pour camoufler tout indice potentiel d’apparence physique. J’ai constaté premièrement qu’on a atteint un moyen niveau dans le déguisement et le maquillage. Aussi, on constate qu’on en communique beaucoup simplement avec la voix, qu’on transmet énormément d’information.

On a qu’à penser à ce sketch classique de François Pérusse où Roger essaie de prendre une voix basse et en contrôle pour inviter Caroline du bureau à sortir, mais qu’il se mêle avec sa voix habituelle pour parler à sa mère qui l’aide encore avec son lavage ! Cherche pas, c’est dans le tome 3. Jamais entendu de cri bas super réconfortant dans un manège à La Ronde ni un parent consoler son enfant avec une petite voix aiguë. Et si Martineau et Duhaime parlaient comme Barry White ? L’émission à Télé-Québec se serait sûrement appelée La Détente plutôt que Les Francs-tireurs. Prenons un moment de slow clap pour ce jeu de mots là. Et que dire de « Cool Cat Duhaime », négociateur de convention collective ! Assurément !

On transmet un peu d’où l’on vient par la voix. Un simple accent ou une simple expression régionale donne des indices sur notre point d’origine. Quel plaisir j’ai eu à mes premiers instants en sol bas-laurentien de découvrir des expressions que soit je ne connaissais pas ou qui sont beaucoup plus populaires ici que dans le Centre-du-Québec, d’où je suis originaire. Ici, entre autres, on n’écoute pas des émissions de télé, on ne les regarde pas non plus, on les « prend ». Pour signifier « beaucoup », « à plein » dépasse largement « en masse ». Avant d’arriver ici, un « croche », pour moi, c’était quelqu’un de louche ; Slapshot me l’avait appris avec son fameux « Elle, est croche ! » Mais non, ça s’est transformé en « une courbe sur la route ». Signifier un terrain plat, sans dénivellation, c’est « su’l planche ». Cette expression-là sortait souvent quand il s’agissait de faire de la vitesse en char. Donc, je me disais : « À la planche » pis « su’l planche », des synonymes ! Y’a fallu que je pose la question ! Je me disais : « C’est quoi l’affaire ? Y’a tellement de côtes icitte qu’il faut que tu le soulignes quand c’est plat ? » Et je ne commence même pas avec les accents venus d’ailleurs sur la planète, ou des gens qui sont en apprentissage du français. La rencontre d’où l’on vient et d’où l’on va.

Beaucoup de savoirs ancestraux se sont transmis en se parlant, et c’est un peu discrédité par la forme écrite. C’est normal, y’a une sorte d’exactitude dans certains savoirs que c’est ben le fun d’avoir. As-tu déjà réussi une recette que ta grand-mère t’a donnée avec ses mesures en « un ti-peu » pis en « à peu près d’même » ? Ben, pas moi ! Avoir ça d’écrit quelque part avant que l’Alzheimer se sauve avec le livre de recettes, c’est votre mission dès maintenant ! J’imagine qu’il y a une certaine magie dans le caractère éphémère de la chose ; un moment intergénérationnel partagé que l’on ne reverra plus, quelque chose dont il faut profiter. Mais grand-maman, ton décès était inévitable, mais pas celui de ta bouffe, bon !

Mais pour les histoires, les contes, les légendes, les anecdotes, c’est tellement pas à l’écrit que ça se passe. Là, tu la veux l’éloquence, l’inflexion, le timbre, TOUT ! L’expérience totale. Le pouvoir des mots avec leur enrobage vocal pour te prendre par la main encore plus. Le contenu audio parlé, que ce soit la radio, le podcast ou le livre audio, gagne en popularité, et ce n’est pas pour rien. La voix porte en elle un engrais supplémentaire pour faire pousser le fruit de ton imagination. Et j’imagine que c’est là que le Rendez-vous des Grandes Gueules intervient et vous fait vivre des moments inédits, dans le confort de voix et d’histoires.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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