À la recherche de la langue perdue avec Édith Bélanger et Dave Jenniss

Texte | Daisy Winling

« Pour transmettre sa culture, il faut un territoire et une langue », disent Édith Bélanger et Dave Jenniss, respectivement panéliste et animateur-modérateur de la table ronde qui se tiendra après la diffusion de Je m’appelle humain, le documentaire de Kim O’Bomsawin.

Mais la communauté Wolastoqiyik Wahsipekuk du Québec, dont Édith et Dave font partie, n’a plus ni l’un ni l’autre. Alors, comment fait-elle ?

Édith Bélanger est diplômée en philosophie et chroniqueuse sur Espaces autochtones de Radio-Canada en plus de poursuivre une maîtrise à l’École nationale d’administration publique (ENAP). Dave Jenniss est un homme de théâtre : il est acteur, metteur en scène, dramaturge et directeur artistique de la compagnie Ondinnok à Montréal.

Chacun·e à sa manière, il·elle·s se sont réapproprié leur langue et la transmettent.

Communauté dispersée, langue perdue

La nation a bien une réserve à Whitworth, mais c’est une parcelle de forêt de 1,7 km carré, et personne n’y a jamais résidé. Il est possible d’y séjourner avec une autorisation vérifiée à l’entrée par un gardien, se souvient Dave Jenniss, un brin nostalgique. Avec son père, ils y sont venus à plusieurs reprises, passant les nuits dans la roulotte de la réserve.

La dispersion de la communauté à travers le Québec a entraîné la perte de la langue wolastoqey. Édith Bélanger estime que le wolastoqey s’est complètement éteint au Québec dans les années 60. Elle n’a jamais entendu son père ni sa grand-mère la parler.

Retrouver sa langue et son nom

Pour apprendre la langue, Dave Jenniss et Édith Bélanger ont tous les deux effectué des séjours d’immersion linguistique au Nouveau-Brunswick auprès du même professeur, Allan Tremblay. Celui-ci et près de 5000 autres personnes de la province maritime se trouvent dans six des huit communautés qui constituent la nation Wolastoqiyik. Celle du Québec compte environ 1200 membres d’après le site des Affaires autochtones et du Nord Canada, et celle du Maine aux États-Unis, 1700.

Le fleuve Wolastoq, qui veut dire « le beau fleuve » et qui est connu sous le nom de Saint-Jean, relie ces huit communautés. Les Wolastoqiyik sont donc le peuple du beau fleuve. Par conséquent, en 2019, la Première Nation malécite s’est réapproprié son nom de Wolastoqiyik. La communauté du Québec, auparavant appelée Malécites de la bande de Viger par les colons français, s’est renommée Wolastoqiyik Wahsipekuk.

Transmettre et créer de la culture

Édith Bélanger s’est rendu compte qu’elle devait aller plus loin qu’apprendre la langue ; elle pouvait la redonner à la communauté du Québec d’abord, mais aussi à celles, anglophones, du Maine et Nouveau-Brunswick. Avec le concours d’Allan Tremblay et de sa famille, d’une équipe de la nation Wolastoqiyik Wahsipekuk, elle a entrepris de créer une plateforme trilingue wolastoqey-français- anglais avec pour objectif que les personnes qui l’apprennent puissent mener une conversation simple rapidement.

De son côté, Dave Jenniss, même s’il en est resté aux bases de la langue wolastoqey, s’en sert pour infuser ses pièces de théâtre. En faisant entendre des mots, des chansons en wolastoqey et d’autres langues autochtones, il est convaincu que « plus on va entendre des langues différentes sur scène, plus les gens se rendront compte qu’elles sont bien vivantes ».

La réappropriation de sa langue, sa conservation, sa transmission, c’est ce qu’évoque justement Je m’appelle humain. Tout en suivant la poète innue Joséphine Bacon, le long métrage de Kim O’Bomsawin fait entendre la voix de la génération suivante, qui reprend le flambeau.

photo | Maxime Côté

Dimanche 7 février | Gratuit
TABLE RONDE avec Kim O’Bomsawin et Édith Bélanger, animée par Dave Jenniss.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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