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juin31

Sommes-nous si bêtes?

par Sylvie Michaud, crédit photo Jacques Pleau, parc national de la Mauricie, 1985.

 

Le nombre de livres écrits sur les animaux est phénoménal. Que ce soit des romans, des documentaires (et même des biographies !), que ces livres traitent ou mettent en vedette des animaux domestiques ou sauvages, que ce soit des albums pour les tout-petits ou des bandes dessinées, on peut passer sa vie à lire des ouvrages sur les animaux.

 

 

Comment peut-on alors prétendre faire une sélection dans cet immense réservoir littéraire ? J’ai essayé, je dis bien « essayé », de faire une sélection en utilisant l’angle de la relation paradoxale entre l’animal et l’humain. Mais surtout ce qui m’intéresse, c’est le fait que notre filiation avec les animaux est tellement évidente, et en même temps tellement occultée. Et pourtant, l’humain et l’animal font partie d’un ensemble composé de 953 434 espèces (animales) connues, et sont issus d’une vie cellulaire commune et vieille de plus de 3,7 milliards d’années.

 

La ferme des animaux. Georges Orwell.
Surtout connu pour avoir écrit le roman d’anticipation 1984, George Orwell publiait La ferme des animaux en 1945. Il s’agit bien d’une fable qui met en scène une révolte des animaux dont les dirigeants sont deux cochons. Déçu et désenchanté par les dérives de la révolution russe et du régime soviétique, Or well entreprit d’écrire cette satire qui ciblait aussi tous les régimes totalitaires. Humain, un non-animal ou l’animal, un animal non-humain ?

juin25

 

Antispéciste. Réconcilier l’humain, l’animal, la nature. Aymeric Caron.
Ce livre de près de 500 pages se lit très bien même s’il ratisse large et traite de sujets scientifiques, mais aussi de droit et de philosophie. L’antispéciste est l’équivalent du nonraciste. Pour lui, il n’y a pas d’espèce supérieure. Ce livre pose des questions du genre : alors que le porc a des capacités cognitives supérieures au chien, pourquoi en Occident du moins, envoie-t-on par milliards les premiers à l’abattoir alors que nous pleurons à la mort des deuxièmes ? Cette doctrine (l’antispécisme) « revendique l’appartenance de l’espèce humaine à une communauté beaucoup plus large qu’elle-même, celle des animaux. Il s’agit de notre communauté initiale, dont nous ne sommes jamais sortis malgré nos tentatives désespérées pour le faire croire et l’obstination à renier nos origines ». Ce livre a le mérite d’aborder beaucoup de sujets tabous sur les liens et les relations entre humains et animaux. Certains vont le trouver extrémiste. Chose certaine, il est passionnant et fait réfléchir.

juin26

 

Plaidoyer pour les animaux. Vers une bienveillance pour tous. Matthieu Ricard.
Ce moine bouddhiste, qui est aussi une personnalité médiatique, auteur de plusieurs succès de librairie, rejoint l’esprit du livre précédent. Il fait aussi ressortir l’interdépendance entre animaux et humains et l’importance de changer d’attitude envers les animaux afin de nous sauver nous-mêmes. Il insiste aussi beaucoup sur la souffrance animale. Chaque année, nous tuons 60 milliards d’animaux terrestres et 1000 milliards d’animaux marins ! Une aberration lorsque l’on sait que le quart de la production mondiale de poissons est transformée en farine pour l’alimentation des bovins. Dans cet ouvrage très bien documenté et vulgarisé (Matthieu Ricard a été chercheur en biologie moléculaire), l’auteur touche à toutes les sphères de nos liens avec les animaux (les différents positionnements des religions face aux animaux, l’élevage industriel, l’expérimentation animale, les animaux comme source de divertissement, le trafic de la faune sauvage, les mauvaises excuses).

juin27

 

Révolutions animales : comment les animaux sont devenus intelligents. Karine Lou Matignon.
On retrouve Matthieu Ricard dans ce livre qui présente également les textes de personnalités connues telles que Jane Goodall et Boris Cyrulnik. Chaque texte comporte seulement une dizaine de pages qu’il faut cependant lire avec attention tant leur richesse et leur profondeur sont grandes. Ce qui ne signifie pas qu’il est difficile d’accès à un lecteur même peu familiarisé avec des données scientifiques. La première partie est consacrée à la mise en évidence de l’intelligence et de la sensibilité animale. La seconde partie traite des rapports entre humains et animaux au fil des âges et des différents courants de pensée actuels sur la condition animale. Ce livre, bellement illustré, prend donc également parti pour la cause animale. On nous amène vers un autre monde, meilleur, où les animaux seraient traités comme ils le méritent, c’est à dire comme des êtres intelligents et sensibles. Il s’agira peut-être d’une nouvelle révolution sociale, à l’échelle de ce que furent l’abolition de l’esclavage et l’avènement du droit de vote pour les femmes.

juin28

 

Voir son steak comme un animal mort. Martin Gilbert.
Attention, la lecture de ce livre en a convaincu plusieurs de cesser de manger de la viande. Dans ce livre, l’auteur québécois fait état du paradoxe de la viande. On aime les animaux, on ne souhaite pas les faire souffrir, mais on continue tout de même à manger de la viande. Comment fait-on pour surmonter ce paradoxe ? On ferait ce que de plus en plus de chercheurs appellent de la « dissonance cognitive » (une façon de se sentir moins coupable). Par exemple, on se dit que les animaux qu’on mange sont beaucoup moins conscients que nos animaux de compagnie. On croit encore que, comme être humain, il est naturel et même vital de manger de la viande. Pour résoudre cette dissonance cognitive, soit on change son comportement, soit on change ses pensées pour qu’elles soient moins contradictoires. Dans ce qu’on peut changer de son comportement, l’auteur estime que la solution la plus appropriée est le végétalisme, qu’on peut définir comme le fait d’avoir une consommation qui minimise la souffrance animale. C’est ainsi que Martin Gilbert explique de façon quasi mathématique pourquoi nous devrions tous être véganes, non seulement pour des raisons d’éthique animale, mais pour nous, pour l’humanité, son avenir, l’environnement, et pour des raisons sociales.

juin29

 

50 animaux qui ont changé le cours de l’histoire. Eric Chaline.
Il ne s’agit pas d’animaux individuels, mais bien d’espèces animales comme le cheval, domestiqué depuis le quatrième millénaire av. J.-C., le moustique, qui est responsable de la mort d’un million de personnes par année en Afrique, l’abeille, qui est l’unique responsable de la production de miel, mais qui joue un rôle vital dans la pollinisation de nombreuses plantes, jusqu’au ver à soie.

juin30

 

Ma vie avec ces animaux qui guérissent. Victor-Lévy Beaulieu.
L’écrivain bas-laurentien parle de sa passion pour les animaux. Né sur une ferme en 1945, il décrit d’abord combien les animaux de ferme n’avaient pas la vie facile (bien sûr, les conditions actuelles des animaux élevés industriellement sont différentes, mais ne sont guère mieux). La vie sur la ferme était rude et les animaux y avaient un rôle essentiellement utilitaire. Mais c’est grâce à son enfance sur la ferme que Victor-Lévy a développé cette passion. Et on comprend que « ces animaux qui guérissent » guérissent surtout l’âme…

juin31

 

Apprivoiser le deuil animalier. Lynne Pion.
Après avoir fait état au début de cette chronique de livres déplorant le sort de milliards de bêtes tuées par nous dans l’indifférence générale, il peut sembler bizarre, ou à tout le moins puéril, de mentionner l’existence d’un livre tel que celui-ci. Et pourtant, cela au fond, boucle la boucle. Voilà un autre exemple de la relation paradoxale entre l’humain et l’animal.

juin32

 

 

Tous ces livres sont disponibles à la Bibliothèque Françoise- Bédard. Vous pouvez aussi venir à la bibliothèque pour rencontrer notre Monsieur Mô (un lapin Rex miniature), et ce, même si vous adorez le lapin à la moutarde…

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