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Théâtre d’automne

mathieubarrette

par Mathieu Barrette, coréalisateur et scénariste, photos de Mathieu Germain

Fin avril, nous avons réalisé, Myriam Coulombe et moi-même, Théâtre d’automne, un court-métrage de réalité virtuelle mettant en vedette Fanny Mallette, Eudore Belzile et Steven Lee Potvin. Entre Le Bic et Trois-Pistoles, le scénario s’articule autour d’une action vécue par le participant et incarne, par le personnage d’Émilie, la thématique du dégel.

 

Pendant les trois jours du tournage, nous avons eu la chance incroyable de capter des scènes extérieures aux ambiances extrêmement pertinentes, qui donnent à voir, si vous voulez. Les couleurs jaunes des quelques semaines qui suivent la fonte des neiges et qui précèdent la repousse, l’épaisse brume miraculeusement sèche qui nous a permis de prendre le fleuve malgré la fragilité de la caméra à la pluie, les nuages dramatiques qui ont habillé le samedi et le soleil à travers la fenêtre sur le fleuve, à la Denis Villeneuve, vous direz peut-être. Bonheur, etc., vous savez. Le travail qui se cache derrière ce huit minutes et trente-deux secondes est colossal, ayant occasionné nombre de journées sans fin, de l’écriture à l’exportation finale, et les talents de plus de 40 personnes. Nous avons intégré les deux principaux vecteurs immersifs actuels en réalité virtuelle cinématique, soit l’image stéréoscopique et le son ambisonique, et avons par tous les moyens tenté de justifier la position du spectateur dans l’histoire. Nous voulions résolument sortir des expériences contemplatives et entrer dans le contenu.

 

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« On a eu froid, on a pété le gun d’Andrew, on a loadé/déloadé le jib dans un pick-up pour rien parce que le panel se serait rendu en masse, y’avait une houle d’au moins cinq pieds l’autre bord de l’île en bateau avec Mathieu Deschênes pis David, celui des Ouellet brothers qui s’est pété la tête dans l’escalier maudit de Maurice Vaney. Mais, on a déjoué la météo comme des champions, on a toutes les shots “wet dream” qu’on voulait puis tout le monde est encore des amis/amies. » Synopsis : Aux frontières de trois niveaux de réalités, vous êtes l’invité de dernière minute, l’intrus, le comédien de relève qui, tombé dans la peau du personnage, doit intervenir dans l’histoire. Vous êtes l’histoire, vous êtes le témoin invisible, vous serez là, ici, maintenant ou ailleurs, vous sentirez la foule, sans la voir. Les choses mûrissent avec l’hiver, mais le dégel les rend réelles de nouveau. L’effervescence actuelle envers la réalité virtuelle cinématique est de l’ordre de l’arrivée de la photographie ou du cinéma, même si le principal dispositif vient du monde numérique (le Kickstarter de tous les Kickstarter). Il est vrai que cette rencontre entre cinéma et numérique ressemble à celle de l’arrivée du VFX (Visual effects) — au sens très large — à l’exception que cette fois-ci, nous n’adaptons pas un langage à un nouveau médium, mais nous définissons en tous points son expression. Il est encore trop tôt pour se répéter en réalité virtuelle, simplifieront certains, moi j’y vois une nouvelle forme de littérature, me référant au discours du dernier nobélisé, d’ailleurs.

 

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Nous sommes entrés dans ce langage comme on l’a fait avec le cinéma, en documentant des environnements. Bien sûr, nous utilisons des mots comme « expérience », « intuitif », « contemplatif », certainement plus modernes, mais fondés sur la même idée : celle où nous avons besoin d’un temps d’incubation et de réflexion avant que des propositions articulées puissent émaner. Cette incubation s’observe au niveau des participants, des créateurs, des structures de diffusion et de financement. En ce qui concerne l’écriture, l’exercice est particulièrement intéressant, car il consiste à mettre en oeuvre des scénarios où la position du participant est le principal vecteur. Il ne s’agit donc pas de faire un décor à une action, mais de justifier l’utilisation du dispositif pour raconter l’histoire, sortir de l’exploration et entrer dans le contenu. Deux idées principales semblent vouloir se greffer à cette réflexion, soit l’interactivité et l’écriture non linéaire. Elles semblent en effet ouvrir sur des outils compatibles à l’art immersif, qui ne manqueront pas d’être explorés dans les prochaines années. Le mouvement et l’intelligence artificielle sont également dans les visées, en ce jour chaud et ensoleillé du 9 juin 2017 à Trois-Pistoles.

 

« Deux idées principales semblent vouloir se greffer à cette réflexion, soit l’interactivité et l’écriture non linéaire. »

 

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D’autres grandes familles de la réalité virtuelle sont en train de se définir, soit celle du jeu vidéo, de la santé, de l’éducation, du temps réel, etc. Les percées de chacune de ces familles affectent le développement des autres. La discussion est transversale, à l’image de la culture web des artistes et scientifiques qui la véhicule. Ainsi, nous travaillons parallèlement et parfois avec naïveté à établir des principes éthiques qui baliseront le « côté obscur » de la réalité virtuelle, car comme dans tout, il existe. C’est la responsabilité des premiers acteurs de ce nouveau monde, de nous, explorateurs, d’en cartographier la morphologie et d’en identifier les dangers. Vive la vie, merveilleuse. Vive les engagés qui sacrifient leur équilibre. Eux savent que c’est l’unique moyen d’aller au fond des choses ; il faut savoir se perdre pour pouvoir se trouver. Le projet a été rendu possible grâce au soutien du Lab culturel (Plan culturel numérique), du Conseil des arts et des lettres du Québec, du Conseil des arts du Canada et du Fonds communautaire de Telus. On vous invite d’ailleurs à suivre la page Facebook Théâtre d’automne. Comme le sous-titrage en réalité virtuelle n’est pas compatible avec les principes immersifs, nous sommes à traduire le film en anglais. Ce travail permettra de le soumettre à la plupart des festivals, à commencer par le Festival du nouveau cinéma (FNC) qui a officiellement sélectionné notre oeuvre pour son édition 2017. Vous pouvez nous aider dans ce travail en soutenant la campagne La Ruche en cours à l’adresse www.laruchebsl.com.

 

 

 

 

À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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