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Le temps d’un virage

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par Édouard Dostie, photos par Busque

 

Le 30 juin dernier, j’ai pris mes cliques et mes claques, embarqué la glacière, Busque et le sac de couchage pour atterrir dans le coquet village de Sainte-Rose-du-Nord. Qu’est-ce qui nous appelait dans le décor du fiord du Saguenay ? Un festival pas comme les autres, un festival, oui, festif, mais également axé sur une transition socioécologique qui se veut de plus en plus nécessaire pour grandir ensemble en tant que société.

 

Au menu : conférences, ateliers, tables rondes, performances artistiques, soirées musicales endiablées, ateliers pour enfants et FAB-LAB. Pour reprendre les mots des organisateurs, Virage, c’est un moment d’essais et d’erreurs inspirants pour la suite du monde. Ceinturé de montagnes, le site abrite plusieurs chapiteaux où l’on se déplace d’atelier en atelier et de conférence en spectacle pour finir la soirée autour d’un gros feu. C’était le fun de voir tous ces gens, grands et petits, réunis pour apprendre, échanger, festoyer et, certainement, changer le monde petit à petit. J’ai eu la chance de poser quelques questions à Nancy Lavoie, l’une des quatre organisatrices du festival. Voici ce qui en est ressorti.

 

 

Édouard Dostie : Comment Virage est-il né ?

Nancy Lavoie : J’ai organisé pendant trois ans un festival viking. Après, on a pris une pause. Puis, il y a eu trois années de Folk Sale (festival de musique), mais je n’avais plus le gout de faire un festival où c’était juste de la bière et du plaisir et, finalement, de la drogue. Je trouvais que ça ne menait à rien de dépenser autant d’énergie pour que le monde fasse juste se « péter la fraise » et qu’il n’en reste rien. Aussi, en grandissant, quand on a 40 ans, on se dit qu’il faudrait peut-être faire quelque chose pour la communauté et la planète. Ça vient aussi de toutes les préoccupations que je vis : des préoccupations environnementales, sociales et politiques. Alors, j’ai réfléchi à tout cela pendant quelques mois pour me dire : « OK, je n’organise plus le Folk Sale, mais qu’est-ce que je peux faire ? J’ai une terre super pour accueillir du monde. On fait un festival politique avec de la musique et du cirque, mais où on va parler d’enjeux. Ça va être trippant. » Alors, on a tricoté tout cela et c’est là qu’est né Virage.

 

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É.D. : D’où le nom « Virage » vient-il ?

N.L. : On fonce dans un mur environnemental, un mur social, un mur politique, il faut virer, il ne faut pas garder la même direction. Ce n’est pas non plus en tournant de 180 degrés et juste en se rebellant, il faut trouver des solutions, il faut virer ensemble. Je n’ai plus cette ardeur de vouloir espérer changer le monde d’un coup [claquement de doigts], c’est une transition, il faut y aller doucement.

 

É.D. : À qui Virage s’adresse-t-il ?

N.L. : À tous ceux qui vivent un peu les mêmes préoccupations, certainement, mais de différents milieux. Je veux sortir les universitaires des universités, les chercheurs de leurs chaires de recherche, je veux amener les artistes qui sont aussi des révoltés ou qui ont aussi une forme de militantisme à travers leur expression artistique. Virage, c’est un espace où l’on peut discuter, partager nos idées et notre réalité pour essayer de trouver des solutions ensemble.

 

É.D. : Combien de gens attendez-vous cette année ?

N.L. : Notre budget est basé sur 150 festivaliers qui restent quatre jours et 150 personnes qui viennent seulement samedi et dimanche, et on est déjà au moins 300 bénévoles, artistes et responsables. L’objectif, c’est d’être 500 sur le site.

 

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É.D. : Quels sont les défis de l’organisation d’un festival comme celui-ci ?

N.L. : Le financement, parce que les frais d’entrée de l’évènement ne peuvent pas être trop élevés ; si on dit que l’entrée coute 150 $, on va avoir encore moins de monde. Le défi, c’est de trouver l’équilibre entre une attractivité et la réalité financière du cout de l’évènement. En ce moment, c’est plutôt des dons, les artistes sont tous payés à la moitié, au quart, de ce qu’ils recevraient normalement et il y en a même plusieurs qui sont complètement bénévoles. Les conférenciers sont pratiquement tous bénévoles et ça devient lourd un peu à la longue de leur demander de revenir l’année prochaine et de ne pas avoir d’argent pour les payer. Sinon, c’est tout le temps beaucoup d’énergie. On travaille depuis le mois de janvier à faire la programmation, monter le site, l’électricité, trouver des bénévoles, former les bénévoles…

 

« On fonce dans un mur environnemental, un mur social, un mur politique, il faut virer, il ne faut pas garder la même direction. »

 

É.D. : Comment le choix des ateliers, conférenciers et artistes s’est-il fait ?

N.L. : Ils ont tous un désir d’engagement social. Les artistes vont avoir des textes engagés, tout le monde qui participe a une sorte d’engagement social à vouloir essayer de trouver des solutions et de mettre la main à la pâte. Par les thèmes qu’on a abordés, comme la politique municipale, par exemple. Après Virage 1, on s’est demandé : « D’où faut-il partir pour essayer de changer le monde ? » C’est à partir du pouvoir des citoyens et les municipalités, c’est un espace démocratique que l’on n’utilise pas beaucoup et c’est beaucoup plus facile d’être entendu devant un conseil de Ville que devant nos ministres. Quand on parle de transition socioécologique aujourd’hui, c’est vraiment le coeur de Virage. On veut faire une transition socioécologique, c’est notre objectif, on veut faire un monde plus juste, plus vert et plus équitable.

 

« On veut faire une transition socioécologique, c’est notre objectif, on veut faire un monde plus juste, plus vert et plus équitable. »

 

É.D. : Quel virage devrait prendre la société par rapport …

 

… à la place des femmes dans notre société ?

N.L. : Laisser une plus grande place dans les postes de haute direction, dans le milieu politique, avoir un 50/50 à la Chambre des communes.

 

… à la place des autochtones dans notre société ?

N.L. : Oh, wow, beaucoup plus de place aussi ! Les favoriser, c’est une thématique qu’on aborde d’ailleurs chez Virage, et on veut faire le virage avec eux. On veut qu’ils s’intègrent et on les invite. Ils sont venus et ils aiment ça.

 

… aux habitudes de vie et de consommation des individus ?

N.L. : Réduire la consommation, réduire un peu tout ce qu’on a, il y a tellement trop d’objets et de gaspillage. Il faut diminuer la production et la consommation, et donner des outils pour y penser tout le temps un peu plus. Ça commence aussi avec les enfants, on doit leur dire qu’avec un ballon, il y a 118 jeux différents, par exemple.

 

… à l’implication politique des citoyens ?

N.L. : Favoriser l’implication politique des citoyens. Le but du panel sur la politique municipale à Virage, c’était de dire à tout le monde : « Hey ! Impliquez-vous ! » Ce n’est pas compliqué, ce n’est pas un espace réservé seulement à l’élite, il ne faut surtout pas croire ça. Il faut s’impliquer politiquement au niveau municipal ou dans un organisme communautaire. Il ne faut surtout pas oublier, pour ceux qui ont le courage de le faire, l’implication politique.

 

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É.D. : Qu’est-ce qui serait un succès pour Virage cette année ?

N.L. : Relever le plancher financier de l’évènement et nous permettre de rembourser la dette de la première édition. La première année, on est arrivé dans le trou de plusieurs milliers de dollars. Avoir le pouls que, finalement, le festival répond à une sorte de besoin. Que les gens aient du plaisir et qu’ils invitent leurs amis, leurs cousins et leurs enfants l’année prochaine.

 

É.D. : Qui est « on » ?

N.L. : C’est l’Art Salé. Je fais aussi partie de l’Art Salé. C’est un organisme à but non lucratif qui organise maintenant trois festivals par année : le Carnaval du Sasquatch qui est l’hiver, les Funérailles des Beaux Jours qui est l’automne et Virage. C’est l’organisme qui chapeaute tout ça.

 

É.D. : Qu’aimerais-tu amener de nouveau pour la 3e édition ?

JN.L. : J’ai un ami journaliste qui, en regardant la programmation, me disait qu’au fond, on était juste une gang de « déjà convaincus », qu’on est tous des gauchistes et que notre flèche de virage tourne à gauche. On n’est pas affiché « de gauche », mais c’est sur qu’il y a une tendance et qu’on ne veut pas virer à droite, on veut virer à gauche. Alors, ce qui serait intéressant et qu’on aimerait amener l’année prochaine, c’est des espaces de débat, amener du monde qui va confronter nos idées. L’année prochaine, on aimerait aussi aborder la thématique de la « constituante » et expliquer comment on peut s’impliquer. On a déjà des conférenciers qui se sont montrés intéressés à venir expliquer toute la constituante.

 

À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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