« Mes rêves me rappellent qui je suis, jamais mes origines ne me quitteront. »

L’histoire de Joséphine Bacon racontée dans Je m’appelle humain

Texte | Valérie Cloutier

La poétesse innue Joséphine Bacon emmène la réalisatrice du documentaire Je m’appelle humain, Kim O’Bomsawin, sur les traces de son passé. Comme dans ses trois recueils de poésie, Joséphine se bat pour le rayonnement de sa culture et de sa langue maternelle. Selon elle, on ne naît pas poète, mais on le devient : « Ce sont eux, mes ancêtres, mes poètes. », raconte Joséphine lors du tournage du film documentaire.

Le regard d’O’Bomsawin sur le documentaire

« Mon constat, c’est qu’on soit éduqué ou pas, la méconnaissance à l’égard des Autochtones, elle est généralisée. Je trouve toujours fascinant de rencontrer de grands érudits, ou des gens qui ont une culture phénoménale, qui ne savent rien de la réalité autochtone. », raconte Kim O’Bomsawin lors d’une rencontre radiophonique avec Stéphane Bureau au balado Les grands entretiens. Sa grande curiosité nous amène à découvrir des facettes cachées des Autochtones et surtout, à briser certains préjugés à leur égard. Par exemple, Joséphine Bacon raconte ses anciennes histoires au pensionnat à Maliotenam, près de Sept-Îles, là où sa vie a changé alors qu’elle était âgée de cinq ans. Dans ce documentaire, O’Bamsawin voulait montrer l’histoire d’une jeune Autochtone privée de sa culture et son point de vue actuel sur la vie.

Une beauté pour les yeux, mais aussi pour les oreilles

Des images ralenties d’une rivière qui coule à flots, des caribous qui traversent à la nage la Rivière George, un voile céleste qui révèle des étoiles qui se déplacent hâtivement, la beauté des terres autochtones… En somme, les paysages dévoilent des horizons jamais vus auparavant et des images mettant en avant les beautés de la nature. Également, la belle mélodie crée une ambiance chaleureuse. Par exemple, elle s’ajoute aux scènes qui montrent des paysages majestueux ou encore, l’histoire de Fidèle, le castor de Joséphine, un cadeau donné par les Indiens qui l’avaient autrefois accueillie lors de son arrivée à Montréal. Les procédés esthétiques employés engendrent une atmosphère douce et apaisante.

Joséphine Bacon, protagoniste racontant sa propre histoire

En 1952, Joséphine Bacon est transférée dans un pensionnat afin qu’elle puisse apprendre le français, ce qui l’éloignera d’autant de sa langue maternelle. À 19 ans, elle se retrouve dans la « grande ville » de Montréal et pendant longtemps, elle dormait dans les toilettes de dépanneurs afin de se tenir au chaud. Heureusement, le bar La Paloma offrait des services : boisson chaude, de la nourriture et un logement chaud où rester jusqu’à la fermeture. Joséphine raconte ses nombreuses péripéties avec une aisance naturelle. Nous avons très souvent l’impression qu’elle oublie l’existence de la caméra et elle exprime avec son grand sourire et sa belle joie de vivre son déroulement d’une vie d’une jeune Autochtone arrachée de son cercle familial pour ensuite vivre dans une « prison d’État » pendant quatorze ans, vivant ensuite pendant des années une vie d’itinérante, pour terminer cette folle aventure par une belle vie d’une poétesse connue et appréciée par tous. Malgré ces mauvaises histoires de son passé, Joséphine se ravit de sa belle vie et surtout, elle a repris contact avec sa famille.

Voici un court passage de son roman Bâton à message : « Je me suis faite belle,/Pour qu’on remarque la moelle de mes os./Survivante d’un récit qu’on ne raconte pas. »

La plus grande fierté de Joséphine

Le thème principal du documentaire est le respect et la fierté de nos origines. Elle lutte pour éviter la disparition de sa langue, de sa culture et de ses ancêtres. Dans le cas de Bacon, sa plus grande valeur est la reconnaissance de son peuple. Joséphine a rédigé trois recueils de poésie. Le premier, Bâton à message (Tshissinuatshitakana), remporte le prix littéraire du Québec en 2018. Ce moment du documentaire était spécialement touchant parce que la famille de Joséphine l’a accompagnée lors de la remise des prix. Son roman composait des petits paragraphes de poèmes écrits en français et en innu. Cette poétesse défend l’importance de sa langue maternelle dans ses écrits : « Par mes recueils, la parole innue va continuer à vivre, elle ne va pas mourir », avoue-t-elle dans le documentaire. Kim O’Bomsawin nous en apprend également davantage sur le mode de vie innu : les techniques de chasse, du pain cuit dans le sable, la préparation de la viande et sa cuisson sous un tipi.  À la fin du film, Joséphine retourne sur ses terres : « Lorsqu’on marche sur les terres innues, on se sent émue parce qu’on marche sur les pas de nos ancêtres », exprime-t-elle. Joséphine fut autrefois arrachée de sa famille et à sa culture, mais cette dernière conclut : « Mes rêves me rappellent qui je suis, jamais mes origines ne me quitteront. » L’important, c’est de ne jamais oublier qui nous sommes.

Une belle leçon de vie – Court-métrage réalisé par Isabelle Kanapé

Ka tatishtipatakanit (éthéré), peut se définir comme une leçon poétique au sujet du respect. Ce très court métrage (2 m 35) d’Isabelle Kanapé raconte l’histoire d’un jeune homme qui propage des rumeurs dans le dos de l’aîné du village. Se sentant coupable, il se dira prêt à tout faire pour obtenir son pardon. Alors, l’aîné le mettra à l’épreuve d’une manière très originale et empreinte de sagesse.

Tout en noir et blanc. La force de cette absence de couleur donne une atmosphère sensible et touchante. Les images et les sons de la nature nous transportent dans une ambiance calme ; le vent sur le sable du désert, les yeux, des mains, une grande forêt vaste, l’océan infini, des oiseaux et l’image motrice, les plumes qui virevoltent dans le vent. La voix omnisciente racontant le récit dans la langue innue nous berce dans le confort de notre chez-soi.

Un homme transmet des rumeurs au village sur l’un des aînés. Le jeune finit un jour par le côtoyer, puis il comprend que l’aîné n’était pas tel qu’il le croyait. Il se sent coupable. Il lui demande ce qu’il devrait faire pour réparer son erreur, être pardonné des rumeurs propagées. L’aîné lui dit alors : « Tu prendras un oreiller de plumes, tu le déchireras et tu laisseras partir les plumes au vent. » Après s’être exécuté, il retourne près du vieil homme et il lui dit : « Voilà ! Et maintenant, tu me pardonnes ? » L’aîné lui répond : « Non, il te reste un dernier geste à accomplir. Toutes les plumes que tu as laissé partir, tu vas les ramener et les apporter ici. » « Mais, c’est impossible ! », répondit le jeune homme. « Les plumes sont dispersées partout. Comment pourrais-je toutes les retrouver ? », continua l’homme. « À présent, tu devrais comprendre. », lui répondit l’aîné : « Les paroles malveillantes sont aussi difficiles à rectifier que de rattraper des plumes parties au vent. »

Ce récit est narré sur fond de sons ambiants de la nature qui se fondent parfaitement la douceur de l’histoire, qui montre à chacun l’importance de respecter son entourage.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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