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Un corps artistique, Une tête colorée – la Rumeur du Loup
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sept13

Un corps artistique, Une tête colorée

busque

par Busque, photos par Élie Dubois-Sénéchal

 

Avec un dossier sur les LGBTQ2, je ne pouvais pas passer à côté d’une entrevue avec mon ami Philip Després. Ça fait toujours du bien de voir l’une de ses nouvelles créations en le suivant sur Facebook. Vous pouvez aussi aller visionner un film que j’ai réalisé avec lui et Jean-Philippe Cloutier qui s’appelle Matérialisation de l’inconscient : www.youtube.com/watch?v=5DEKo16NxJc.

 

Busque : Pour commencer, pourrais-tu te présenter, nous dire ton nom, ton âge et ce que tu fais dans la vie ?

Philip Després : Je m’appelle Philip Després, j’ai 25 ans et je suis performeur.

 

B. : Est-ce que c’est ce que tu fais de ta vie ?

P.D. : Non, je le fais par survie. Je travaille pour payer mon art.

 

B. : Nous avons des mots pour définir nos orientations sexuelles bien que ce soit plus comme un spectre dans lequel nous sommes en mouvance. Peux-tu nous parler de ton orientation, si tu te sens à l’aise de le faire ?

P.D. : Parler de mon orientation n’est jamais vraiment tabou pour moi. Certes, je suis homosexuel, mais je me vois avant tout comme un être queer, car c’est moins restrictif. Je ne me vois pas comme un artiste gai, car je ne me définis pas seulement par mon orientation sexuelle. C’est bien au-delà de ça. Dans ma pratique, je tente de briser cette obsession de catégoriser les gens selon leur orientation sexuelle et leur identité de genre. Je crée mes propres codes et je me suis construit avec le temps une identité propre à moi.

 

sept10

 

B. : Qu’est-ce que veut dire le mot « queer » ?

P.D. : Je pense que le sens est large. Ce sont justement des gens dans le passé qui n’ont pas voulu se définir par rapport à des codes reliés à l’identité et à l’orientation. C’est pour cela que le mot « queer » est sensé, même si j’ai toujours aimé être un peu comme un artiste en dehors de ce cadre. Je n’aimais pas qu’on me définisse. Alors, j’avais moi-même de la difficulté avec le mot « queer ». À force de rencontrer des gens dans la communauté, de discuter avec des personnalités dans le milieu et de voir certaines personnes qui s’identifient comme des artistes queer, je comprends plus le sens, le propos et le combat derrière ce mot et je me vois maintenant comme un artiste queer.

 

B. : Que cherches-tu à exprimer à travers tes photos artistiques et que recherches-tu comme réaction ou réflexion chez les autres ?

P.D. : Je pense que j’essaie de créer une expérience visuelle. J’essaie de toujours créer une complémentarité, un contraste, avec des réalités différentes, mais c’est toujours une complémentarité, parce que ce n’est pas un affront. J’aime être dans des milieux qui sont plus fermés ou qui sont plus normatifs dans lesquels j’amène un côté queer, un côté plus funky, relié à mes références. J’aime ouvrir des portes dans tous les milieux où je vais, dans tous les milieux où j’interviens. Mon travail n’est pas juste de m’adresser à ma communauté LGBTQ, c’est de m’adresser à un public plus large, mais tout en respectant le fait qu’il y a une communauté LGBTQ derrière moi qui est là pour me soutenir.

 

B. : Quel est le processus pour tes shooting photo ? Est-ce que les idées viennent de toi ?

P.D. : Très souvent les idées viennent de moi et je les échange avec mes collaborateurs pour que nous arrivions à un consensus. Je présente mon concept, on discute et on se lance dans la création. J’ai beaucoup changé mon apparence depuis les dernières années et cela se reflète dans les différentes photographies que je présente. Depuis que j’ai commencé à créer, je me suis réinventé sans cesse selon mes inspirations du moment. Je crois être un caméléon versatile qui se transforme selon les stimulus extérieurs. Je crée souvent à la suite de mes réflexions sur la politique, le comportement des gens et les normes qu’imposent les industries. J’ai aussi une obsession pour Brigitte Fontaine qui ne fait aucun compromis dans ses écrits ou qui ne se censure jamais quand elle parle en entrevue.

 

« Je m’inspire des gens qui jouent avec leur corps et qui incarnent leur propre vision. »

 

sept11

 

B. : Pourrais-tu me parler plus de ton inspiration pour tes photos ?

P.D. : Je trouve qu’aujourd’hui, il y a beaucoup d’inspiration à aller chercher dans les réseaux sociaux, car il y a une communauté de gens qui créent à travers ces réseaux. Je m’identifie surtout aux Club Kids de New York et de Londres. Je m’inspire des gens qui jouent avec leur corps et qui incarnent leur propre vision. Par exemple, Amanda Lepore, qui est une des premières transsexuelles à être connue mondialement et qui a vraiment montré jusqu’où on peut se rendre en matière de chirurgie esthétique en ayant un nombre incroyable d’interventions. Il y a aussi Jazelle, qui est une artiste émergente. C’est une mannequin qui a travaillé avec Nick Knight, un photographe de Londres qui a une vision assez obscure des choses. J’ai trouvé intéressant le fait qu’il s’associe avec Jazelle parce qu’elle redéfinit les codes de la beauté dans le milieu de la mode : elle a les cheveux et les sourcils rasés, elle a des traits particuliers. Matière Fécale est ma plus grosse inspiration du moment. J’aime leur propos, j’aime leur esthétique, j’aime leur côté sombre, leur remise en question des normes de beauté, mais aussi leurs sujets comme la maladie ou d’autres qu’on ne veut pas afficher dans la société, qui sont tabous. Ils ont les cheveux rasés, ils ont l’air presque malades, mais c’est pour parler de la peur de la maladie, de la peur de la mort. Ils incarnent cette peur, c’est intéressant.

 

B. : J’ai vu aussi que tu avais commencé à danser à Montréal. Peux-tu nous parler de cette avenue, qui est autre que la photo ?

P.D. : Je me vois à la base comme un performeur, donc autant de la performance photographique que de la performance sur scène. J’aime aussi que ce soit un visuel. Dans la performance, j’amène un côté théâtral. Quand j’ai participé à Montréal à un concours de drag, mais c’était plus un concours LGBTQ, je me suis rendu à la demi-finale, j’ai remporté le premier round. Après, j’ai inclus un danseur et nous avons monté une chorégraphie. J’y ai rencontré plein d’artistes. Je ne me définis pas comme une drag, mais je suis allé dans un concours qui est plus pour les drags. J’ai donc essayé même dans une communauté gaie plus fermée. J’ai essayé d’apporter ma vision et d’aller rencontrer le public montréalais avec ma façon de voir les choses, avec mon appropriation. C’est aussi un statement d’être un artiste qui utilise son propre nom. Ce que je veux dire, c’est que je suis Philippe Després dans la mesure du possible. Quand je me présente, je n’ai pas d’alter ego, je prends toute la responsabilité de ce que je suis et j’incarne mes visions. Quand je suis allé au concours, c’était confrontant même pour les drags, parce qu’elles ont toutes un nom de drag et la vraie personne se distancie un peu du personnage. De mon côté, j’arrive avec mes visions dans un concours et on me demande comment j’aborde mon art. Ma musique, c’est mes références, c’est relié à ce que j’ai vécu, chaque chanson évoque un moment particulier que j’ai vécu.

 

B. : Les concepts LGBTQ2 sont des concepts progressistes, mais plusieurs personnes n’y adhèrent pas. Pourquoi, selon toi ?

P.D. : Je pense qu’aujourd’hui, on est tellement stimulés par tout, on essaie de se forger une identité, mais on voit qu’à travers les médias tout est fluide et en évolution. Je pense que les gens aujourd’hui voient qu’il y a tellement de possibilités qu’ils ont de la difficulté à s’associer à une cause parce qu’ils ne comprennent pas les combats. Peut-être qu’en ne comprenant pas les histoires et les combats du passé, c’est difficile de s’y associer. Je pense que quand on évolue en tant qu’artiste, on apprend à mieux comprendre qui on est en apprenant à connaître ceux qui nous ont précédés. C’est comme ça qu’on s’associe de plus en plus à des communautés et à des causes comme la communauté LGBTQ. Ainsi, on comprend un peu plus son essence, surtout quand on est un artiste queer avec des références qui se connectent à d’autres personnes dans le milieu.

 

sept12

« Je pense que quand on s’associe à un groupe, il faut en comprendre le sens. »

 

B. : Ce que je veux dire, c’est qu’il y a des gens qui pensent que certaines personnes se donnent des identités qui n’existeraient pas autrement. Qu’en penses-tu ?

P.D. :: Il y a des artistes straights qui voient l’intérêt à dire qu’ils sont queer car ils savent que c’est une sorte tendance. C’est de plus en plus populaire de dire « je suis queer » ou « je suis ambigu », d’aller dans le flou, mais je respecte cela autant qu’une personne qui est vraiment profondément queer. Il n’y a pas de vrai ni de faux. Je pense qu’à la base, les gens veulent projeter une ouverture, alors je respecte autant un artiste qui est plus straight, mais qui se dit être pour l’ambiguïté sexuelle, pour l’ouverture. Il y a l’identité, l’image qu’on veut projeter, mais l’important c’est d’avoir du contenu et un propos propre à soi-même. On ne peut pas aller chercher un propos ou des combats d’une communauté sans connaître un peu son histoire. Je pense que quand on s’associe à un groupe, il faut en comprendre le sens.

 

B. : As-tu de nouveaux projets qui s’en viennent ?

P.D. : Oui, justement. Les projets auxquels je veux participer dans l’avenir seront en complémentarité avec un milieu plus conventionnel. Je vais défiler pour le MondoKarnaval, un événement multiculturaliste qui rassemble des gens qui affichent leur héritage culturel, que ce soit l’Afrique, la Chine, etc. Cette année, on m’a demandé d’être là pour représenter la communauté LGBTQ. C’est une première pour ce festival qui est plus axé sur l’identité et l’héritage culturel. C’est tout à fait valable d’apporter un aspect LGBTQ, alors j’ai invité mes amis drags, trans et bis que j’apprécie pour défiler avec moi. Je veux que ce ne soit pas seulement axé sur les drags en paillettes, mais que ce soit plus large, que ce soit représentatif de notre communauté, des gens qui vivent à Québec et qui ont une identité et une orientation propres à eux dans une ville plutôt traditionnelle.

 

sept13

 

 

 

 

 

À propos Marie-Amélie Dubé

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