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S’en retourner à la source

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par Sylvie Chevalier

 

 

Depuis 1989, en toute confidentialité, les bénévoles du Comité d’accompagnement La Source accompagnent les malades référés en soins palliatifs ainsi que leurs proches à domicile, à l’hôpital et en CHSLD. Voici un témoignage tiré du concours « Lire au Loup » 2015.

 

Je vais mourir. Je passe mes journées à fixer le fleuve et à parcourir tous les méandres de ma vie qui, jusqu’à maintenant, me semblait un long fleuve tranquille. Comment faire face à un tel destin… quand tout à coup, tranquillement, tu redécouvres toutes les beautés du bord de mer. Dire au revoir… éviter les regrets. Me voilà au large de mes sentiments, sans veste de flottaison. Heureusement pour moi, j’accepte l’aide d’une bénévole à mon domicile. Curieusement, son silence et son écoute me font l’effet d’un phare. Toute ma vie, j’ai apprécié la tranquillité du silence et maintenant, étrangement, ce silence me délie la langue. Malgré tout, j’ai peur. Peur de perdre ma qualité de vie, peur de souffrir, peur d’avoir à quitter ma maison… La bénévole m’assure de sa présence jusqu’à la fin… Je chéris cette possibilité de continuer à vivre selon mon rythme de toujours. Depuis six mois, mon existence a basculé, mais je tiens mordicus à garder mes bonnes vieilles habitudes. Je fume et je bois tous les jours et je déteste tout autant les légumes verts !

 

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Je sais que certaines personnes me jugeront et diront que je suis dans le déni, mais, malheureusement, elles oublient que c’est MA vie ! Le contact régulier avec la bénévole porte ses fruits, puisque de jour en jour j’assume plus que jamais tout ce que j’ai fait ou évité de faire. C’est bon de se sentir respecté sans avoir à se justifier ! J’ai peu de visites et, quand les « courageux » viennent me voir, je devine bien dans leurs yeux la peur et l’inconfort du manque de mots justes à mon sujet. C’est pourtant très simple, je n’ai besoin que d’entendre parler votre coeur… Au fond, je comprends très bien leur malaise, car tout au long de ma vie, moi aussi j’ai eu plusieurs moments de pudeur ; la liste en serait longue et parsemée de regrets. Maintenant, je réalise l’importance de dire aux gens qui nous entourent combien nous les aimons ! D’ailleurs, mes rencontres avec la bénévole m’ont fait prendre conscience des bienfaits de la gratitude. Chaque jour, j’apprécie les heures de grâce qui me sont allouées et qui me donnent l’occasion de cheminer dans le pardon auprès des gens que je n’ai pas su aimer, par égoïsme ou par ignorance. Avant de mourir, je souhaite de tout coeur que vous ne laissiez pas le deuil prendre toute la place dans votre vie, mais que vous puissiez plutôt célébrer l’héritage spirituel, comme nous célébrons une naissance qui, espérons-le, vous mènera vers un long fleuve tranquille.

À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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