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Mêmes questions, différentes visions, partie 3 : NPD – la Rumeur du Loup
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Mêmes questions, différentes visions, partie 3 : NPD

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entrevues et photos par Busque

J’ai rencontré chacun des candidats qui se présente dans la circonsciption de Montmagny—L’Islet—Kamouraska—Rivière-du-Loup et j’ai posé les mêmes questions à chacun. Quoique les entrevues aient été réalisées séparément, nous avons cru bon rassembler les réponses de chacun des candidats. Et pour l’amour de Dieu (pour faire un lien avec le thème du magazine), ALLEZ VOTER (ou pas 😀 ).

François Lapointe, candidat NPD

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Élections

Sachant qu’en 2008, le taux de participation aux élections fédérales n’était que de 61,1 %, quel sens donnez-vous à l’abstention et à partir de quel taux peut-on parler d’un problème démocratique?

François Lapointe : Certaines législations ont tablé qu’il est obligatoire d’aller voter. Ceux qui le font s’assurent que, sur le bulletin de vote, il y a une ligne qui s’appelle le vote contestataire. Cette ligne sert à la personne qui va voter parce que c’est obligatoire dans son État, mais il y a une ligne où elle peut indiquer « insatisfait » si elle n’est pas satisfaite de ce qui est avancé par les partis dans leur programme. Ces votes sont comptabilisés comme tels; ils ne sont pas comptabilisés comme des abstentions. Je pense qu’il se fait mieux ailleurs en matière de mode de scrutin. Aux endroits où l’offre a été modernisée, les taux de participation sont plus élevés. Il y a une réflexion à faire et des décisions à prendre dans les prochaines années parce qu’un taux en bas de 60 % n’est pas adéquat. Ce n’est pas adéquat en démocratie qu’il y ait 40 % des gens qui ne vont pas voter, surtout dans le fonctionnement que nous avons ici. Ça prend environ 30 minutes pour aller voter ici, en moyenne. Nous ne sommes pas au Burkina Faso où on se met en ligne à partir de 5 h le matin et on ne vote qu’à midi et demi! Dans un monde meilleur, j’aimerais voir 90 % de participation aux élections. Je ne serai pas le premier dans l’histoire à dire que c’est le « moins pire » des systèmes. Churchill le disait à tous les deux discours. Il disait qu’il était prêt à se battre pour le « moins pire » des systèmes. Il ouvre la porte pour laisser place à l’amélioration. À un moment donné, il faut prendre acte de ce qui va moins bien et travailler à son amélioration. C’est ma façon de le voir.

Pourquoi, selon vous, est-ce que le taux de participation des jeunes est beaucoup plus bas?

François Lapointe : Dans certains secteurs, on a atteint 60 % d’abstention pour les 18-25. Si j’avais une baguette magique et que j’avais trouvé la raison pour laquelle ils sont désintéressés, je serais en train de frapper avec la baguette en fou furieux. C’est un des pires problèmes de la démocratie actuelle. Pour la première fois, les 18-35 vont représenter le tiers des gens qui vont aller voter. Donc, cette génération qui vote peu, pour la première fois, a un poids démocratique à peu près comparable à sa démographie. Ils représentent à peu près 30 % de l’expression du vote. Je trouve tragique de penser qu’il y a une chance que 50 % d’entre eux n’aillent pas voter, et ce, pour deux raisons. D’abord parce qu’il y a un tiers de la population qui n’exprime pas son opinion politique le jour du vote. Ensuite parce qu’il y a des décisions qui sont prises maintenant et qui auront un effet dans 10 à 15 ans, mais ce ne sont pas les gens de 60 ans qui vont voter à 85 % et plus qui vont vivre avec les conséquences de ces décisions. Il y a une certaine désillusion. Pour cette campagne, nous travaillons énormément sur les réseaux sociaux; nous sommes présents à l’endroit où les jeunes sont, et pas seulement le soir dans un téléroman qui n’est écouté que par des gens de 45 ans et plus. On essaie de faire des efforts, on verra. J’espère qu’on va réussir à stimuler plus de votes. Je sais que du côté de mon chef Tom, lors de toutes ses interventions dans les universités, les 10 premières minutes portent sur la nécessité que cette génération se réintéresse aux questions d’affaires publiques. Il y a encore beaucoup de travail à faire pour les amener à s’intéresser aux élections et à l’ensemble du fonctionnement, municipal, provincial et fédéral, non pas à coup de 50 %, mais à coup de 70-80 %. Il y a encore beaucoup de travail à faire.

Quelle réforme du système politique votre parti et vous-même avez-vous à proposer (mode de scrutin, sénat, etc.)?

François Lapointe : On est de loin ceux qui brassent le plus. On dit clairement qu’on trouve que le sénat est antidémocratique. Ce sont des gens non élus, qui sont nommés. Nous sommes prêts à aller aussi loin que de négocier avec les provinces pour trouver une façon de dissoudre le sénat. Si ce n’est pas de le dissoudre, on va le réformer en profondeur. Ce fut un de mes déclencheurs, de passer de sympathisant à candidat. Il y a 8 ans maintenant, le projet de loi de Jack Layton qui portait sur la responsabilité climatique du Canada avait été perçu par l’ensemble des spécialistes comme la meilleure loi de l’époque. Il le dépose. À l’époque, monsieur Harper est minoritaire et le projet de loi passe en chambre. Ensuite, au sénat, on l’a mis en dessous de la pile. Le sénat n’a jamais délibéré dessus. Il a attendu la prochaine élection et il l’a fait disparaître. C’est la dernière élection où je ne me suis pas présenté. Je me suis dit : « Ça suffit, c’est assez ». Alors, je fais partie de ceux qui sont très insatisfaits du sénat. Pour ce qui est du mode de scrutin, il y a un consensus au NPD pour trouver une façon de le changer. Je dirais que mon chef Tom est encore plus pressé que moi de le faire. C’est très clair dans sa tête qu’il veut absolument qu’il y ait une modification qui amène plus de proportionnel au mode de scrutin. Je suis complètement avec lui dans l’idée. La seule chose pour laquelle je dois parfois discuter avec lui, c’est sur la complexité que ça représente. D’arriver très près de la proportion du vote exprimé, dans un pays qui est très grand comme le Canada, c’est difficile. L’exercice de consultation nationale qui doit être mis en place pour qu’on arrive à un projet compris et appuyé par les gens est essentiel. Il y a eu des cas où un mode de scrutin proportionnel s’est fait de façon un peu précipitée et sans suffisamment d’échanges et de compréhensions de la part des électeurs et qui ont mal tourné; les gens n’ont pas aimé l’expérience. Dans d’autres cas où les nations sont en mode de scrutin mixte et ça va très bien. Oui, je suis pour un mode de scrutin mixte, mais je veux que le processus pour s’y rendre soit fait de façon très rigoureuse et très près de la population. Ça enlève un peu de cynisme aux gens qui disent qu’ils perdent leur vote. Même si on est juste 10 % à croire en une idée, à 10 % on va avoir quelques représentants qui vont être notre voix au parlement. Il faut s’y rendre, mais il faut s’y rendre de manière à ce que ça marche bien et que les gens soient contents du résultat et que ça ne fasse pas comme dans d’autres législations où, après une ou deux fois, la population n’était pas contente et elle a reculé par la suite.

Que pensez-vous du principe de la ligne de parti? Par exemple, si votre parti est pour une mesure et la majorité des électeurs de votre comté est contre, que feriez-vous?

François Lapointe : Il faut d’abord être certain qu’on va contre la majorité de son comté. Je vais te donner
exemple. Nous nous sommes positionnés contre le projet de loi C-51 dès le premier jour. Quand nous nous sommes présentés contre C-51, des sondages nationaux disaient que 80 % des Canadiens étaient pour le projet. Nous avons tenu notre bout et nous avons expliqué pourquoi le projet nous inquiétait et, actuellement, 79 % des Canadiens détestent ce projet de loi. D’abord, il ne faut pas croire que la ligne de parti se fait tout le temps à l’intérieur du parti. Il y a un moment formidable qui n’est pas connu, c’est lorsque le caucus se réunit en huis clos le mercredi matin à Ottawa. Nous, les démocrates, nos huis clos durent longtemps; ils commencent à 8 h le matin et parfois ils finissent à 14 h. C’est à cet endroit qu’on se dit ce qu’on pense. La direction est obligée de répondre à nos questions et de réagir à ce que nous pensons. Un choix comme celui de C-51 nous a demandé un débat complet, tout un caucus là-dessus. Nous nous sommes dit qu’à long terme, notre position va certainement être comprise par une majorité de gens. Si nous avions plié sur cette idée de démocratie instantanée, nous ne serions pas allés au bout et, actuellement, nous serions pris avec C-51 sans aucune modification. Les comités permanents ont relativement bien fonctionné pendant 140 ans et ils sont censés servir à ce que la population puisse continuer de convaincre les gouvernements. Ce système a été complètement massacré par Harper. Au Canada, quelqu’un peut avoir 53 % des députés avec 38 % des voix, et 53 % des députés dans une assemblée donnent 100 % du pouvoir. Donc, ce n’est pas un raccourci intellectuel de dire que 38 % d’appui donne 100 % du pouvoir. C’est troublant. Nous avons donc en place un système qui a cette distorsion. La personne au pouvoir peut avoir une idée qui n’est peut-être pas bonne pour la majorité des gens au Canada. Le projet de loi est contesté par d’autres partis et passe quand même parce qu’il a une majorité de députés. Le projet doit obligatoirement être déposé à un comité permanent. Fut un temps où les comités permanents étaient publics. Les journalistes sont dans la salle et les partis d’opposition ont le droit d’inviter 50 % des témoins. Pour C-51, nous avons fait venir 30 spécialistes et 29 ont dit que ce n’était pas une bonne loi. Dans une démocratie parlementaire britannique saine, qui n’est pas manipulée par un gars comme monsieur Harper, le fonctionnement devrait être que le comité se réunit non pas en huis clos, mais avec public. On parle de ces 29 spécialistes sur 30 qui nous ont dit que le projet n’avait pas de bon sens et on fait des recommandations au ministre. Le ministre serait éthiquement responsable de tenir compte des recommandations. C’est là où on peut rattraper un peu des aspects de projets de loi vraiment nocifs. Harper, en 4 ans, a démoli ces phases d’analyse de projet de loi. Tout est maintenant voté en huis clos par les conservateurs. Avant les conservateurs, ça ne se faisait que peu ou pas. Maintenant, ils ne fonctionnent que comme ça. Tout est à retravailler.

 

Pour bien représenter votre comté, comment prenez-vous le pouls des enjeux importants de la population?

François Lapointe : Je fais le tour des tables, tout le temps. Quand je suis dans un souper, un événement, même s’il y a 130 personnes, que ce soit un groupe d’action communautaire, le Club Lions, les Fermières, je fais le tour des 130 personnes. C’est une bonne façon de savoir ce qui inquiète vraiment les gens. Ça amène à savoir un peu quelles sont les priorités des gens ou ce qui les inquiète carrément. Parfois, on doit démêler un peu le provincial et le fédéral : s’ils sont inquiets pour le temps d’attente à l’urgence, je dois leur expliquer que c’est de gestion provinciale, mais la fermeture de leur bureau de poste, c’est fédéral. Puis, je leur explique ce qu’on veut faire pour que les bureaux de poste en région ne ferment pas. J’ai une demi-douzaine de projets de loi à Ottawa. J’ai eu la chance d’être salué par le département qui rédige les projets de loi. Même des spécialistes m’ont souligné que mes projets de loi avaient quelque chose d’intéressant. Au moins 4 des 6 projets de loi viennent de conversations avec des gens du milieu. Si j’ai l’air un peu plus intelligent à Ottawa, ce n’est pas parce que je suis plus intelligent que les autres députés, c’est parce que j’amène l’intelligence collective des gens avec qui je parle sur le territoire.

Quels sont les valeurs et les enjeux importants de votre comté?

François Lapointe : Ce qui est omniprésent, ce sont les valeurs entrepreneuriales. Si Montmagny, La Pocatière, Rivière-du-Loup se sont maintenus même si, dans certains secteurs, ils ont eu de durs coups quand de grosses compagnies ont quitté la région, c’est grâce au tissu entrepreneurial. Ce sont nos PME qui nous permettent de créer de l’emploi. S’il n’y a pas d’emploi, personne ne va rester dans nos régions. C’est la chose que j’entends partout. Ensuite, j’entends beaucoup parler du maintien des services, c’est nouveau. Il y a 10 ans, les gens parlaient beaucoup du fait qu’ils payaient trop d’impôts. Après 10 ans de conservatisme, on commence à se dire qu’on ne veut pas se faire enlever tous nos services. C’est devenu une valeur assez consensuelle. On me dit qu’il faut arrêter de fermer les bureaux de poste, arrêter de dilapider les fonds de l’assurance emploi. L’idée de protéger les services, on sent que c’est devenu plus consensuel. À mon grand plaisir, en troisième position, c’est quelque chose qui avait baissé et qui est revenu : l’environnement. L’intérêt avait baissé il y a 5 ans de façon terrible, on était rendus à 9 %. Maintenant, c’est revenu dans le 30 % de gens qui sont préoccupés par le sujet. Au moins une personne sur trois dit que, peu importent les décisions, si elle ne sent pas que l’environnement est pris en considération dans les

Démocratie

Que pensez-vous du droit de manifester?

François Lapointe : Nous n’avons aucun problème avec le droit de manifester. Le bureau de Tom a été occupé par des étudiants il y a un mois et demi et l’adjointe de Tom est rentrée en leur demandant s’ils voulaient du café. Ils ont le droit d’occuper les bureaux. Le contraire a été fait par trop d’élus depuis 10 ans, c’est-à-dire de polariser les positions. La seconde que quelqu’un manifeste, on dit que c’est effrayant et qu’il va détruire l’économie. C’est ridicule. Il faut défaire cette relation de conflit. Les gens ont le droit de s’associer, les gens ont le droit d’exprimer une opinion, ils ont le droit d’exprimer une opinion en groupe, ils ont le droit d’être plusieurs à vouloir mettre la lumière sur une opinion, c’est un droit fondamental. Ensuite, pour l’élu, c’est à lui à faire son travail, c’est-à-dire à expliquer en quoi ses actions peuvent être rassurantes pour ces gens. C’est plus comme ça que je le vois que d’être toujours en conflit avec un groupe qui veut sortir deux pancartes.

Pensez-vous que le projet de loi C-51 peut contrevenir au droit de manifester de la charte des droits et libertés (chapitre 1)?

François Lapointe : Le Projet de loi C-51, dans sa forme actuelle, notre ambition est claire, nous allons le défaire. Ça peut aller très loin. Tout le volet qui parle de sécurité d’infrastructure, on ne le comprend pas actuellement. Je ne suis pas le seul, je parlais tout à l’heure justement de dizaines de personnes qui sont des spécialistes en droit public, des gens beaucoup plus compétents que moi en la matière. Il n’y en a qu’un seul au comité permanent selon qui C-51 était bon. Tous les autres sont venus dire que c’était un mauvais projet de loi. Le problème, c’est que ça ouvre une porte, mais on ne sait pas jusqu’où elle se rend. On se dit qu’on va pouvoir réagir si une infrastructure est menacée, par exemple. Mais qu’est-ce qu’une infrastructure et quand est-elle menacée? Est-ce que c’est une Première nation qui occupe un lieu pendant 3 heures? Qu’est-ce que c’est? Ça m’inquiète et ça inquiète aussi beaucoup de monde.

«  Donc, ce n’est pas un raccourci intellectuel de dire que 38 % d’appui donne 100 % du pouvoir. » – François Lapointe

Il y a eu durant les dernières années beaucoup de situations de « portes tournantes ». Par exemple, l’ex-ministre Jim Prentice, ancien ministre de l’Environnement, rendu chez CIB C; l’ex-ministre Michael Fortier rendu à la Banque Royale; l’ex-ministre Chuck Strahl qui devient président du comité de surveillance du SCRS et lobbyiste pour le pipeline Northern Gateway; l’ex-ministre John Baird qui devient administrateur au Canadien Pacifique. Que pensez-vous des « portes tournantes » entre le privé et le public? Comment percevez-vous ce genre de situation?

François Lapointe : J’ai des collègues qui ont déposé des projets de loi à ce sujet. Je sais qu’il y a cette discussion chez les néodémocrates à savoir si on peut aller jusqu’à réglementer cela. Par exemple, définir une période de temps où on ne peut pas devenir lobbyiste. Je ne veux pas trop m’avancer parce que ça fait longtemps que je n’ai pas été dans ce dossier. Sur le principe qu’on passe de ministre à DG ou pire, de ministre à lobbyiste en dedans d’une semaine, ça n’a aucun bon sens. Il faut s’assurer qu’un jour, ça ne soit plus normal de le faire.

Nous avons vu au Québec avec la commission Charbonneau le phénomène de retour d’ascenseur entre des entreprises, des contrats et des partis politiques et leur financement. Au Québec, on a baissé la contribution individuelle à un parti de 1000 $ à 100 $ par personne. Que propose votre parti à ce sujet, sachant qu’au fédéral, la contribution maximum par personne est très élevée (1500 $) et que le financement est exclusivement privé?

François Lapointe : Entre 2012 et 2014, Harper a complètement éliminé le financement public aux partis politiques, indépendamment du nombre de votes de l’élection précédente. C’est complètement enlevé. Moi, j’étais contre. Je pense qu’il y a une portion raisonnable qui peut venir du taux d’appui obtenu, un mécanisme qui n’empêche pas toute forme de création de nouveaux partis. Mais LA solution Harper qui consiste à tout enlever n’était pas la bonne. Ça fait une pression énorme tout le temps sur le public pour financer les partis. Au fédéral, de donner jusqu’à 1500 $ à un parti politique est énorme. Il faudrait que je vérifie si le parti s’est déjà prononcé sur un montant qui serait convenable. L’ensemble de cette réforme démocratique affecte aussi Élections Canada qui n’a plus le droit de faire la promotion dans les écoles. D’ailleurs, nous ne l’appelons pas la réforme démocratique, nous l’appelons la « déforme démocratique ». On a réussi à les faire reculer sur 3 ou 4 points majeurs, mais pas sur tout. À 1500 $, ça ne prend pas beaucoup de gens qui s’entendent pour tous faire un chèque le même jour pour soudainement financer une campagne. Plus le montant est élevé, plus on ouvre la porte à une espèce de collusion où soudainement vingt personnes de la même organisation font chacune un chèque le même jour. En faisant le calcul, on a la moitié du montant maximum permis qui est amassé comme ça. 1500 $, c’est beaucoup trop. Nous avons chez nous quelqu’un qui s’appelle Greg Scott, qui est un professeur de sciences politiques à l’Université de Toronto. C’est lui qui a remplacé Jack Layton dans son comté après son décès. Il a monté une plateforme de véritables réformes démocratiques qui affecte entre autres les comités permanents dont je parlais plus tôt. Ses recommandations couvrent à peu près tout ce dont on a parlé aujourd’hui. Avant même d’en arriver au grand chantier de réforme du mode de scrutin, il y a tellement de choses à faire et nous avons déjà un document fait par quelqu’un d’extrêmement spécialisé qui est député et on a plusieurs réponses. Entre autres, on veut baisser le plafond dont il est question.

Environnement

Pour terminer, parlons d’environnement. Comment décrivez-vous le phénomène des changements climatiques?

François Lapointe : Pour commencer, j’aime mieux qu’on appelle cela un dérèglement climatique parce que les chercheurs en climat l’appellent ainsi. Le terme dérèglement climatique est celui que je lis le plus dans les revues scientifiques. Il faut comprendre que ce n’est pas seulement une augmentation de trois degrés sur cent ans, c’est un dérèglement. Oui, de façon générale c’est un réchauffement, mais ça peut aussi vouloir dire plus de précipitations à un endroit. Une forme de désertification à un autre endroit qui n’a pas l’habitude d’être désertique. C’est ce dérèglement qui est important. Ce n’est pas en soi le fait qu’on prenne trois degrés sur cent ans. Ce type de changement ne prenait généralement pas cent ans, il prenait jusqu’à 35 000, 40 000 ans généralement dans un cycle normal. De le provoquer sur 100 ans, c’est le volet dérèglement qui est très inquiétant et qui pourrait amener à terme des problèmes en agriculture, des problèmes de ressources alimentaires. Ça pourrait aller jusqu’au déplacement des populations si on ne fait rien.

Quant aux consensus scientifiques qui nous informent que nous devons laisser le tiers des ressources d’hydrocarbure dans le sol, que comptez-vous faire, votre parti et vous, pour sortir l’économie canadienne du pétrole?

François Lapointe : La position de Tom là-dessus a toujours été perçue comme pour ou contre, ni oui ni non. Elle est beaucoup plus précise et beaucoup plus solide qu’on le pense quand on prend le temps de l’analyser. Il dit qu’il faut absolument réviser tout le processus d’évaluation environnementale. C’est essentiel, il faut le réviser et il faut le ramener à ce qui se faisait de mieux avant, même plus fort que ce qui se faisait avant. Quand on parle de grandes infrastructures ou des secteurs industriels qui sont très polluants, il faut absolument que l’impact en GES fasse partie de l’évaluation. On ne peut pas juste faire en sorte de ne pas polluer les rivières, il faut que ce soit obligatoire de tenir compte des émissions de GES. Il faut que cesse toute la folie de ce qui a été imposé à l’Office national de l’énergie : les consultations publiques qui ne sont absolument pas inclusives — sur les 1200 demandes, il y en a 200 qui sont retenues — et les consultations qui sont bloquées à 15 mois. De bloquer un énorme projet d’infrastructure en 15 mois, c’est complètement ridicule. Tout cela doit être modifié et on s’engage à le faire. Une fois qu’on a fait de vraies réformes qui ne sont pas seulement esthétiques, qui sont perçues comme fiables par les spécialistes et que les scientifiques disent que c’est du solide, l’ensemble des industries, incluant celles des hydrocarbures, va devoir passer à travers. Est-ce que les hydrocarbures sont capables de passer à travers? Je ne le sais pas. Est-ce que c’est mon travail, de savoir s’ils sont capables de passer à travers? Non, ce n’est pas mon travail, c’est le leur. Dans mon obligation de social-démocrate qui veut voir du développement durable à long terme, c’est de m’assurer que ces trois piliers sont là : évaluation environnementale solide, inclusion formelle à l’égard des GES et consultation publique transparente et inclusive. Il y a une chose que les gens doivent comprendre, c’est que je ne peux pas faire cela que pour une industrie en particulier. Je dois le faire pour l’ensemble des secteurs industriels. Si le secteur des hydrocarbures veut réaliser un projet et qu’il dit qu’il sera capable de respecter tout cela, je ne peux pas le lui interdire.

La croissance économique est un incontournable dans le programme d’un gouvernement. Comment, dans le futur, accorderez-vous la croissance avec le principe que nos ressources sur Terre sont non renouvelables et limitées?

François Lapointe : Quand j’ai visité l’usine de biométhanisation avec Tom Mulcair, je n’avais jamais vu Tom dans un état aussi passionné. C’était hallucinant. L’année passée, pour la première fois, les investissements engagés en milliards en énergies renouvelables ont dépassé légèrement les investissements engagés en énergie non renouvelable. Pour la première fois, il y a eu un mouvement de bascule. La seule façon de s’en sortir en voyant à long terme est la création de bons emplois. Mes enfants, dans trente ans, ne demanderont pas d’avoir soit un environnement sain ou d’avoir un emploi, ils vont aspirer, comme nous, à avoir les deux. Être capable de vivre avec un espoir de carrière tout en étant dans un environnement qui, espérons-le, ne sera pas moins sain, mais plus sain qu’il ne l’est aujourd’hui. J’ai l’obligation en me présentant dans une législation quand même assez importante, celle d’Ottawa, de faire partie de ceux qui vont chercher des solutions à ce problème.

À propos Marie-Amélie Dubé

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