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À l’aube d’un tournant

texte Virginie Chrétien | Artiste en arts visuels et travailleuse culturelle photo Alain Miville-Deschênes

 

La Corporation des métiers d’art du Bas-Saint-Laurent en est à sa 20e année d’exercice. À l’heure actuelle, l’organisme est en pleine logistique du 19e salon qui, du 15 au 18 novembre prochain, se tiendra à l’Hôtel Rimouski. En parallèle à cette organisation importante, une profonde réflexion s’opère quant au futur. Déjà sensible à ce qui pourrait distinguer la 20e édition de son traditionnel salon, l’organisme a saisi l’occasion d’engager un processus d’orientation qui actualiserait l’identité de la Corporation et ses objectifs. Zoom sur un OBNL qui questionne les possibles.

D’emblée, il apparaît important de mettre en lumière deux grands pôles, spécifiques aux métiers d’art, vis-à-vis desquels se positionnent les artisans et les organisations oeuvrant dans ce secteur. Le premier est axé sur la commercialisation du produit signé et le second est axé sur la pratique en recherche et création, se manifestant par la création d’oeuvres d’expression. Le fruit du premier reçoit potentiellement l’appui de la SODEC, se réalise en série, se vend dans les salons et, d’ordinaire, a une fonction utilitaire. Le second reçoit plutôt l’appui du CALQ ou du CAC, s’expose en galerie et est davantage polysémique. Le premier pôle est la pierre angulaire des salons des métiers d’art où abondent les artisans qui, en véritables PDG, agent de communication, médiateur culturel, chauffeur de van, tiennent à bout de bras et de coeur leur production à la sueur de leur front, un enfant sous le bras, l’autre main sur l’argile du tour. Le second pôle fonctionne sur un autre schéma. Sans qu’elle soit mise consciemment en avant-plan dans les motivations du créateur, la contribution à l’avancement de la discipline caractérise davantage cette pratique de recherche. Une pratique que l’on pourrait qualifier de plus émancipée, autant dans ses finalités matérielles que sur le plan pécuniaire, étant moins soumise aux aléas de l’offre et de la demande, de la production en série, etc. La polyvalence prévaut ici également, ne vous inquiétez pas ; d’une main, l’artisan écrit son texte de démarche et envoie des dossiers d’exposition, de l’autre, il taille le cuir et, avec ses pieds, il coupe les légumes du souper !

 

 

Alors que le secteur des métiers d’art est, depuis une dizaine d’années, complètement poreux aux tendances supra voire méta disciplinaires qui s’opèrent dans tous les domaines de la création, il est capital de s’intéresser à la frontalité, dis-je, à la mise en opposition de ces deux pôles et de revisiter profondément leurs manifestations. La Corporation peut être et devenir un grand initiateur en ce sens. À l’image des artisans, la Corporation a le devoir de renouveler sa vision, de proposer des approches innovantes qui dialoguent réellement avec les pratiques d’aujourd’hui. Et si, pour faire écho à la dernière Rumeur du Loup, une des solutions se trouvait dans la décroissance ? Non pas faire plus comme faire plus de sous, plus d’objets, plus d’événements, mais tout simplement faire mieux et faire sens alors que nous en sommes à ce point sur notre ligne de vie.

 

À propos Marie-Amélie Dubé

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