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Vues dans la tête de Micheline Lanctôt

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par Busque

 

Qui ne connait pas Micheline Lanctôt? Elle est à la fois actrice, scénariste, productrice, monteuse et réalisatrice de plusieurs films dont son dernier, «Autrui», qui sera présenté lors du festival Vues dans la tête de… Voici une entrevue avec celle que vous aurez la chance de rencontrer du 4 au 7 février dans un cinéma près de chez vous.

 

Busque : C’est vraiment un beau cadeau pour notre région de vous avoir comme réalisatrice invitée du festival Vues dans la tête de… Pourquoi avoir accepté cette invitation ?

 

Micheline Lanctôt : Parce que je crois fermement que les régions doivent avoir leur part d’évènements culturels. J’ai un chalet à Saint-Simon, pas très loin de là, et j’adore le Bas-Saint-Laurent. Je trouve qu’on m’a offert une belle occasion de programmer des films qui n’ont peut-être pas été vus là-bas et qui sont peut-être moins offerts en région.

 

B. : Quelle est votre relation avec Rivière-du-Loup ? Est-ce une première fois pour vous ?

 

M.L. : [rires] Non, ce n’est pas la première fois que je vais à Rivière-du-Loup ! Je connais assez bien la région. J’ai toute une partie de ma famille qui est originaire de Rivière-Ouelle, et ça fait assez longtemps que je vais au Bas-Saint-Laurent. C’est une région que j’aime beaucoup et des gens que j’aime beaucoup. Mon père avait un verger et on avait un fermier qui s’en occupait. Cet homme était originaire de Rivière-du-Loup, alors tout se recoupe !

 

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B. : Autrui sera présenté le samedi soir durant le festival. Qu’est-ce que ce plus récent film représente pour vous ?

 

M.L. : Un autre miracle. C’est-à-dire que c’est un sujet qui n’est pas facile. J’ai été obligée de faire beaucoup de compromis, mais on a finalement réussi à le monter puis à le faire. Dans les conditions actuelles, ça tient du miracle parce que c’est de plus en plus difficile d’aborder des sujets qui ne sont pas consensuels. C’est un film qui parle de l’altruisme. C’est l’histoire d’une jeune femme qui, par une froide nuit d’hiver, recueille un itinérant qui s’était réfugié sur son balcon, parce qu’elle veut l’empêcher de mourir de froid. Le film tourne autour de la relation qui s’ensuit.

 

« Le grand écran va rester, c’est sûr, mais il sera pour les productions spectaculaires à plusieurs millions. »

 

B. : Parmi les films que vous avez sélectionnés pour la programmation du festival, y en a-t-il un que vous jugez incontournable, sans discrimination pour la qualité artistique des autres films présentés ? Pourquoi ?

 

M.L. : Ils sont tous incontournables ! Si je les ai sélectionnés, c’est parce que je crois que les gens devraient les voir ! En fait, les deux films de fiction Arwad et L’ange gardien sont des films qui ont eu très peu de résonnance, c’est-à-dire qu’ils sont sortis de façon extrêmement confidentielle, et je pensais qu’ils n’avaient pas eu l’attention publique qu’ils méritaient. C’est surtout dans ce sens que j’ai orienté mon choix. Il y a plein de bons films que je juge incontournables, mais j’ai un petit quelque chose pour L’ange gardien parce que Jean-Sébastien Lord est l’un de mes anciens étudiants et parce que c’est un film qui aurait dû, en principe, trouver son public et qui ne l’a pas fait. Pour Arwad, c’est une de mes anciennes étudiantes qui l’a coscénarisé. C’est un film qui a été tourné dans des conditions assez misérables et, en plus, le réalisateur est Syrien. Il y avait donc une forme d’actualité qui s’imposait. Bon, il n’a pas pu être tourné en Syrie à cause de ce qui se passe, mais c’est un film que je pense extrêmement d’actualité.

 

B. : Qui sont vos réalisateurs préférés ? Pourquoi ?

 

M.L. : Je n’ai pas de réalisateur préféré dans les dernières années. Il y a quelques réalisateurs que je considère comme mes « maitres » parce que le cinéma qu’ils font est un cinéma dont je me sens très proche. Ce sont des réalisateurs italiens, notamment les frères Taviani que j’aime beaucoup, Ermanno Olmi qui est un des grands maitres du cinéma italien, mais qui ne fait à peu près plus de films (il a près de 90 ans). Leur oeuvre m’a beaucoup parlé. Par le plus grand des hasards, quand j’ai reçu le Lion d’argent au festival de Venise, Antonioni, les frères Taviani et Ermanno Olmi faisaient partie du jury. Pour moi, il y a là une parenté. C’est le genre de film que j’aimerais faire.

 

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B. : Quel est le combat de la prochaine génération de cinéastes ?

 

M.L. : À mon sens, ça va être de survivre au bouleversement technologique. Le cinéma tel qu’on le connait, je pense, est en mutation, forcément. Je ne sais pas trop ce qui attend les plus jeunes générations. Les standards ne sont pas fixés, les technologies bougent à une vitesse phénoménale. C’est difficile de prévoir ce qui va arriver au cinéma. Le grand écran va rester, c’est sûr, mais il sera pour les productions spectaculaires à plusieurs millions. Les billets vont être de plus en plus chers. On va tous se retrouver à faire des films pour un téléphone portable ! Ça se peut ! C’est possible ! En tout cas, je trouve que c’est difficile avec les caméras qui changent tous les deux ans, les supports qui changent tous les deux ans. Maintenant, on est rendus au 8K. Ce n’est plus du 7K ni du 2K, c’est du 8K ! La technologie est en train de phagocyter le cinéma, alors je ne sais pas ce qui va se passer. C’est extrêmement difficile d’anticiper encore une fois ce qui va subsister du cinéma qu’on connait. On a déjà fait le deuil du 35 mm. De ce qu’on connait maintenant, j’ai de la difficulté à dire ce que sera le cinéma dans 20 ans.

 

B. : Que pensez-vous de la récente annonce de fermeture de l’Excentris ? Un temple du cinéma d’auteur qui ferme, est-ce l’annonce prématurée de la fin du cinéma d’auteur québécois ?

 

M.L. : Ce n’est pas sa disparition, mais ça va certainement le rendre moins accessible. À moins que le cinéma à vocation culturelle se retrouve sur les plateformes numériques. C’est ce qui est arrivé à Autrui, qui est sorti en salle pratiquement sans public et qui s’est retrouvé dans les vidéos sur demande. Paradoxalement, c’est là qu’il y a eu le plus de demandes pour les films, alors je ne pense pas que le cinéma dit d’auteur disparaisse, il va simplement migrer vers de nouvelles plateformes, à condition bien sûr qu’il conserve ses coups bas. C’est la condition pour faire ce genre de film.

 

« C’est un milieu qui est à domination masculine, mais ce n’est un métier ni d’homme ni de femme, c’est un métier de célibataire. »

 

B. : Est-ce que le livre Lettres à une jeune cinéaste s’adresse à un autre lectorat qu’aux jeunes cinéastes ? Pourquoi l’avoir destiné aux jeunes femmes cinéastes ?

 

M.L. : Oui ! Ça s’adresse en fait à tous ceux et celles qui aiment le cinéma, qui sont curieux peutêtre d’un processus, de l’expérience qui a été la mienne. C’est un livre « technique » ; ce n’est pas La Confession d’un enfant du siècle. J’ai surtout essayé de réfléchir sur un métier que je pratique depuis 40 ans dans des formes diverses et c’est ce qui en est sorti. Ceux et celles qui aiment le cinéma et qui se posent des questions vont peut-être trouver matière à réflexion.

 

B. : Le métier de réalisateur est-il plus masculin par définition ? Est-ce difficile pour une femme de prendre sa place dans un milieu d’homme ?

 

M.L. : C’est un milieu qui est à domination masculine, mais ce n’est un métier ni d’homme ni de femme, c’est un métier de célibataire. [rires] C’est un métier où c’est extrêmement difficile de concilier travail et famille. C’est évidemment beaucoup plus difficile pour les femmes.

 

B. : Qu’est-ce que vous voudriez dire aux gens de Rivière-du-Loup pour les inciter à remplir les salles de cinéma et à être présents au festival ?

 

M.L. : Je leur dirais : « Soyez audacieux, ayez un esprit ouvert, profitez du fait que ces films seront projetés sur grand écran parce que ça va être de plus en plus rare. Ruez-vous, ce sont de très beaux films. » Toute la programmation, j’en suis très fière. Je pense que les gens vont y trouver leur compte. Ce sont des films qu’ils n’auront peut-être jamais la chance de revoir sur grand écran. Pour moi, le grand écran, c’est indissociable du cinéma.

 

B. : Merci beaucoup pour le message.

À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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