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Mêmes questions, différentes visions, partie 1 : Bloc Québécois

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entrevues et photos par Busque

J’ai rencontré chacun des candidats qui se présente dans la circonsciption de Montmagny—L’Islet—Kamouraska—Rivière-du-Loup et j’ai posé les mêmes questions à chacun. Quoique les entrevues aient été réalisées séparément, nous avons cru bon rassembler les réponses de chacun des candidats. Et pour l’amour de Dieu (pour faire un lien avec le thème du magazine), ALLEZ VOTER (ou pas 😀 ).

 

Louis Gagnon, candidat bloquiste

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« On dirait qu’on est revenus à l’époque où Pierre Elliott Trudeau a fait enfermer je ne sais combien de poètes québécois pendant la crise d’Octobre. » – Louis Gagnon

Élections

Sachant qu’en 2008, le taux de participation aux élections fédérales n’était que de 61,1 %, quel sens donnez-vous à l’abstention et à partir de quel taux peut-on parler d’un problème démocratique?

Louis Gagnon : Gilles Vigneault disait que, si on ne s’occupe pas de la politique, c’est la politique qui va s’occuper de nous. Je pense que le taux de participation devrait être le plus élevé possible. Il y a même des pays où c’est obligatoire de voter, du côté de l’Australie par exemple. Les gens sont obligés d’aller voter et je pense que, sans nécessairement que les gens soient obligés d’aller voter, on devrait au moins donner plus de cours pour éduquer les jeunes à la politique. Peut-être que ça nous intéresserait plus. Il faudrait aussi avoir des discours moins vides. Pour moi, le taux de participation idéal serait entre 90% et 100 % et le taux pour que ce soit annulé, c’est difficile à dire, mais en bas de 50 %, on a l’impression que ça commence vraiment à être un peu plus douteux.

Pourquoi, selon vous, est-ce que le taux de participation des jeunes est beaucoup plus bas?

Louis Gagnon : Parce qu’on ne s’adresse pas à eux et aussi parce que les cassettes de plusieurs personnes au gouvernement commencent à être usées; on a l’impression de toujours entendre la même chose. Il y a eu tous les scandales de corruption qui ont aussi dégoûté un peu les jeunes. On a l’impression que c’est toujours du pareil au même. D’un autre côté, quand on regarde par exemple ce qu’Option nationale a fait avec Jean-Martin Aussant, puis avec monsieur Sol Zanetti aujourd’hui, on se rend compte qu’il y a quand même moyen d’aller chercher encore les jeunes. Je pense qu’Aussant n’avait pas fait une grande campagne dans les médias traditionnels, dans les journaux, à la télévision, etc. Par contre, sur Internet, il a fait un effet incroyable qui encore aujourd’hui est perceptible auprès des jeunes par rapport à la souveraineté, par exemple. Il y a quand même encore moyen de le faire. En ce qui me concerne, je vais vraiment tout faire pour que les jeunes aillent voter le plus possible, qu’ils s’informent et qu’ils sachent pourquoi ils votent aussi.

Quelle réforme du système politique votre parti et vous-même avez-vous à proposer (mode de scrutin, sénat, etc.)?

Louis Gagnon : Comme vous le savez, j’arrive de Québec solidaire, qui proposait par exemple la proportionnelle. Le Bloc Québécois, le parti que je représente, est l’incarnation même de la proportionnelle, c’est-à-dire que ce n’est pas nécessairement un parti qui peut prendre le pouvoir. Par contre, c’est un parti qui représente, comme dans une proportionnelle, les gens qui vont voter pour lui. Finalement, ça va donner l’équivalent de la représentation. C’est sûr que c’est un système uninominal à un tour, mais le Bloc est vraiment l’exemple parfait de la proportionnelle. Moi, je pense que c’est un système qui pourrait mieux fonctionner, mieux représenter les gens et, surtout, aider les plus petits partis comme le Parti Vert ou, au provincial, Québec solidaire ou Option nationale et la CAQ bientôt. Ça pourrait aider ces partis parce que tout le monde a le droit d’avoir sa voix. Ça ne veut pas dire qu’on va tous se reconnaître dans un ou deux grands partis. C’est fort possible qu’on ne s’y reconnaisse pas. Alors, on veut une voix qui va ailleurs et c’est ça, la démocratie. Des fois, des gens disent : « Tu ne peux pas prendre le pouvoir ». Oui, mais c’est ça, la démocratie. On ne peut pas tous prendre le pouvoir, c’est un parlement. On est là pour parler et discuter des projets.

Que pensez-vous du principe de la ligne de parti? Par exemple, si votre parti est pour une mesure et la majorité des électeurs de votre comté est contre, que feriez-vous?

Louis Gagnon : Il faudrait d’abord voir pourquoi les gens sont contre. Peut-être que ça aurait été mal expliqué. Ultimement, on représente les gens de notre comté, à travers un parti. Pour moi, l’opinion des gens d’ici importe. Je vais vous donner un exemple : le transport par train, qui est d’actualité ici dans la campagne électorale. Si mon parti disait : « On veut encourager le transport par train parce qu’on pense que c’est une bonne chose », mais que tout le monde à Rivière-du-Loup dit: « On ne veut pas vivre un deuxième Lac-Mégantic, ça passe en plein centre-ville », j’aurais tendance à m’opposer, c’est-à-dire à prendre le parti des citoyens et à m’opposer à mon parti en disant : « Moi, en ce qui me concerne, je suis désolé, mais je n’embarque pas sur ce dossier-là. »

« J’ai proposé de faire une assemblée par mois pour informer les gens sur ce que je fais. » – Louis Gagnon

Pour bien représenter votre comté, comment prenez-vous le pouls des enjeux importants de la population?

Louis Gagnon : Quand on fait du terrain, par exemple, il y a une question qu’on pose : « Si vous aviez le candidat en avant de vous — vous l’avez d’ailleurs —, qu’est-ce que vous lui diriez? Qu’est-ce que vous changeriez? » Les réponses sont souvent intéressantes. Il faut d’abord poser la question à savoir ce qui les préoccupe. Il existe aussi plusieurs mouvements de citoyens dans la société présentement. Il faut écouter ces gens qui représentent des regroupements. Dans le milieu communautaire et dans celui de l’environnement, il y en a beaucoup : Stop Oléoduc, Coule pas chez nous!, Pétroliques anonymes, etc. Ce sont des mouvements citoyens qui doivent être entendus en politique aussi. Ce sont des mouvements qu’on peut aussi appuyer, quand on est d’accord avec ces idées. Je veux le faire aussi. Sinon, il y a différents endroits comme les réseaux sociaux qui peuvent être une façon de tâter le pouls des électeurs.

Quels sont les valeurs et les enjeux importants de votre comté?

Louis Gagnon : Je pense que l’environnement est une valeur très importante dans notre comté. Il y a différents dossiers qui sont cruciaux dans cette élection, mais, pour moi, le dossier le plus important de toute cette élection, c’est le dossier de l’oléoduc et du transport du pétrole par train. Je suis convaincu que c’est vraiment là que ça va se jouer. C’est là que les vraies décisions qui concernent les gens, mais de façon extrêmement concrète, vont se prendre. L’environnement et la protection de nos ressources naturelles sont les raisons pour lesquelles je fais de la politique. À la base, je ne trouve pas normal que les compagnies, les multinationales, arrivent ici avec leurs grosses bottes et disent à tout le monde : « Tassez-vous, on passe, on a du profit à faire. » Je me dis que, si nous n’avons personne pour nous représenter, pour défendre nos ressources naturelles qui sont notre bien commun, les compagnies vont nous mener par le bout du nez. Pour moi, c’est un problème et c’est pour ça que je suis en politique, pour défendre les gens par rapport à l’environnement. Aussi, bien sûr, je souhaite que la région prospère. Ça peut être de plusieurs façons, mais c’est très important pour moi. Je viens de Rivière-du-Loup et c’est une ville que j’ai toujours adorée. Par exemple, j’aime quand il y a plein d’étudiants dans les rues en ville. J’aime quand la ville est dynamique, quand il y a des activités culturelles. C’est ma ville comme je l’aime. Des fois, il y a des périodes où le développement est plus au ralenti ou des moments où les écoles ne réussissent pas à attirer des gens parce que les cégeps des autres villes nous font trop de compétition. Au provincial, j’étais pour les programmes exclusifs dans les cégeps. Je pense que dans les cégeps de Rivière-du-Loup, La Pocatière et Montmagny, il devrait y avoir des programmes exclusifs pour qu’on puisse avoir plus de jeunes pour dynamiser la région. Ça fait partie aussi des choses qui me tiennent vraiment à coeur.

Démocratie

Que pensez-vous du droit de manifester?

Louis Gagnon : Je suis parfaitement d’accord avec ça! Sur toute la ligne. C’est crucial, majeur. Les gens doivent impérativement manifester, on devrait le faire plus encore, selon moi. Ce n’est pas vrai qu’on nomme un politicien qui disparaît pendant 4 ans à Ottawa et puis, tout d’un coup, il revient aux prochaines élections pour finalement dire ce qu’il va faire pour les quatre prochaines années. Souvent, on a même l’impression de n’avoir aucun bilan, de n’avoir aucune nouvelle. Moi, j’ai proposé de faire une assemblée par mois pour informer les gens sur ce que je fais. Je vais le faire aussi, pour que les gens puissent dire ce qu’ils attendent de leur représentant. Les manifestations, c’est les citoyens qui parlent, ça doit être et, pour moi, ça devrait toujours être.

Pensez-vous que le projet de loi C-51 peut contrevenir au droit de manifester de la charte des droits et libertés (chapitre 1)?

Louis Gagnon : Certainement. C’est le pire projet de loi qui a été déposé de toute l’histoire du Canada, selon moi. C’est exécrable, ça n’a aucun sens. Quand on regarde le projet, ça peut concerner autant les mouvements environnementalistes que des gens qui s’opposent, des contestataires, tout simplement. Le vague est tellement grand et les conséquences aussi : on parle d’isoler quelqu’un pendant sept jours, à peu près sans mandat, pour des raisons absurdes, des soupçons. On dirait qu’on est revenus à l’époque où Pierre Elliott Trudeau a fait enfermer je ne sais combien de poètes québécois pendant la crise d’Octobre. Les conservateurs sont en train de nous ramener là. C’est une honte pour le Canada, même à l’international. On a l’air fou, tout le monde l’a condamné, pas juste au Québec et au Canada, mais partout dans le monde.

Il y a eu durant les dernières années beaucoup de situations de « portes tournantes ». Par exemple, l’ex-ministre Jim Prentice, ancien ministre de l’Environnement, rendu chez CIB C; l’ex-ministre Michael Fortier rendu à la Banque Royale; l’ex-ministre Chuck Strahl qui devient président du comité de surveillance du SCRS et lobbyiste pour le pipeline Northern Gateway; l’ex-ministre John Baird qui devient administrateur au Canadien Pacifique. Que pensez-vous des « portes tournantes » entre le privé et le public? Comment percevez-vous ce genre de situation?

Louis Gagnon : Il faudrait trouver un moyen, ça existe déjà au provincial. Si vous quittez des fonctions où vous pouvez avoir de l’influence, vous avez un délai, un temps où vous ne pouvez pas avoir un travail qui, par exemple, vous amènerait à pouvoir intervenir directement avec les anciennes fonctions d’élu que vous aviez. Au provincial, par rapport au commissaire au lobbyisme, je pense que la période devrait être plus longue d’ailleurs; un an, ce n’est pas assez. Au fédéral, je pense que ces portes tournantes sont extrêmement tristes parce que le Canadien National, par exemple, à un moment, a été gouvernemental puis a été privatisé. Des fois, on a presque l’impression que certaines personnes au gouvernement s’organisent pour que ça fonctionne mal. Au Québec, en santé, en éducation. Au fédéral, ça peut être en transport ferroviaire ou ça peut même être pour le transport maritime. Ils s’organisent pour que ça aille tellement mal que tout le monde va avoir envie de le privatiser. Après, ils lâchent leur emploi et ils vont travailler pour ces compagnies. Pour moi, c’est d’une absurdité totale. Il faudrait absolument qu’il n’y ait pas de copinage, que les gens ne puissent pas aller travailler dans un domaine où ils ont déjà eu de l’influence auparavant et où ils pourraient même continuer d’avoir de l’influence par l’entremise du gouvernement qu’eux-mêmes représentaient une année auparavant. Pour moi, c’est illogique et ça ne devrait pas exister.

Nous avons vu au Québec avec la commission Charbonneau le phénomène de retour d’ascenseur entre des entreprises, des contrats et des partis politiques et leur financement. Au Québec, on a baissé la contribution individuelle à un parti de 1000 $ à 100 $ par personne. Que propose votre parti à ce sujet, sachant qu’au fédéral, la contribution maximum par personne est très élevée (1500 $) et que le financement est exclusivement privé?

Louis Gagnon : C’est René Lévesque qui avait fait les premiers pas pour abaisser la loi sur le financement électoral. Le Parti québécois a ensuite réajusté le tir un peu plus bas. Pour ce qui est du Bloc, on trouve que le montant actuel est trop gros. Ce n’est pas le commun des mortels qui peut donner 1500 $ à un parti politique. Souvent, le problème est que le montant est peut-être assez gros pour pouvoir penser qu’il y aurait un retour d’ascenseur envers les personnes qui représentent des entreprises. Donc, le montant est trop élevé, il faudrait probablement le diminuer. Est-ce que ça serait exactement le même qu’au Québec? C’est à suivre, mais c’est certainement une avenue envisagée.

Environnement

Pour terminer, parlons d’environnement. Comment décrivez-vous le phénomène des changements climatiques?

Louis Gagnon : Les changements climatiques sont produits par les gaz à effet de serre. Le carbone s’accumule dans l’atmosphère, le gaz carbonique ne peut pas s’échapper, ce qui retient la chaleur sur Terre, particulièrement dans les zones où il y a beaucoup de pollution. Éventuellement, ça va occasionner la fonte des glaces aux pôles. C’est une des conséquences, le niveau de l’eau va augmenter partout. Le problème, c’est que la plupart des populations qui vont être touchées directement sont souvent les plus pauvres. Même le pape a fait une sortie là-dessus — on peut saluer cela sans doute — parce que ce sont les pauvres qui vont écoper de tous ces changements climatiques. Il y a différentes facettes. La désertification peut aussi être une autre forme de changement géographique. Il faut absolument tout faire pour combattre cela, parce qu’on est probablement parmi les dernières personnes qui vont pouvoir intervenir directement. Dans 50 ans, c’est fort possible qu’il soit trop tard. Au Canada, on a les sables bitumineux. On est malheureusement parmi les pires pollueurs de la terre à cause des sables bitumineux. Ils ont des conséquences même ici. C’est bien dommage d’encourager les sables bitumineux de quelque façon que ce soit, c’est extrêmement dommageable pour nous.

Quant aux consensus scientifiques qui nous informent que nous devons laisser le tiers des ressources d’hydrocarbure dans le sol, que comptez-vous faire, votre parti et vous, pour sortir l’économie canadienne du pétrole?

Louis Gagnon : Nous proposons d’investir dans des énergies vertes. Par exemple, on veut proposer une loi pour l’émission zéro des voitures. Ça veut dire que chaque concessionnaire serait obligé, comme en Californie, d’offrir des voitures électriques en vente. Ici, il y a déjà des crédits pour les voitures électriques et il devrait y en avoir plus pour que les prix baissent et pour que les gens puissent y avoir accès. Pour se sortir du pétrole, on a cette option concernant le transport. Pour ce qui est de l’énergie, au Québec, on est quand même des leaders avec Hydro-Québec dans l’hydroélectricité. On pourrait trouver des moyens d’utiliser cette énergie à son maximum. Même dans l’éolien, on doit investir et trouver des moyens pour l’améliorer. Cette énergie rapporte présentement à beaucoup de municipalités. Pour la Ville de Rivière-du-Loup, c’est 1,5 million de dollars qui rentrent dans les coffres grâce à l’éolien. Des fois, on dit que les énergies vertes ne sont pas payantes, mais ce n’est pas vrai. Si on regarde l’Allemagne, où l’économie va bien, elle fait peut-être même partie des trois pays qui vont le mieux, elle s’est beaucoup tournée vers les énergies vertes et elle a vraiment pris du recul par rapport au pétrole et elle essaie constamment de diminuer sa consommation. Il faut trouver des moyens. On ne s’en sortira pas demain matin, mais ce n’est pas normal qu’on ne fasse pas chaque jour au moins un pas dans la bonne direction.

La croissance économique est un incontournable dans le programme d’un gouvernement. Comment, dans le futur, accorderez-vous la croissance avec le principe que nos ressources sur Terre sont non renouvelables et limitées?

Louis Gagnon : En ce qui concerne le programme politique de QS quand j’étais au provincial — et c’est un programme que j’aime et que je respecte encore beaucoup évidemment —, on disait justement qu’on va atteindre une limite. C’est sûr que la surconsommation est un des problèmes majeurs de notre société parce que c’est comme si le désir est illimité, mais les ressources sont limitées. Alors forcément, à un moment donné, on va frapper un mur. Il va falloir trouver des moyens de diminuer cette culture de la surconsommation. Maintenant, la façon de le faire est une autre paire de manches. Il s’agit quand même d’un des rôles des gouvernements que de réglementer. Par exemple, au Québec, au Canada, souvent les gens ont deux voitures, des fois même trois voitures par famille. C’est un exemple pour les voitures, mais il va peut-être falloir demander à ce qu’on y aille avec ce qui est essentiel et qu’on arrêter de toujours être dans le luxe et dans le surplus parce qu’on va éventuellement frapper un mur, puis on n’aura simplement plus rien. Il s’agit de bien utiliser nos ressources actuelles. Prenons par exemple la forêt. Il y a plusieurs façons de travailler avec la forêt. Il y en a des mauvaises, il y en a des bonnes. C’est un exemple d’une ressource qui peut être renouvelable à long terme, mais, quand elle est mal utilisée, les conséquences sont extrêmement néfastes pour tout le monde.

 

 

 

 

 

 

 

À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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