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L’œuvre du temps

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Par Ève Gentile, photos par Nicolas Gagnon

La dernière semaine de janvier, plusieurs étudiants sont débarqués en ville au grand plaisir de tous; depuis vingt ans maintenant que l’on sculpte la neige pour profiter ensemble des joies de l’hiver! J’ai donc passé la fin de semaine avec eux à l’extérieur, afin d’en apprendre davantage sur leurs oeuvres et leurs inspirations.

Pour la 20e édition du concours intercollégial de sculpture sur neige, 20 équipes étaient à Rivière-du-Loup. Elles sont venues de partout au Québec : Matane, Chicoutimi, Alma, Rivière-du-Loup, La Pocatière, Lévis, Limoilou, Trois-Rivières, Montréal, St-Jérôme et Valleyfield; le tout afin de braver le froid et de sculpter un bloc de neige monumental. Ces blocs de 500 pieds cubes et plus étaient soit carrés (8’x8’x8’), soit rectangulaires (8’x8’x12’), au choix des concurrents.

Jeudi soir, les participants se sont présentés à notre cégep pour l’ouverture du concours. Ils ont dévoilé leur maquette au comité organisateur et ils ont expliqué leur concept. Les équipes étaient composées de trois étudiants ainsi que d’un accompagnateur. Ce dernier était là pour les conseiller et enlever la neige sculptée. Certains cégeps sont venus avec une ou deux équipes. Le concours a commencé le vendredi matin à 8 h; les participants avaient 50 heures pour compléter leur sculpture.

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« Une participante m’a aussi raconté que lorsqu’elle s’était inscrite au programme d’art son but était de participer au concours. »

Vendredi matin, le thermomètre annonçait un agréable -4 °C. La neige était molle, la température clémente, il faisait même soleil, soit une journée parfaite pour sculpter de la glace! Certaines équipes ont travaillé rapidement pour dégrossir le mastodonte choisi. L’équipe de Rivière-du-Loup a quadrillé son bloc avec de la peinture en aérosol afin de faciliter les étapes subséquentes. L’équipe no 1 de Marie-Victorin a utilisé une planche de bois marquée de différentes proportions pour faciliter l’ébauche. Chaque équipe avait leurs techniques et leurs outils. La seule consigne à respecter était : aucun outil électrique.

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J’ai vu des outils créés de toute pièce par les participants de La Pocatière. L’équipe no 2 de Rivière-du-Loup avait un manche de pelle interchangeable avec différents embouts. L’équipe no 1 de Marie-Victorin avait une chaîne barbelée montée sur deux poignées en bois, afin de couper la neige. En d’autres mots, tout pour sculpter.

Samedi matin, à 6 h 30, les membres de l’équipe no 2 de Lévis-Lauzon ont poursuivi leur oeuvre de peur que la neige durcisse; Miss météo ne s’était pas trompée, il faisait bel et bien -20 °C! Leur sculpture abstraite se voulait spirituelle : deux cercles, soit le premier abordant la forme de la réincarnation, la continuité éternelle de la vie, et le deuxième représentant la vie jusqu’à la mort. En parlant avec leur accompagnatrice, elle m’expliqua qu’elle venait ici depuis 11 ans avec ses étudiants, et que c’était toujours un plaisir de participer à l’événement.

J’ai appris que, parmi les concurrents, quelques-uns avaient cogité sur le projet depuis le mois d’août dernier. Une participante m’a aussi raconté que, lorsqu’elle s’était inscrite au programme d’art, son but était de participer au concours. J’ai découvert que quelques personnes avaient participé au Carnaval de Québec l’année passée. Cependant, la majorité d’entre eux avait commencé à réfléchir au projet en novembre. Les étudiants du Cégep de St-Laurent ont travaillé deux mois sur un bloc de bois en classe pour en arriver à une sculpture sur le phénomène de l’érosion. Ils trouvaient que celà représentait bien l’oeuvre du temps. Un travail colossal à faire à -20 °C.

Samedi soir, pour combattre le froid et l’épuisement, certaines équipes ont fait des rotations : deux personnes au travail, une au repos. D’autres équipes ont pris une pause de quelques heures à l’auberge de jeunesse ou encore ont dormi dans leur fourgonnette; ce fut une nuit très difficile avec le froid et le vent du nord qui remontait la rue La Fontaine. Je me suis promenée toute la nuit pour offrir du chocolat chaud aux participants, un petit remontant, afin de leur donner de l’énergie pour qu’ils puissent terminer leur projet malgré ce froid hivernal. Cependant, ayant mal calculé le nombre de participants qui travailleraient durant la nuit, à 2 h du matin, il me restait encore 28 tasses! Je suis donc restée jusqu’à 5 h du matin avec les quatre ou cinq équipes qui ont travaillé toute la nuit.

Dimanche matin, à 10 h, le résultat était magnifique. Le soleil illuminait le ciel, les rayons éclairaient par endroit les sculptures, ce qui leur donnait une impression de marbre blanc; un travail grandiose. Le Cégep Marie-Victorin remporta le premier prix avec sa sculpture d’une spirale transpercée d’une flèche: la spirale représentant l’ADN et la flèche représentant les différents événements l’ayant marqué au fil du temps.

Je me souviendrai longtemps de cette nuit glaciale de janvier 2015 : les sculpteurs travaillant d’arrache-pied pour terminer leur sculpture avant 10 h, ma peau gelée par le froid, et le bonheur que j’ai ressenti à discuter avec eux de leur oeuvre de temps.

La Rumeur du Loup, Édition 73, mars 2015

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