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Kiosque de mobilisation, consolider un autrement

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Par Annabelle Aubin-Thuot et Gabriel Clermont

Attention : Le contenu de ce texte s’apparente à une lutte contre le sentiment d’impuissance. Vous pourriez être affectés ou affectées au point de devenir « praxis » et de modifier vous-mêmes le cours des choses…

On se présente : Annabelle et Gabriel. Peut-être nous avez-vous rencontrés déjà, aux côtés de notre bannière « Je bouscule tout, avant que leur pétrole ne bouffe nos rivières… jusqu’aux dernières poésies sur terre ». Nous étions à Saint-Pascal, au quai de Kamouraska, à Rivière-du-Loup, à Trois-Pistoles, à Saint-André… Notre projet : une tournée de mobilisation par la rencontre inter-citoyenne et l’éducation populaire. Notre moyen d’action : les kiosques ! Nous nous installons au soleil, de village en village, avec une myriade de livres artisanaux, de textes brulants, urgents, générateurs d’idées et de contrepouvoir, de brochures d’information et de grandes affiches à donner. On aborde : les projets pétroliers affectant les environs et la nécessité de NOUS ACTIVER pour montrer aux grosses compagnies et au gouvernement que nous n’acceptons pas qu’ils ruinent nos conditions de vie et attaquent sans détour l’équilibre écologique.

Cesdits projets sont simplement démesurés (on parle de 240 wagons-citernes de pétrole PAR JOUR sur la voie ferrée qui traverse nos villages), et la population a le droit de refuser cette industrie
monstrueuse et de désirer des moyens concrets pour réduire la dépendance au pétrole. Il s’agit bel et bien d’un débat de fond, d’un changement de cap radical (qui s’intéresse à la racine du problème). Avec notre kiosque, nous souhaitons toucher une diversité de gens, car les « écolos » et groupes militants déjà sur le terrain ne sont pas suffisants pour opérer ce changement de cap, de paradigme. On trouve par ailleurs inacceptable que les populations locales ne soient pas plus informées sur ce qui se trame et que le sentiment général s’apparente à celui de l’impuissance. Du genre : « c’est malheureux, mais on n’y peut rien, c’est eux qui décident, attendons les prochaines élections ».

En sommes-nous vraiment là, à accepter qu’une grappe de personnes puissantes décide, de long en large, des conditions déterminantes à la poursuite (ou non-poursuite) de la vie sur Terre ?
Nous agissons par devoir de transmission, sans pourtant être expert ou experte en la matière. Il s’agit de déclencher ne serait-ce que l’étincelle, celle qui mène à l’action. Nous ne nous voyons
pas comme des gens qui prescrivent, qui pointent du doigt une solution, encore moins une solution électorale, car nous croyons plutôt en la diversité d’actions. En ce sens, toutes les actions visant à désamorcer l’économie du pétrole sont accueillies ; elles s’additionneront, se cumuleront comme une montagne d’espoir et de propositions. Pour consolider un « autrement ». On invite donc les
gens à poser des gestes (visibles) et à prendre la parole (rendre visible cette parole), à organiser des actions : organiser un BBQ de quartier, afficher dans les commerces de son village, inviter un
conférencier ou une conférencière, faire une soirée de projection d’un documentaire suivie d’une discussion, organiser un débat citoyen, distribuer des brochures dans les salles d’attente, écrire des lettres ouvertes, etc.

Résumons la situation

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Le transport du pétrole se divise en deux axes principalement au Québec : les oléoducs (pipelines) et les trains. C’est sur ce premier moyen de transport que mise l’entreprise albertaine TransCanada au sein de son projet Oléoduc Énergie Est. L’idée est de construire un oléoduc d’une longueur de 4 600 km afin de transporter vers le Québec du pétrole extrait des sables bitumineux dans le but de l’exporter. Bien que cette pétrolière se veuille rassurante, plusieurs réserves peuvent être émises. En effet, le trajet proposé par l’entreprise franchit 256 cours d’eau au Québec, desquels plusieurs sont critiques vu leur importance en eau potable, comme les rivières des Outaouais, L’Assomption, Chaudière et surtout le fleuve Saint-Laurent… Et l’oléoduc traverserait en plein coeur de la réserve naturelle des battures de Saint-Augustin-de-Desmaures.

Nous sommes en droit de nous questionner sur la rapidité à laquelle TransCanada réagirait en cas de fuite. Selon une base de données du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST), seulement 10,8 % des fuites au pays durant la dernière décennie ont été détectées par la technologie utilisée par les exploitants de pipelines. Il ne suffit que d’un déversement de quelques minutes pour que des conséquences désastreuses se fassent ressentir sur les sources en approvisionnement d’eau potable de milliers de citoyens et de citoyennes.

« L’explosion du transport pétrolier par voie ferrée, à hauteur de 26 000 % au Canada ces dernières années, se justifie par la multiplication des projets d’exportation du pétrole albertain, indépendamment de l’Oléoduc Énergie Est. »

Il n’y a pas que la question de l’eau qui pose problème. Au moment où un consensus scientifique règne sur la multiplication alarmante des indices du réchauffement climatique, le fait d’augmenter notre dépendance à l’économie du pétrole est un non-sens. Certains spécialistes témoignent que la construction de ce nouvel oléoduc en sol québécois correspond à l’émanation en gaz à effet de serre de 7 millions de voitures supplémentaires sur nos routes. Le retrait de Cacouna des plans de la compagnie à la suite d’un long périple judiciaire constitue certes une victoire, mais bien éphémère. D’ici peu, nous devrons nous attendre à ce que l’entreprise soumette un nouveau lieu pour son port pétrolier, et le Bas-Saint-Laurent n’en est pas exclu.

Hormis les oléoducs, les trains convoient à l’instant même du pétrole des sables bitumineux. Le raisonnement de plusieurs consiste à encourager le transport par oléoduc, pensant remplacer les trains, donc par souci de sécurité. Ce raisonnement est mauvais. L’explosion du transport pétrolier par voie ferrée, à hauteur de 26 000 % au Canada ces dernières années, se justifie par la multiplication des projets d’exportation du pétrole albertain, indépendamment de l’Oléoduc Énergie Est. Le transport par oléoduc vient donc s’additionner et se fera en parallèle ; il n’est pas du tout une alternative et il comporte des risques de fuite beaucoup trop élevés pour qu’on le croit plus sécuritaire.

Au Québec, c’est le projet de Belledune au Nouveau-Brunswick qui retient la plus grande partie de notre attention. Situé dans la Baie-des-Chaleurs, un écosystème précieux et fragile, le port de Belledune, qui sera converti en terminal pétrolier, augmentera le transport à 240 wagons-citernes de pétrole par jour. La voie ferrée en question n’est nulle autre que celle traversant les nombreux villages et villes du Bas-Saint-Laurent, tels que Saint-Pascal, Rivière-du-Loup, Trois-Pistoles, etc. Autant dire que ces bombes sur rail se multiplieront dans nos paysages.

À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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