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juillet22

Rencontre avec un photographe d’oiseaux

texte et photos par Busque avec la collaboration de Maude Gamache-Bastille

 

Il est 4 h du matin, le 14 juin 2018, le cadran sonne. Par la fenêtre, une lueur pourfend l’horizon. Aujourd’hui, je me dirige au marais de Cacouna et je vais rejoindre un passionné de photo ornithologique pour y comprendre les va-et-vient de cette passion inconnue. Outre l’aspect technique de la photo et celui de collection d’oiseaux rares, je crois bien que Sébastien Dionne y trouve une tranquillité d’esprit et un bien-être intérieur.

 

Busque : Peux-tu nous parler de toi un peu ?
Sébastien Dionne : Je m’appelle Sébastien Dionne, j’ai 33 ans, je suis graphiste et j’habite à Rivière-du-Loup.

 

B. : Pourquoi te passionnes-tu pour la photo d’oiseaux ?
S. D. : J’ai été passionné par la photo dès que j’ai fait mon cours en graphisme. Puis, dans mon métier, j’ai fait des photos de tous les types. À un moment donné, je cherchais un autre défi et je me suis dit que j’allais faire de la photo animalière. Alors, je suis allé me chercher du matériel pour le faire. Dès les premières sorties, je me suis rendu compte que je n’allais pas voir de mammifères souvent, mais que je verrais toujours des oiseaux. C’est là que tout a commencé. À Rivière-du-Loup et à Cacouna, nous avons de bons spots pour les oiseaux. Ce que j’ai aimé et ce que tous les photographes et ornithologues disent, c’est que, dès qu’on commence à s’intéresser aux oiseaux et qu’on est curieux de nature, on va en découvrir un (ou plusieurs) nouveau chaque fois. Parfois, on va avoir vu un oiseau plusieurs fois, mais c’est de réussir LA bonne photo de l’espèce. C’est ce qui me passionne là-dedans.

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B. : Peux-tu me parler de l’emplacement ? Pourquoi choisir le Site ornithologique du marais de Gros-Cacouna pour l’observation d’oiseaux ?
S. D. : Le gros avantage du Site ornithologique du marais de Gros-Cacouna, c’est que c’est l’un des cinq meilleurs emplacements au Québec pour observer les oiseaux, tant pour le nombre que pour les espèces et la variété. Ici, ce qui est bien, c’est qu’on est à proximité du fleuve d’un côté, qu’on a quand même des marais d’eau salée et mi-salée, des zones marécageuses, des zones de forêt, des plaines, des champs. Alors, cette variété attire autant les passereaux, les rapaces, les canards, les oiseaux marins, donc une grande diversité. Plus on a de diversité, plus on a d’espèces d’oiseaux, plus on a de chances de faire de bonnes photos.

 

B. : Depuis combien de temps viens-tu ici faire de la photo ?
S. D. : Ça va faire 3 ans en septembre prochain.

 

B. : Y a-t-il encore des espèces que tu n’as pas réussi à prendre en photo ?
S. D. : Oui, et il y en a encore que je découvre, soit des raretés ou des espèces qu’on a moins souvent. Je compare souvent cela à un collectionneur de cartes de hockey. Chaque fois que je pars le matin, c’est comme si j’ouvrais un paquet de cartes, sauf que je ne sais pas si je vais avoir des doubles, des nouvelles, je ne sais pas si je vais avoir des rares, des signées, des platines ! Je trouve cela bien ! C’est souvent la même espèce, mais je vais essayer de faire mieux que ce que j’ai fait, dépendant de la lumière. Parfois, on a la proximité avec l’oiseau, mais on n’a pas la lumière. Des fois, les deux vont se combiner. Le secret, c’est de revenir le plus souvent possible.

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B. : Qu’est-ce que tu as découvert sur les oiseaux en les observant et en prenant des photos ?
S. D. : J’ai découvert que c’est un milieu très fragile et qu’ils sont en déclin. Si j’y avais été il y a 50 ans pour faire de la photo ou de l’observation, le matériel aurait été autre chose, mais j’aurais eu plus de quantité. Quand on se met à connaître les oiseaux, on voit qu’il y a plusieurs espèces qui sont menacées, qui sont en danger, parce qu’il leur reste peu d’habitats où ils vivaient, tout simplement. C’est beaucoup le cas pour les oiseaux champêtres, tous ceux qui sont dans les champs agricoles. Les méthodes des agriculteurs ont changé avec la coupe, ce qui a changé la façon de nicher de ces oiseaux-là. C’est un côté un peu plate. Sinon, le côté le fun, c’est qu’on apprend à connaître les oiseaux un peu plus, à observer, à prendre le temps de voir leur comportement, leur façon de manger et de se reproduire, la période où ils vont nicher. Justement, on s’aperçoit que c’est très tôt, dès qu’il n’y a plus de neige, ou parfois lorsqu’il y en a encore, mais ils vont commencer à essayer de faire leur nid le plus tôt possible pour avoir leur portée pour que les petits puissent être à terme pour repartir pour la migration à l’automne. Ce sont des choses très intéressantes comme celle-ci qu’on peut apprendre sur les oiseaux et leurs méthodes de vie.

 

B. : Pour les passionnés de photo, peux-tu nous parler de ton équipement ?
S. D. : Présentement, j’utilise un Canon 7D Mark II avec une lentille Sigma 150-600 mm version sport. J’ai commencé par la version contemporaine et j’ai changé dernièrement pour la version sport tout simplement pour la construction et la robustesse, vu que je suis toujours sur le terrain, très tôt, souvent avec de la brume, de la pluie. C’est un équipement qui est protégé contre l’eau, contre le vent, contre les intempéries, ce qui me permet d’éviter d’avoir à penser à mon matériel en cas de pluie. Sinon, de temps en temps, j’utilise le flash dans des situations à contre-jour. Je l’utilisais plus souvent avant et, maintenant, j’essaie de plutôt utiliser la lumière naturelle. En se servant moins du flash, on a plus tendance à se questionner sur la direction de la lumière et à bien se positionner. J’essaie toujours d’avoir des vêtements le plus neutres possible, type vêtements de chasse ou de camouflage. Les oiseaux me voient venir de loin, c’est peut-être plus pour essayer de me confondre une fois que je suis placé et caché. Je choisis des vêtements qui ne font pas trop de bruit non plus. J’ai un bon trépied avec une tête pendulaire qui permet d’avoir les trois axes qui ne sont pas verrouillés, mais sur lequel l’appareil est balancé pour pouvoir prendre des oiseaux en vol et même au niveau de l’eau.

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B. : En ce moment, il est 4 h 30 du matin et nous sommes à Cacouna. Pourquoi fais-tu ce que tu fais ? À part des photos d’oiseaux, qu’est-ce que tu viens chercher ici ?
S. D. : C’est une bonne question ! Je pense que je l’ai découvert sans le savoir, j’avais quelque chose à venir chercher autre que la photo et les oiseaux. Comme je le disais tantôt, je suis graphiste, donc je fais un travail de bureau. Même si je suis né à Montréal, je suis un gars de nature, de plein air. Pas nécessairement très sportif, mais de contemplation, de nature. De voir comment le jour se lève et de voir comment les oiseaux s’activent à la lumière me fascine. À cette heure-là, je suis tout seul, alors c’est un moment de ressourcement paisible pour moi, avant de commencer la journée. Autant que c’est paisible, autant que ça me donne un boost d’énergie pour le reste de ma journée. C’est sûr que je me couche plus tôt, mais je suis un lève-tôt.

juillet21

À propos Marie-Amélie Dubé

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texte Maude Roy-Chabot | Agente de planification, programmation, recherche-concertation | Direction du programme santé mentale ...

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