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mars25

La vitalité contre l’effritement artistique et culturel – Observations et rappels

par Michel Lagacé – photo Julie Houde-Audet

 

Dans les dernières années, Rivière-du-Loup a vu émerger de nouvelles interventions culturelles : théâtre, musique, poésie, slam, cinéma, kino, etc. Des individus, de nouvelles organisations de production, de nouveaux lieux de rencontres ou de diffusions et une nouvelle revue au graphisme tranché ont participé à cette émergence. Un jeune public, soulignant ainsi sa différence, participe à cette relève jusqu’à aduler les acteurs venant de ce même public aux talents potentiels. « Tous pour un, un pour tous », comme l’écrivait Alexandre Dumas dans Les Trois Mousquetaires. Mais ces derniers temps, cette effervescence aurait-elle atteint un plateau ? Constat : La qualité diminuet- elle ? Les acteurs de cette jeune vie culturelle se répéteraient-ils, ou au contraire, auraient-ils de la difficulté à rebondir avec l’autocritique nécessaire pour un autre grand chambardement ? Est-ce à cause de l’absence de passion véritable de ceux « qui trop embrassent mal étreingnent », comme le dit le proverbe, ou encore à cause des dérives pernicieuses du narcissisme médiatique d’un petit milieu ?

 

Ici, je ne parle évidemment pas des institutions culturelles déjà établies depuis beaucoup plus de temps à Rivière-du-Loup, qui diffusent ce qui se fait de plus populaire (sans véritable saveur) venant des grands centres. À part quelques exceptions par année, culturellement, c’est le côté négatif du « vivre en région ». Pourtant, plusieurs semblent rire beaucoup, ce n’est pas rien, c’est cette culture que la recherche de la rentabilité nous donne…

 

L’effritement

Revenons à nos moutons, cette émergence culturelle dont je parle en entrée de jeu a su s’organiser dans les dix dernières années. Mais malgré ses bonnes intentions, cette relève a fait de la médiation culturelle son « cheval de Troie ». Elle a donc élargi son public, mais en même temps, elle semble avoir perdu dans les derniers mètres de ce parcours la spontanéité de ses débuts prometteurs et surtout sa singularité. Plusieurs de ces intervenants tombent dans les bons sentiments en tartinant large jusqu’à la caricature d’eux-mêmes. C’est évidemment les dangers du « tous pour un, un pour tous ». C’est aussi le danger du mauvais régionalisme, celui de ceux qui se pensent en haut de l’escalier (de trois marches) parce que leur public continue par habitude de les trouver bons comme on continue de cliquer « J’aime » pour nos amis dans Facebook souvent sans vraiment lire ou visualiser le contenu ni la qualité de ce qu’on aime. Ou encore, à cause de cet arrière-goût de chauvinisme qui nous titille tous. Il est quand même inquiétant de voir que les spectateurs ont perdu leur capacité de discriminer, et les intervenants du milieu de se renouveler. Comme spectateurs, on est en droit d’attendre « d’autres formes perceptuelles » qui attirent notre regard sur de l’inédit ou même de l’inconnu de qualité donnant ainsi du sens à d’autres facettes de notre existence, comme le fait avec pertinence la littérature, la bonne musique, la bonne fiction et même la naïveté ou l’absurdité assumée de certains projets.

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La vitalité

Mais grâce à de nouvelles initiatives ou à des activités de qualité qui persistent en parallèle à « l’affaiblissement culturel », une énergie plus ouverte se déploie. J’ai en tête le souvenir des dernières et stimulantes initiatives du groupe de production Sparages avec ou sans collaborations, dont la rencontre au début de l’hiver dans l’espace du Café du Clocher avec l’auteur Christian Guay- Poliquin (Le poids de la neige, roman, éditions La peuplade, 2016, entre autres); les invités des Shows de cuisine du Rainbow Submarine — la promiscuité du lieu contribuant chaque fois à la convivialité des spectacles d’après le public qui y assiste; et aussi à la fin de l’été 2017 (à la fois au Marché public et au parc des Chutes à Rivière-du-Loup), un regroupement de collaborations éphémères sous l’aile de Voir à l’Est : La Société d’Chiffon a créé un événement unique, en divertissant plus de cent personnes (adultes et enfants) avec de grandes marionnettes, des musiciens et des intervenants du geste et de la parole, malgré une météo incertaine. Quelques jours plus tard, le musicien rimouskois Robin Servant nous donnait un concert exploitant, dans sa résidence d’artiste du moment, la musicalité de l’espace de la chapelle Saint-Bartholomew à Rivière-du-Loup — une exploration musicale inédite et surprenante. Retenons aussi le spectacle de Klô Pelgag avec Marilie Bilodeau en première partie dans le hall, et Klô Pelgag dans la grande salle avec un public conquis dans un décor de tableaux abstraits au MBSL (les deux artistes étant en grande forme ce soir-là). Notons aussi l’intérêt du public et la persistance du festival de cinéma Vues dans la tête de… (avec Francis Leclerc cette année). Et aussi, à la fin février, le duo du Théâtre Bistouri, Conversation avec mon pénis, de l’auteur néo-Zélandais Dean Hawison à la Maison de la culture (une autre initiative de Sparages). Je rajoute qu’on est plusieurs à s’ennuyer des pièces de théâtre du Loup de Cambronne. Y aura-t-il un retour ? C’était d’ailleurs une très bonne idée de Marc-Olivier D. P. (Molo) d’avoir invité à l’automne dernier le musicien gaspésien André Dédé Vander et ses acolytes de la parole à l’ÉMAC (spectacle d’une grande sensibilité et apprécié pour sa singularité musicale). Une autre découverte : le musicien et chanteur gaspésien Guillaume Arsenault était l’un des invités du Show de la Bouffée d’Air (2017) à la Maison de la culture (tous ceux qui y étaient se souviennent de sa toune accompagnée à la dactylo). Comme dirait Boucar Diouf ou son grand-père, il ne faut pas oublier que nous sommes aussi ce que nous choisissons de voir, d’écouter ou de lire.

 

Comment faire mieux et faire attention aux concepts originaux qui sont souvent plus intéressants en théorie que dans l’épreuve du réel ? C’est souvent le cas des projets qui cherchent à être originaux à tout prix. L’originalité n’est pas la singularité ni un gage de qualité (la simplicité est souvent plus performante pour plusieurs projets), ce que comprennent souvent mal les organismes subventionneurs avec leurs critères étriqués. La singularité dont je parle, c’est cette capacité à assumer sa différence en dehors des modes, en dehors de l’originalité obligée qui est souvent un indescriptible fourre-tout. C’est avant tout l’authenticité d’un talent (ou d’un lieu) et en complément, le discernement objectif autant que subjectif dont nous sommes tous capables, car les deux sont toujours présents et complémentaires dans ces échanges nécessaires à ce processus créatif, contrairement à ce que l’on pourrait penser à tort.

À propos Marie-Amélie Dubé

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