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juillet11

Une révolution urbaine à nos portes

nicolasgagnon

par Nicolas Gagnon

 

La ville se transforme constamment sous nos yeux. Le commerce électronique force à repenser les espaces commerciaux traditionnels. De nouvelles méthodes de construction et une architecture innovante jettent les bases des quartiers écologiques de demain. La multiplication des imprimantes 3D pourrait faire éclater toute la chaine actuelle de production et de distribution des produits manufacturés et remettre en cause la pertinence du concept de zone industrielle.

 

 

On le voit, l’innovation technologique sera un vecteur primordial de transformation des villes. Mais de toutes les technologies actuelles ou en développement, celle qui a réellement le potentiel de révolutionner en profondeur le visage des villes de demain est sans contredit la voiture autonome.

 

La ville de l’automobile

L’arrivée de l’automobile, au XXe s iècle, a complètement bouleversé l’environnement urbain, pour le meilleur et pour le pire. Les villes d’aujourd’hui sont conçues avant tout pour l’automobile et la plupart des citadins sont complètement dépendants de celle-ci. L’automobile a créé la banlieue, l’autoroute, le centre commercial, la congestion, la pollution, le trou de beigne… L’utilisation de la voiture individuelle et la forme d’urbanisation qu’elle génère sont en grande partie responsables de la faillite environnementale de nos sociétés. En effet, ce duo produit un phénoménal gaspillage de ressources, d’espace et de temps. Il n’est pas logique de mettre en circulation autant de voitures (1 200 millions à l’échelle de la planète) alors que chacune de celle-ci ne sert, au mieux, que 5 % du temps. Imaginez le gaspillage de ressources. Jamais dans l’histoire les villes ont-elles mobilisé autant d’espace pour répondre aux besoins de chacun de ses citoyens. Et la voiture est en grande partie responsable de cette gestion inefficace du sol. En moyenne, dans la ville nord-américaine typique, l’espace dévolu à la voiture dépasse l’espace occupé à des fins résidentielles. On calcule que l’achat d’une voiture par un citadin entraine l’ajout de 200 à 400 m2 d’asphalte pour les routes et les stationnements. Ainsi, aujourd’hui, dans la plupart des villes, le bitume recouvre près de 25 % de l’espace urbanisé.

 

« Ainsi, aujourd’hui, dans la plupart des villes, le bitume recouvre près de 25 % de l’espace urbanisé. »

 

Et malgré toutes ces ressources et tout cet espace mobilisés, jamais les villes n’ont été aussi congestionnées. Dans plusieurs métropoles du monde, la vitesse moyenne de la circulation automobile est inférieure à la vitesse à laquelle on traversait Paris ou New York au XIXe siècle, à l’époque des charrettes à chevaux. Tout un progrès ! Parce qu’il est à ce point inefficace, ce modèle d’urbanisation est appelé à disparaitre. Et c’est la voiture autonome qui pourrait bien radicalement changer la donne.

 

juillet11

 

Qu’est-ce qui va changer ?

À partir du moment où les voitures sauront se passer complètement de conducteur pour circuler dans les villes, il n’y aura plus aucune raison que de telles voitures restent immobiles à ne rien faire en attendant que leur conducteur arrive. Dans des villes remplies de voitures autonomes, celles-ci seront constamment en mouvement. Il sera alors beaucoup plus rentable pour chacun de nous d’être abonné à un service de transport autonome qui vient nous chercher et nous reconduire à destination, sur demande, que de posséder une voiture qu’on utilise moins d’une heure par jour. Imaginons une ville où tous les véhicules individuels laisseraient place à des taxis autonomes en mouvement perpétuel : le stationnement pourrait alors purement et simplement disparaitre. Aux États-Unis seulement, un milliard de cases de stationnement (10 000 km2) pourraient dès lors être récupérées pour élargir des trottoirs, faire des pistes cyclables, planter des arbres, ajouter des commerces ou des logements ou pour faire plus de place à l’agriculture en ville. Dans une ville où tous les véhicules seraient autonomes, les voitures pourraient communiquer entre elles pour faciliter le trafic : plus besoin de feux de circulation ou d’attente aux intersections. La distance entre les voitures serait également réduite au minimum, au point que plusieurs voitures circulant dans la même direction pourraient former des convois, comme un train. Les applications informatiques proposeraient automatiquement à des clients qui voyagent sur un même trajet de partager le même véhicule pour économiser sur le prix de la course. Le covoiturage deviendrait systématique. Toutes ces technologies permettraient d’éliminer complètement les embouteillages. Les experts avancent même que les voitures autonomes pourraient assurer une fluidité parfaite tout en s’accommodant d’un réseau routier beaucoup moins imposant qu’aujourd’hui. Les autoroutes à huit voies et les échangeurs autoroutiers surdimensionnés qu’il faut construire, entretenir et réparer à coup de milliards de dollars (bonjour, Turcot !) deviendraient obsolètes.

 

juillet12

 

Un centre-ville réapproprié par les piétons

Imaginons qu’on remplace les 14 546 véhicules immatriculés à Rivière-du-Loup par 4 000 taxis automatisés. Pour une fraction du cout de possession d’une voiture, on pourrait se déplacer en toute autonomie partout en ville, sans jamais être ralenti par les feux rouges ou la circulation. Le boulevard de l’Hôtel-de-Ville serait réduit à une voie dans chaque direction et des pistes cyclables séparées de la chaussée occuperaient l’espace ainsi récupéré. Des bureaux ou des résidences seraient construits dans le stationnement du centre commercial. Le stationnement de l’Hôtel Universel serait transformé en jardin d’agrément au bénéfice de ses clients et des congressistes… On pourrait même aménager un terrain de camping dans la cour du Walmart (OK, mauvais exemple) ! La rue Lafontaine pourrait être réaménagée pour ne laisser qu’une seule voie de circulation pour les voitures. Tout le reste de l’espace serait redonné aux piétons et aux cyclistes. L’environnement visuel du centre-ville ne serait plus pollué par une forêt de panneaux indicateurs. L’espace public enfin libéré de cet affichage inutile serait grandement embelli. Des arbres seraient plantés à la place des feux de circulation.

 

Une révolution économique et sociale

Une récente étude a chiffré à 65 milliards de dollars, pour le Canada seulement, les économies annuelles apportées par la voiture autonome : 37,4 milliards en couts liés aux collisions, 20 milliards en temps économisés par la fin des embouteillages et 2,6 milliards en économie d’essence. Ces chiffres ne couvrent pas les économies réalisées par les familles qui n’auraient plus à acheter d’autos ni les économies en construction d’infrastructures routières évitées. Cette vision du futur peut faire rêver, mais le chemin à parcourir est semé d’embuches. Le problème n’est pas technologique puisque la voiture autonome est déjà à nos portes. Bien plus que de l’innovation technologique, ce qu’il va falloir pour arriver à transformer ainsi nos villes, c’est surtout une bonne dose d’innovation sociale. La transition entre une société où tout le monde possède sa propre voiture vers des villes où les voitures autonomes sont de propriété collective sera probablement difficile à effectuer. La vision et le courage politique pour effectuer une telle transition ne sont pas encore au rendez-vous. Malgré les possibilités apportées par les nouvelles technologies, on continue partout dans le monde à concevoir et à planifier les villes comme dans les années 1950, au service de l’automobile individuelle. Mais l’histoire nous apprend que le changement finit toujours par arriver…

 

 

 

 

À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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