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Nous, les animaux

busque

Ani-maux du rédacteur par Busque, photo de Jo-Anne McArthur / We Animals, illustration d’Olivier Blot

 

Nous sommes des animaux. J’ai l’impression parfois qu’on l’oublie. Nous regardons les autres animaux en jugeant leur intelligence par nos critères d’intelligence à nous. Effectivement, nous ne sommes pas la même chose qu’un ours ou qu’un saumon. Reste que nous pouvons les respecter pour ce qu’ils représentent : des êtres vivants qui ont des émotions, qui ressentent de la douleur, du bienêtre et qui cherchent à vivre.

 

Nous avons décidé que c’était inacceptable de maltraiter des chiens et des chats. Pourtant, nous maltraitons les animaux d’élevage (pas nécessairement à coups de bâton et à coups de pied, quoique cela arrive trop souvent) par nos processus d’élevage et d’abattage au cours desquels, chaque année, 56 milliards d’animaux d’élevage meurent dans le but d’être mangés quand il nous est possible de faire autrement. Imaginez un instant qu’on enferme 56 milliards de chiens et de chats, entassés dans des cages toute leur vie. Pour quelqu’un qui aime les animaux, c’est très frustrant à imaginer. Nous cherchons l’égalité entre nous, les humains, entre les hommes et les femmes, entre les minorités (les races, les orientations sexuelles, etc.) dans le but d’élever la conscience sociale de notre planète et de permettre le bienêtre au plus grand nombre. Mais nous oublions le spécisme qui, en éthique et en philosophie du droit des animaux, est la considération que des membres d’une certaine espèce ont des droits moraux plus étendus ou supérieurs à ceux accordés à d’autres espèces. Il y a un fort contraste entre d’un côté la science qui, récemment, nous informe de plus en plus de la sensibilité et de l’intelligence étonnante des animaux et, de l’autre côté, les arguments obscurantistes de l’industrie.

 

« Ce n’est pas pour rien que la grande majorité des gens se croit supérieure moralement à la moyenne des autres humains. »

 

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Plus personnellement
C’est une édition spéciale pour moi. C’est une édition difficile aussi puisque c’est un sujet très sensible et délicat. Je sais que beaucoup de gens ne seront pas d’accord avec les premiers articles sur le véganisme et c’est tout à fait normal. Nous voulons nous réconforter dans nos croyances et nos actions, surtout pour celles qui sont quotidiennes. Ce n’est pas pour rien que la grande majorité des gens se croit supérieure moralement à la moyenne des autres humains. J’ai mangé de la viande et des produits laitiers pendant 31 ans sans trop me poser de questions. Pourtant, l’alimentation et la nutrition sont au coeur de nos vies. Aussi, ce n’est pas une question d’être meilleur que les autres, mais bien d’être meilleur que soi-même. Pour ma part, je disais aimer les animaux, mais j’encourageais une industrie qui ne respecte pas les droits fondamentaux de ceux-ci. Si j’aime réellement les animaux, je ne veux pas les traiter comme de la marchandise. Et si je veux être conséquent avec ce que je dis, j’entreprends une démarche pour aligner mes paroles à mes actes. Le raisonnement fut le même avec la question de l’environnement que beaucoup d’environnementalistes mettent de côté. Si, pour moi, les valeurs écologiques sont importantes, je dois réduire mon empreinte écologique et la meilleure façon de le faire, c’est en réduisant ma consommation de produits issus des animaux.

 

Est-il facile de devenir végane?

Ne pas manger de la viande et des produits laitiers, ce n’est pas facile. On peut y voir une certaine privation et de gros sacrifices, surtout que notre société est complètement surdosée à la viande et aux produits laitiers. Une chose m’avait sauté aux yeux quand je suis devenu végane : il y a du fromage partout, PARTOUT. Aussi, j’ai souvent entendu dire : « Je ne pourrais pas être végane parce que je suis incapable de me priver du fromage. » Quand on apprend que dans le fromage se trouve une concentration élevée de caséine, une protéine présente naturellement dans le lait et qui sert à garder un lien très fort entre le veau et sa mère, on se rend compte que ce n’est pas simplement le gout de gras que nous aimons, mais bien le sentiment d’assouvir un vide. Lors de la digestion, la dégradation de la caséine libère de la casomorphine, qui active les récepteurs du cerveau liés à la dépendance. Plus on se renseigne sur le véganisme et sur l’industrie de la viande, plus il devient facile de changer nos habitudes de vie. Par exemple, depuis que nous sommes tout jeunes, on nous rentre bien solide dans la tête que : nous avons besoin de manger de la viande pour avoir les protéines nécessaires; nous avons besoin de boire du lait pour avoir des os solides; nous avons besoin de manger des oeufs et du poisson pour les omégas 3; les animaux sont bien traités; les animaux ne souffrent pas.

 

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On ne nous dit surtout pas que :

Les deux principales causes de mortalité au Canada, en 2013, sont premièrement le cancer (30 % des décès), deuxièmement les maladies du coeur (20 % des décès), maladies qui sont reliées directement à notre alimentation, et que beaucoup d’études pointent du doigt la viande, les produits laitiers, le poisson, et les produits transformés; les animaux d’élevage mangent tous les jours une quantité phénoménale de nourriture qui doit être produite et transportée (5000 m2 de terre cultivable et de 7 à 16 kg de céréales pour produire 1 kg de boeuf !); les animaux d’élevage boivent tous les jours une quantité faramineuse d’eau qui doit être traitée (15 415 litres d’eau pour produire 1 kg de boeuf !); les excréments des animaux d’élevage sont un contaminant pour nos cours d’eau et le méthane émis par les bovins contamine notre atmosphère (leur élevage contribue à 20 % des émissions de gaz à effet de serre); les animaux sont boostés d’antibiotiques et d’hormones que nous absorbons en les mangeant; les poussins mâles sont broyés à la naissance dans l’industrie des oeufs ; les vaches sont constamment mises enceintes par insémination artificielle (bras dans l’orifice anal pour mobiliser le col de l’utérus et seringue dans le vagin de la vache pour injecter la semence); les vaches, pour produire du lait, doivent donner naissance à un veau duquel elles sont séparées quelques minutes seulement après la naissance; les vaches laitières meurent de fatigue après 4-5 ans au lieu d’environ 15-20 ans normalement; les cochons sont dans des cages toute leur vie à manger; la pêche détruit les écosystèmes marins; les poissons contiennent un taux de mercure très, très élevé (Santé Canada déconseille même la consommation de plusieurs sortes de poissons aux femmes enceintes à cause de leur taux trop élevé en mercure). De mon côté, depuis que je suis végane, j’ai perdu du poids même si je mange comme un ours parce que ce que je mange contient peu de gras. Ensuite, je suis heureux de me coucher le soir en sachant qu’aucun animal n’a été exploité pour mon pur plaisir gustatif. Finalement et surtout, vous auriez dû gouter à mon repas d’hier, c’était succulent. On apprend vite à se bâtir de nouvelles recettes, souvent plus santé et pas plus compliquées à cuisiner. Il y a évidemment l’appropriation de nouveaux produits et de nouvelles saveurs à découvrir et à intégrer dans nos recettes. Essayez-le!

À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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