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Ma rencontre avec Chloé Sainte-Marie et ses musiciens

avec la collaboration de l’AppArt culturel, Alex Ann Villeneuve Simard, photos de David Falardeau

 

Encore sur les frissons laissés par le choeur Amisol, je ferme mes yeux pour les premières notes de Chloé Sainte-Marie. C’est doux dans mes oreilles et mon coeur se serre au son de la musique. Je me considère vraiment chanceuse d’être là.

 

 

J’ai passé plusieurs minutes à me demander ce que j’avais fait tout ce temps sans la connaitre. Moi qui m’amuse pendant des soirées à faire des trouvailles musicales de toutes sortes… Elle m’a glissée sous les doigts… et pourtant. Chloé se laisse bercer par la poésie, c’est une femme de mots, mais aussi de corps, elle offre une performance scénique qui se démarque dans sa façon de bouger et de parler à son public. Je ressens sa générosité, sa fragilité et me laisse emporter totalement par la puissance de sa présence sur scène. J’observe les musiciens, ou plutôt les grands musiciens qui l’accompagnent : Gilles Tessier et Réjean Bouchard. Ils travaillent avec elle depuis 15 ans et ont des voix qui se marient parfaitement à celle de Chloé. Les deux s’entendent pour dire que de travailler avec des artistes créatifs et originaux rend leur boulot beaucoup plus enrichissant… Malheureusement, ils ne peuvent se permettre de se consacrer qu’à elle, Réjean le confirme : « Aujourd’hui, à moins d’être un grand artiste, il n’y en a pas beaucoup qui peuvent faire vivre leurs musiciens. » Ils se débrouillent, ils n’ont pas d’agent pour gérer leurs multiples spectacles, pratiques et autres. Une chose est certaine, ils sont pratiquement irremplaçables pour le spectacle de Chloé puisque la mécanique musicale est extrêmement complexe. Le trio s’unit pour être qu’un tout sur la scène et nous offre un moment unique.

 

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« “J’aime croire que les feuilles, les arbres, les crans à L’Isle-Verte me parlent et me donnent des signes d’où je dois aller, de ce que je dois faire” »

 

Je me dis qu’elle va me trouver ridicule de ne connaitre rien d’elle, excepté le fait que c’est la femme du grand réalisateur Gilles Carle. Je joue la carte de l’authenticité comme d’habitude… « Bonjour, Chloé, ça m’a fait plaisir de te découvrir ce soir. » Elle a de petits grands yeux. De grands yeux bleus, mais petits parce qu’ils se plissent lorsqu’elle réfléchit. On parle. De tout, et de rien. Elle a grandi dans une famille assez rigide religieusement. Comme elle l’a dit si bien : « Mon père a été l’homme d’un seul livre : la Bible. » C’est ce qui l’a amenée à être curieuse des mots, des « autres » mots. Elle qualifie les gens qui écrivent pour elle « d’êtres surdimensionnés. » Par contre, elle n’expose pas sa plume, elle préfère dire les mots de quelqu’un d’autre, de vivre le coup de foudre d’un texte qu’elle compare à un coup de foudre amoureux. Mais pour les plus curieux, au printemps 2017 sortira un livre agrémenté de photos prises par Gilles Carle autour d’une poésie qui se définira dans un dialogue entre Chloé et L’Isle-Verte. L’Isle-Verte… Elle est sereine lorsqu’elle parle de ce lieu. « J’aime croire que les feuilles, les arbres, les crans à L’Isle-Verte me parlent et me donnent des signes d’où je dois aller, de ce que je dois faire. » Chloé apprécie énormément tout ce que la Terre nous donne et s’attriste de la façon dont l’Homme la détruit, c’est ce qui la rapproche des Premières Nations. Si vous ne le savez pas, elle parle l’innu et a même fait un album complet dans cette langue. Elle adhère à leur façon de vivre en harmonie avec la nature et s’inspire de leur rapport au territoire ainsi qu’à l’amour voué à celui-ci.

 

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Et L’Isle-Verte, c’est aussi le lieu où repose Gilles Carle depuis octobre dernier. L’homme avec qui elle a partagé 27 ans de vie commune. Pendant 17 ans, dans leur relation, Chloé fut aidante naturelle pour lui. « La scène, c’était ma nourriture de survie. En 2007, je ne pensais pas m’en sortir, j’étais épuisée, je ne dormais pas. » C’est pourquoi, en 2012, elle fonde la première maison de répit à Cowansville pour les aidants naturels qui sont plus de 1 260 000 au Québec. Je vous laisse imaginer la fonctionnalité de notre système de santé si tous ces gens arrêtaient de s’investir auprès de leurs proches, bref ! Ces maisons de repos accueillent les malades pour permettre aux aidants naturels de reprendre leurs énergies et de profiter de ce répit pour prendre soin d’eux-mêmes. Chloé s’investit dans ce projet et souhaite annoncer cinq nouvelles maisons Gilles Carle pour les cinq prochaines années… Peut-être à Rivière-du-Loup, qui sait ? Peu importe si vous y étiez ou non. Faitesvous un cadeau, allez voir des spectacles prochainement. Que vous soyez un fin connaisseur ou pas, que vous écoutiez sans arrêt de la musique chez vous, rien ne vaut ce moment de partage, cette richesse qu’est la scène. Rien n’est égal à la rencontre entre les mots, la musique et vous-même.

À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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