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Léon: The Professional(1994)

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Par Julien Garon

L’art est une machine à nostalgie instantanée. Pour les autres, je n’en sais rien, mais pour moi, c’est toujours comme ça que ça a fonctionné.

Des chansons me font penser à certaines personnes, des livres et des films, à certaines époques de ma vie; je me suis même surpris l’autre jour à ressentir une sorte de nostalgie en écoutant une pièce de musique de années 1960 que je n’avais jamais entendue auparavant. Est-ce que quelque chose que je n’ai pas connu peut me manquer? Faute de trouver une réponse à cette question, j’ai constaté que la qualité d’une oeuvre entraîne parfois la création d’un attachement envers la période de sa création. C’est dans cette optique que j’ai développé le concept de cette chronique de cinéma : chaque mois, je m’adonnerai à la critique de films fêtant leur anniversaire de 10, 20, 30, 50 ans, etc. L’exemple du mois : on commence en douceur avec un retour en arrière de 20 ans pour la sortie de Léon: The Professionnal en novembre 1994.

Écrit et réalisé par Luc Besson, le film constituait à l’époque la première expérience de réalisation du Français en terre américaine et s’est avéré un outil de choix pour la construction de sa réputation à l’international. C’est que Léon laisse difficilement indifférent autant par son style que son histoire. Mélangeant scènes de suspense particulièrement bien dosées et drame parfois nul, parfois poignant, on y découvre l’histoire bizarre d’un tueur à gage analphabète (Jean Reno) prenant sous son aile Mathilda (Nathalie Portman), une jeune fille laissée à elle-même à la suite du meurtre de sa famille dans une affaire de drogue. Alors qu’on pourrait croire à un développement tout en séquences d’action, ce à quoi on s’attend normalement de Besson, on a plutôt droit à un choc entre des personnages plus étranges les uns que les autres. Léon, bien que faisant du meurtre sa profession, est en réalité un grand enfant dans un monde qu’il ne comprend pas vraiment. Buvant quotidiennement deux pintes de lait et traînant sa plante verte partout avec lui, ses tentatives de création de stabilité font contraste au cliché de chasseur de têtes vagabond qu’on associe généralementà ceux de son espèce. À son opposé, Mathilda est une jeune fille de 12 ans qui essaie d’agir comme si elle en avait 18.

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« J’aime ces petits moments de calme avant la tempête… Ça me rappelle Beethoven. »
– Léon

Malgré son jeune âge, c’est elle qui dirige sa relation avec Léon, le convaincant d’abord de lui apprendre son métier pour pouvoir venger sa famille, puis tentant ensuite de le séduire. La possibilité d’une liaison entre ces derniers inspire le malaise considérant l’âge beaucoup plus avancé de l’étrange hitman (environ dans la trentaine) qui, conscient de la chose, ne laissera rien se produire, mais la proximité émotionnelle entre l’enfant qui se croit adulte et l’adulte qui n’a pas grandi permet le développement d’un arc dramatique hors du commun mais extrêmement captivant.

Au-delà de cette portion de l’histoire, Besson enchaîne les prises ratées et les coups de circuit dramatiques. Du côté du moins réussi, les premières conversations entre Léon et Mathilda sont aux frontières du ridicule, se constituant par exemple d’une demande (ex. : « Je veux vivre avec toi, Léon »), d’une réponse négative courte (ex. : « Non. ») et d’une musique mélodramatique venant couronner le tout. L’exercice est répété à plusieurs reprises, rendant considérablement plus difficile l’immersion dans l’histoire; on se croirait dans un roman-savon le temps d’une scène lorsque ces faux-pas se produisent. Ce que Besson rate en drame au départ, il le rattrape toutefois avec brio plus l’histoire se développe. Aidé par des performances convaincantes de son ensemble principal, il fait du troisième acte du film une conclusion quasi-irréprochable à l’histoire jusque-là parfois irrégulière. Sa mei leure arme tout le long du film est celle pour laquelle il sera plus tard reconnu; son style visuel particulier. Si je n’en parlerai que très peu, c’est probablement que la qualité la plus flagrante de Léon est qu’il suffit d’y jeter un oeil rapide pour en comprendre le génie. Les séquences d’action sont exaltantes, mais faciles à suivre, déployées à leur plein potentiel lors de l’invasion de l’appartement de Léon par des policiers, elles sont annonciatrices de l’émergence de Luc Besson comme maître du film d’action.

Vingt années après sa sortie, Léon: The Professional a toujours de quoi faire verdir de jalousie le réalisateur de film d’action moyen par la justesse d’exécution de son style visuel. Possédant une palette de personnages colorés et une histoire étrangement magnétique, les quelques ratés dramatiques de Besson sont vite pardonnés. Le film de 1994 n’est pas parfait, mais il propose toujours, malgré deux décennies d’âge, une bouffée d’air frais. Idéal pour mettre un peu de couleur dans un mois de novembre souvent gris.

La Rumeur du Loup, édition 72 Janvier – février 2015

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