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La fin des exils – Résister à l’imposture des peurs

Critique par Marielle Tétreault – Jean-Martin Aussant, atelier 10 (2017)

 

UN ESSAI CONCIS ET INSPIRANT.
Jean-Martin Aussant est un jeune économiste québécois très en faveur de l’entrepreneuriat collectif et qui était jusqu’à récemment directeur général du Chantier de l’économie sociale. Il revient en politique au Parti québécois qu’il avait temporairement quitté il y a quelques années. Il a eu comme mentor Jacques Parizeau dont il a admiré la culture, la droiture et l’engagement. Selon lui, la politique doit retrouver ses lettres de noblesse perdues depuis un certain temps. Elle doit redevenir un instrument plus au service des citoyens avec des projets stimulants. Cependant, il faut d’abord mettre fin aux exils non géographiques, mais intellectuels tels le désintéressement du bien commun, le désengagement, le cynisme, les peurs paralysantes, etc. Aussant déplore également les dérives qui rendent insoutenable le modèle actuel de gouvernance : l’indécence criante des salaires de certains dirigeants et classes privilégiées, les inégalités sociales grandissantes, les mesures sociales réduites, les paradis fiscaux tolérés, les impératifs économiques axés sur les profits de certains groupes et non sur l’ensemble de la population, l’obsolescence des produits profitable aux actionnaires et nuisible aux clientèles et à l’environnement, etc. (Sans parler de la corruption omniprésente à plusieurs niveaux et extrêmement coûteuse.) Il propose donc plusieurs mesures progressistes pour améliorer la situation : changements positifs des structures et des institutions, meilleur équilibre et collaboration des trois paliers gouvernement/privé/non privé (coopératives, etc.), nouveau contrat social, création d’une société d’État dans tout projet lié aux ressources naturelles, lutte contre toutes formes d’évasion et d’évitement fiscaux, vote proportionnel, etc.

« Il a eu comme mentor Jacques Parizeau dont il a admiré la culture, la droiture et l’engagement. »

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Selon lui, un des moyens privilégiés pour réaliser ces objectifs est la souveraineté qui permettrait de voter nos propres lois, de percevoir nous-mêmes nos impôts et d’en disposer selon nos besoins, et de négocier nous-mêmes les traités avec les autres peuples. Un désir de normalité, un projet tout à fait légitime, nullement anti-canadien, mais ouvert aux autres d’égal à égal, dans la richesse des différences et le respect mutuel. Construire son avenir au lieu de le subir. Il souhaite la relance de la pédagogie de la souveraineté, en tenant compte bien sûr des changements survenus depuis sa lancée, mais toujours d’actualité. On aura compris que, pour Jean-Martin Aussant, le plus grand exil collectif est le manque de contrôle de sa destinée comme peuple, et que les pires obstacles sont l’ignorance, les doutes, mais surtout l’imposture des peurs utilisées pour maintenir le statu quo telles que celles reliées à la fragilité économique, au dollar canadien, aux passeports, aux finances, à la péréquation, aux pensions, au référendum diabolisé par les opposants alors que c’est un moyen démocratique utilisé pour maints sujets dans d’autres pays, etc. Chacun des nombreux spectres cités est rigoureusement déconstruit. La conclusion de l’essai porte sur la génération qui pousse et qui, selon l’auteur et bien d’autres, « sera le moteur de nombreux changements car dotée d’une pensée collective étonnante, bien équipée pour être la bougie d’allumage d’une transformation profonde de notre société sur les plans économique, social et politique », tout en ayant un grand souci écologique. Qu’on soit souverainiste ou pas, ce petit essai est rafraîchissant et inspirant par sa volonté d’assainir la politique, de lui redonner de la noblesse et de l’orienter vers des mesures progressistes. Un vent d’espoir souffle.

À propos Marie-Amélie Dubé

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