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Post-RDL – la Rumeur du Loup
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Post-RDL

jeansimonbelleau

par Jean-Simon Belleau, illustration par Yoann Palacio

 

Au soir du 21 mai 2019, le mouvement insurrectionnel qui venait à peine de dévoiler haut et fort son existence dans les sphères de la conscience publique occupait le parlement de Québec depuis quelques heures.

 

 

S’affichant ouvertement contre la démocratie et la politique corrompue qu’elle avait engendrée, les leadeurs du Mouvement Humaniste avaient bien préparé leur coup ; dans un monde « branché » au sein duquel il était presque impossible de passer inaperçu, la vitesse à laquelle leurs objectifs furent atteints s’avéra fulgurante. Les locaux des grands journaux et des principales radios d’opinions tombèrent tous aux mains des forces Humanistes en l’espace de vingt-quatre heures. L’intervention des forces armées ne se fit pas attendre, mais un coup de théâtre supplémentaire augmenta considérablement l’appui d’une population jusqu’ici extrêmement réservée face à la chute d’un système politique qui l’avait accompagnée depuis toujours : la police et l’armée avaient toutes deux été savamment infiltrées jusque dans leurs racines, du jamais vu dans l’histoire de l’humanité. L’homme en tant qu’individu avait été sciemment isolé des principes erronés d’unification des forces de l’ordre, à l’emploi des élites, face aux citoyens. Grâce à un travail de propagande soutenu et personnalisé, hommes et femmes occupant divers échelons hiérarchiques avaient été personnellement approchés et « éduqués » ; aucune énergie ne fut gaspillée sur les réfractaires, aucune menace, aucune pression. L’éveil des consciences se produisit progressivement dans l’attente du moment où les conditions seraient propices à un coup d’éclat. Cette occasion se présenta sous la forme de énièmes élections provinciales insipides, mascarade éhontée tributaire du mensonge et de la manipulation idéologique des masses, durant lesquelles des candidats aux allures sérieuses et respectant toutes les règles du jeu démocratique se présentèrent au sein des divers partis politiques ancestraux. À l’approche du dernier tournant électoral, ils virèrent tous leurs vestes et dévoilèrent leur vraie nature, décriant et attaquant publiquement leur parti respectif. La surprise fut générale et il était trop tard pour les chefs de parti pour faire marche arrière. C’est dans un tel chaos public que le Mouvement Humaniste mit la phase deux de son plan d’occupation en branle.

 

« Dès que la ville fut coupée du reste du monde, l’argent, objet factice d’une valeur issue des cervelles enfiévrées du capitalisme vorace, ne conserva guère qu ’une utilité primale : servir de papier d’allumage. »

 

Malheureusement, les conséquences d’un évènement d’une telle ampleur sociale dévièrent rapidement des plans préalablement établis par les têtes pensantes révolutionnaires. Leurs idéaux et leurs espoirs humanistes échappèrent à tout contrôle logique dès la fin du troisième mois. Les masses s’impatientèrent et plusieurs mauvaises langues, dont les opinions hâtivement énoncées sur les ondes avec la véhémence de l’ignorance avaient toujours trouvé écho au sein de la population, saisirent l’occasion pour s’approprier, selon leurs dires, une part du pouvoir ; notion qui pourtant, selon le tout premier amendement du Mouvement Humaniste, devait être rapidement abolie et ne plus jamais se retrouver entre les mains d’intérêts individualistes. Un important chaos organisationnel régnait donc au sein de la capitale nationale. Presque un an après la prise du parlement, le Mouvement Humaniste était toujours contesté et d’interminables débats d’opinion ramenèrent monsieur et madame tout le monde sur la défensive : rien n’allait de l’avant. La révolution se propagea rapidement hors de la capitale et cogna aux portes de toutes les villes du Québec, y compris Rivière-du-Loup. À plus petite échelle, l’absence d’autorité officielle eut de violentes conséquences individualistes, car ici aussi les autorités s’étaient rapidement rangées du côté humaniste, mais l’incapacité du mouvement à établir de solides balises pour guider la population se mua en désastre égoïste. Les plus pressés, pour ne pas dire autre chose, se précipitèrent en masse vers les banques et autres guichets de service dans l’espoir d’amasser un pactole qui, dans les faits, ne conserva sa valeur que quelques jours à peine. Dès que la ville fut coupée du reste du monde, l’argent, objet factice d’une valeur issue des cervelles enfiévrées du capitalisme vorace, ne conserva guère qu’une utilité primale : servir de papier d’allumage. La deuxième institution capitaliste la plus violemment touchée fut le magasin à grande surface. La sélection naturelle de la consommation appliquait ses lois immuables ; le cerveau humain conditionné n’aspirait qu’à une seule chose : se procurer au plus vite les biens qu’il considérait comme essentiels, en la plus grande quantité possible. Les plus inspirés pillèrent tout d’abord les rayons alimentaires, mais d’autres esprits moins pratiques risquèrent leur vie pour acquérir en quantité télévisions et appareils électroniques divers. Ces pauvres décérébrés du câble et de l’Internet se trouvèrent bien en peine lorsque les sources d’électricité tombèrent aux mains d’intérêts « privés », comme nous le verrons plus tard. La logique du « chacun pour soi » s’emparait donc rapidement des esprits ; pour certains, elle n’évolua pas et amena des individus à se replier sur eux-mêmes et à se terrer dans leur demeure, dans l’attente anxieuse du jour où tout rentrerait dans l’ordre ; pour d’autres, plus avisés, cette logique évolua en ouverture à l’esprit d’équipe : mon « moi » a plus de chances de survie s’il est entouré d’autres « moi » qui me ressemblent. Des clans se formèrent, des quartiers entiers furent jalousement barricadés et défendus. La ressource naturelle qui, historiquement, avait favorisé l’installation de la ville était tombée aux mains d’un groupe qui s’était rapidement organisé et qui était maintenant installé dans le parc des Chutes. Une fièvre sécessionniste contagieuse avait complètement transformé la ville.

 

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À propos Marie-Amélie Dubé

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