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L’aristocratisme radical, racines de la paresse intellectuelle

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par Frank Malenfant20

 

Utilisons aujourd’hui un mot très à la mode pour nous permettre de remettre en question les fondements de notre système politique : « radical ». Je n’utiliserai pas ce mot comme un synonyme d’« extrémiste », mais plutôt au sens propre, qui fait référence à la racine de l’idéologie. La question de base que je poserai ici pour déterminer les racines de l’aristocratie est la suivante : pour quelle(s) raison(s) donnons-nous à une minorité tout le pouvoir politique ? Dans cette chronique, j’y répondrai selon ce que j’en pense.

 

Une réponse qui pourrait nous venir à l’esprit est que tous n’ont pas le temps de participer à la gestion des affaires qui les concernent. J’y reviendrai tout à l’heure, mais ce n’est de toute façon pas la réponse qui est historiquement la plus plausible selon moi. La réponse est surtout que le peuple n’est pas capable de se gouverner lui-même. Il semble effectivement que tout le monde autour de nous n’a pas l’air d’être capable de prendre de bonnes décisions en toutes situations. Or, notre incapacité est-elle innée ou apprise ?

 

« Pourrions-nous développer une société où l’on apprend à nos enfants le fonctionnement des pouvoirs exécutifs, législatifs, judiciaires, financiers et médiatiques ? »

 

L’aristocratie se base sur la prémisse d’une incapacité innée de la majorité à pouvoir se gouverner elle-même. Il incombe donc à une élite de gens bien nés de prendre la responsabilité des autres, lesquels nous plongeraient dans le chaos s’ils devaient participer aux décisions collectives. On a tous en tête la réaction frustrante d’un concitoyen, peu habitué à réfléchir par lui-même, qui se met à agir de façon erratique dès qu’il affronte une situation à laquelle il n’a pas été préparé. Or, je ne suis pas un croyant de l’eugénisme et je considère la majorité des humains comme ayant des capacités intellectuelles suffisamment équivalentes pour pouvoir prendre des décisions collectives. Selon moi, cette incapacité que nous avons à nous gouverner est apprise, ou plutôt, non apprise puisque rien ne nous prépare à l’autonomie politique. Combien de fois avons-nous entendu les gens de droite se plaindre que de payer les gens à ne rien faire les rendrait lâches alors que personne ne semble s’offusquer qu’on réfléchisse toujours à la place des gens, les rendant totalement aliénés à l’autorité politique et intellectuellement paresseux ? Comment les gens peuvent-ils savoir se débrouiller lorsqu’ils doivent prendre une décision par eux-mêmes si on leur dicte systématiquement quoi faire et qu’on les rend dépendants de leadeurs d’opinion plutôt que de les informer et d’entrainer leur libre arbitre ? Avez-vous déjà vu un enfant dont on a préparé les repas toute sa vie exceller dans la cuisine ? L’autonomie, ça s’apprend !

 

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Ainsi, oui, nous vivons dans une société où une bonne proportion du peuple semble incapable de se gouverner elle-même. Elle ne connait pas ses systèmes politiques, économiques et financiers ; elle ne s’informe pas convenablement des grands dossiers politiques ; trop souvent, elle ne sait même pas faire la différence entre un débat et une dispute ! Est-ce une fatalité ? Pourrions-nous développer une société où l’on apprend à nos enfants le fonctionnement des pouvoirs exécutifs, législatifs, judiciaires, financiers et médiatiques ? Pourrions-nous enseigner à nos enfants la philosophie et l’art du débat afin qu’ils sachent faire évoluer leurs opinions ensemble dans le respect ? Pourrions nous enseigner la rigueur intellectuelle et mettre nos citoyens en garde contre les sophismes ? Pourrionsnous mettre à disposition des citoyens l’information nécessaire pour se faire une opinion éclairée ? Pourrions-nous avoir au Québec une culture de prise de décision collective où les gens sont habitués à s’informer et à débattre afin d’aboutir à un vote éclairé sur une mesure directe ? Il me semble que rien de tout ça ne nécessite plus qu’une certaine volonté politique. Alors il reste la question évidente du temps et de l’intérêt. Commençons par le temps. Il est évident qu’on ne peut pas mobiliser tous les citoyens pour toutes les décisions sans quoi ils ne feraient que débattre et voter. Pourrait-on alors imaginer qu’on puisse libérer des gens choisis parmi les citoyens afin de leur donner le temps de s’informer, de délibérer et de voter de manière éclairée ? C’est pas mal déjà ce que font les jurés d’un procès criminel, et la décision d’un certain nombre de nos pairs reste très difficile à contester. D’ailleurs, on contestera souvent davantage les consignes du juge. Voici donc là une piste de solution. Il reste aussi la question de l’intérêt. Bien des gens ne s’intéressent pas du tout à la politique. En fait, c’est plutôt faux. On connaitra peu de gens qui ne s’intéressent ni à la qualité de l’éducation ni à la qualité des routes, ni au prix de l’électricité et de l’essence, ni à la cueillette des ordures, ni aux taux d’imposition, ni à quoi que ce soit qui dépend du corps social. Même les gens qui se diront les plus apolitiques se préoccupent du prix de l’essence et de la liberté d’expression. Ce n’est pas la politique qu’ils fuient, mais notre façon de faire de la politique.

 

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La principale raison pour laquelle les gens ont perdu l’intérêt pour la chose politique en son sens parlementaire est selon moi leur impuissance à y faire quoi que ce soit et toute la démagogie qui l’entoure. Déjà, lorsqu’on donne aux citoyens la miette de pouvoir que sont les élections, on voit chez les citoyens un certain regain d’intérêt pour les dossiers importants, imaginez s’ils pouvaient avoir un effet réel et direct sur les décisions d’un gouvernement moins centralisé ! Aussi, de toute façon, on parlera de devoir de citoyen dans le cas où un citoyen est appelé à participer aux décisions collectives; on ne peut pas que s’amuser dans la vie ! Ainsi donc, de mon point de vue, il me semble carrément élitiste et prétentieux de croire que la capacité de gouverner n’est donnée qu’à une toute petite majorité de gens bien nés. D’ailleurs, quels sont les tests que doivent passer les membres de notre classe politique pour y être admis si ce n’est qu’une question de prédisposition génétique ou intellectuelle ? Les racines de l’aristocratie se fondent dans une incapacité du peuple de se gouverner, laquelle pourrait être corrigée par la volonté politique de cette même classe politique qui en tire profit. Et c’est ça le véritable problème. Commençons donc à développer chez nos concitoyens et nous les réflexes nécessaires à notre autonomie politique !

À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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