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Sylvie Vignet, super mairesse de Rivière-du-Loup

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entrevue par Marie-Amélie Dubé avec la collaboration de Geneviève Malenfant-Robichaud, photo Jean-François Lajoie

 

Des femmes de partout au Québec ont accédé à des postes de mairesse et de conseillère municipale. « Un nombre record de femmes élues au poste de maire », titrait La Presse, le 7 novembre dernier. 210 femmes élues mairesses au Québec, soit 20 de plus qu’aux élections de 2013. Montréal, Brossard, Saguenay, Magog, Rouyn-Noranda, Percé, Maniwaki, Lac-Mégantic, Cacouna, L’Isle-Verte et Rivière-du-Loup seront dirigées par des femmes ! Wow ! Girl power! Messieurs, messieurs, ce n’est rien contre vous, bien sûr ! Mais la porte vers la parité s’ouvre de plus en plus, n’est-ce pas ? Les femmes vont se manifester davantage dans l’espace public. Y aura-t-il un impact à court, moyen ou long terme au sein des conseils municipaux ? Qu’est-ce que les femmes apporteront de différent ? Voici quelques pistes proposées dans ce court dossier principal sur les femmes mairesses.

 

 

Marie-Amélie Dubé : Si vous étiez une superhéroïne et que vous aviez de superpouvoirs, que feriez-vous en tant que mairesse pour l’environnement, la culture, l’économie et les services communautaires à Rivière-du-Loup ?

Sylvie Vignet : Du côté communautaire, je m’assurerais que tous ces gens qui prennent soin des autres aient un gros budget parce qu’ils amènent une qualité de vie aux gens dont ils s’occupent. Je m’assurerais qu’ils ne perdent pas de temps à chercher du financement. Pour ce qui est de l’environnement, j’aimerais embarquer tout le monde dans notre biométhanisation. J’aimerais que toutes les villes nous envoient leurs matières organiques pour que notre usine soit extraordinaire. Je vais appeler tous ceux qui ont dit non à la collecte. De toute façon, d’ici  2020, toutes les villes vont devoir s’y mettre. Sinon, je veux trouver un événement signature pour le tourisme afin de faire converger les gens vers Rivière-du-Loup lors de cet événement. Ce pourrait être un événement culturel. C’est certain que l’économie, le tourisme et la culture vont ensemble. Le tourisme et la culture amènent de l’argent frais.

 

M.-A.D : Avez-vous un modèle féminin qui vous inspire ?

S .V. : Oui, madame Denise Lévesque, la première mairesse de Rivière-du-Loup. Cette dame m’a suivie depuis quelques années. C’est elle qui m’a incitée à faire de la politique. Quand j’étais présidente du Réseau des femmes professionnelles, elle était venue me voir et m’avait dit : « Sylvie, tu devrais aller en politique, je te verrais bien là-dedans. » À l’époque, j’avais de jeunes enfants. Étant une femme, ils étaient ma priorité. J’ai donc retardé le processus. Quand monsieur Jean d’Amour est entré en poste, je suis entrée comme conseillère.

 

M.-A.D : Pensez-vous que le fait d’être un homme ou une femme influence les actions au poste de maire ?

S.V. : Les gens choisissent pour eux le meilleur candidat. Il y a une tendance en ce moment, les femmes ont eu une belle visibilité cette année, les gens étaient prêts à faire le changement même si ce n’est pas toujours facile. Je pense que les enfants, les personnes âgées, la prévention de l’isolement et la santé mentale viennent davantage toucher les femmes ; le côté communautaire d’une ville vient plus toucher les femmes.

 

M.-A.D : Comment vos journées se sont-elles déroulées jusqu’à maintenant ?

S.V. : Très actives. J’avais dit que je rencontrerais les élus dans la première semaine de mon mandat, c’est ce qu’on a fait. On a déjà élaboré une orientation que l’on veut donner à la direction générale et aux employés. Il nous reste à les rencontrer. On a une seconde rencontre pour les élus prévue pour la semaine prochaine. Des orientations relatives aux communications ont été établies. On veut vraiment ouvrir les communications pour permettre aux citoyens d’avoir la meilleure information possible. Ce n’est pas vrai que seul le maire — ou la mairesse — peut bien répondre aux questions. S’il y a une question sur les travaux publics, le directeur des travaux publics peut très bien y répondre. Si un conseiller a été délégué à une commission à laquelle je n’ai pas eu le temps d’assister ou sur laquelle je n’ai pas eu le temps de m’informer, je crois que c’est lui le mieux placé pour répondre à une question. On va s’assurer que la meilleure personne donne les meilleures réponses.

 

« Pour ce qui est de l’environnement, j’aimerais embarquer tout le monde […] de toute façon, d’ici 2020, toutes les villes vont devoir s’y mettre. »

 

 

M.-A.D : Donc, une nouvelle attribution de pouvoir à des fonctionnaires qui sont en place, un droit de participation.

S.V. : Toujours dans le but de donner de l’information au citoyen. Parfois, c’est très technique. On engage des professionnels qui sont capables de donner l’information. Je ne vois pas pourquoi on éviterait de leur demander. Ils peuvent bien sûr nous expliquer leurs dossiers, mais quand un journaliste entre dans les détails, vaut mieux leur demander plutôt que de répondre n’importe quoi.

 

M.-A.D : Comment voyez-vous votre passage de l’autre côté du miroir ? Est-ce que la charge de travail vous semble plus lourde que prévu ?

S.V. : C’est évident que c’est beaucoup plus d’implication à la MRC. En tant que conseillère municipale, on n’a qu’un seul district à s’occuper. Là, c’est toute la ville. Il faut gérer un conseil municipal. Il y a encore beaucoup de travail autour des communications internes. Ce travail demande beaucoup plus de gestion.

 

M.-A.D. : Beaucoup de femmes ont accédé à des postes de mairesses, dont vous. Félicitations ! À quoi croyez-vous que ce soit dû ?

S.V. : Je vous dirais que la population est rendue là, dans le sens où les femmes font une gestion complètement différente avec un côté humain plus développé, avec une plus grande sensibilité. Sans dire que les hommes ne sont pas sensibles, nous percevons plus de choses du côté humain. Je pense que nous sommes plus accessibles, plus près des citoyens. Rien n’est acquis pour les femmes. Les hommes tiennent parfois les choses pour acquises. Pensons à monsieur Coderre. Il était très sûr de lui alors que madame Plante était très près des citoyens. Elle leur parlait, elle a eu tout un chemin à bâtir. J’ai aussi eu à bâtir un chemin dans un conseil qui partait très négatif aux yeux de la population. Je pense que j’ai regagné la confiance des gens. J’ai aussi gagné parce que j’ai fait une campagne propre, une campagne d’idées. Je n’ai pas embarqué dans cette game de chicane là, qui ne donne rien selon moi. Cela n’a pas été facile parce que j’ai été attaquée moi aussi. Souvent, les hommes me disaient : « Madame Vignet, défendez-vous ! » Mais, pour moi, me défendre, c’était de parler de mon plan, c’était de dire : « C’est là que je veux aller. »

 

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M.-A.D : Pensez-vous que le fait qu’il y ait plus de femmes peut influencer la gestion municipale québécoise ?

S.V. : Oui, j’en suis convaincue. Il va y avoir un côté humain beaucoup plus développé. Plus il y aura de femmes, plus les préoccupations des femmes seront entendues. Pensons à une jeune femme avec de jeunes enfants. Les horaires ont été faits en fonction des hommes qui avaient quelqu’un pour s’en occuper à la maison. Plus il y aura de femmes, plus cela laissera de place aux femmes et plus on donnera la chance aux femmes de croire qu’elles en sont capables.

 

M.-A.D : Vous avez été impliquée dans plusieurs conseils d’administration au sein d’organismes communautaires et en éducation et vous avez eu une expérience professionnelle pendant 35 ans en entreprise privée. Les enjeux de gestion des services publics vous semblent-ils différents ou semblables à votre expérience passée ?

S .V. : Dans le privé, lorsqu’on prend une décision, elle est appliquée immédiatement. Dans le domaine public, on est régi par énormément de règlements, de lois. Il nous faut des gens très connaissants. Le temps d’action est beaucoup plus long. C’est certain que j’ai cette couleur. Je veux faire bouger les choses, mais il faut respecter tous les éléments de la loi.

À propos Marie-Amélie Dubé

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