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Joey Robin Haché au rainbow submarine

baptiste-mario

par Baptiste Mario, photos de Maxime Varenne

 

Coup de projecteur sur Joey Robin Haché, venu le samedi 13 mai 2017 faire escale au Rainbow Submarine à Rivière-du-Loup. Le jeune Acadien a su conquérir le coeur des spectateurs en jouant sur sa sensibilité et son humour décapant dans une ambiance intimement québécoise. Ce cinquième Show de cuisine propulse un personnage au charisme inévitable venu faire résonner ses guitares et son univers folk/rock dans le lieu de toutes les curiosités de la région du Bas-Saint-Laurent.

 

 

Amarré rue Saint-Anne, le Rainbow Submarine est le théâtre de symbioses artistiques de haut vol : expositions, bibliothèque de vinyles, studio d’enregistrement, live sessions, hébergement alternatif… Les deux capitaines du sous-marin, Mathieu Boucher et Bastien Banville, font le pari de diffuser l’art en résidence et sur le Web autrement tout en s’adonnant à faire perdurer une programmation de qualité ainsi qu’un lieu propice à la créativité.

 

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Il est 20 h lors de l’arrivée des premiers spectateurs du cinquième épisode du Show de cuisine abrité par le Rainbow Submarine. Pour l’occasion, les résidents du lieu ont aménagé une scène à même le sol dans la cuisine du lieu désormais culte pour les Louperivois avides de découvertes musicales. Écouter et parler de vinyles, s’adonner à la confection de pizzas maison, partir à la recherche d’un chat égaré, jouer aux échecs, boire une bière avec Joey Robin Haché sont autant d’activités possibles en amont d’un concert au Rainbow Submarine. Prenant le parti pris de concerts intimistes à la manière des Soirées de poche de nos amis de La Blogothèque, le Rainbow Submarine et son équipage n’ont pas manqué d’apporter à la douceur du lieu guirlandes lumineuses, discrètes ampoules et un déferlement de pizzas de toutes sortes.

 

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Passé 21 h 30, Joey Robin Haché démarre son set avec une entrée en matière à la fois progressive et planante, guitare en main. Cette introduction postrock rappelle terriblement les longues ballades mélancoliques du groupe Balmorhea ou encore les vibrants solos instrumentaux de Mogwai. Il ouvre le bal avec le titre « Semper Fi » issu de son second album Stigmates sorti en novembre dernier.

 

D’une voix granuleuse et suave, Joey chante dans la langue de Molière pour le plus grand plaisir de son public francophone de ce soir. S’attardant sur certaines notes afin de faire vibrer pleinement son timbre de voix, Joey s’acharne à maintenir des sonorités country avec sa guitare. Sa façon de caresser des thèmes tels que l’amour ou la fidélité résonne à la manière d’un King Charles ou encore d’un Mumford & Sons.

 

« De nombreux cris de célébration provenant de spectateurs conquis retentirent dans la nuit :  » Longue vie au Rainbow Submarine !  » On ne peut qu’adhérer. »

 

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Sur ce même terrain de jeu très folk, Joey enchaîne avec « Codex », sonnant comme un appel au voyage tant l’interprète met l’accent sur ses solos de guitare. Le public ne semble pas indifférent à l’émotion dont la musique de l’artiste regorge. Une zone sensible qui rappelle des ambiances à la sauce John Butler trio. La mélancolie du set de Joey gagne en intensité avec « Labyrinthes ». L’artiste donne un ton plus sombre à sa musique qui rappelle alors l’univers de Pégase ou encore celui d’alt-J. Quand on ferme les yeux, l’interprète semble nous suggérer une virée vers des paysages lointains, dépourvus d’humanité. Lors de l’interlude, le jeune Acadien nous confie qu’il est agréablement surpris du terrain de jeu dans lequel il évolue ce soir et de la proximité avec son public. Évoquant une date précédente à la maison de la culture de Waterloo dans une salle avec une capacité de 280 personnes, Joey semble se délecter du changement de paradigme que le Rainbow Submarine lui offre.

 

Joey reprend le cours de son set avec « Lune de sang » entrant en discussion avec un « tu » imaginaire, laissant planer le doute d’une discussion avec les spectateurs ou encore avec une amante laissée derrière lui. L’artiste profite de l’intimité de l’instant pour interagir avec le public en le laissant l’accompagner à la voix et sur un rythme enjoué de ses mains. Ce personnage est certes attachant tant il se livre dans ses chansons, allant jusqu’à tomber dans l’autodérision dans ses interludes. « Tamarack », c’est le cinquième titre joué par Joey, mais c’est aussi la rue où il a grandi. Arborant un harmonica pour l’occasion, l’interprète rend hommage à la rue Tamarack dans une personnification lente et mélodieuse : « Tamarack, je m’ennuie, je m’ennuie de toi. »

 

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S’ensuit un interlude où l’artiste se prête au jeu de la discussion avec le public. Joey profite alors de ce moment de complicité pour aborder sa relation amoureuse, ses prochaines dates estivales, et il s’aventure même dans quelques blagues glanées lors de ses voyages. Au moment d’aborder la chanson suivante, Joey la ponctue d’une anecdote. « La prochaine chanson, je l’ai écrite avec l’auteur-compositeur Pascal Lejeune. En studio, il me lance : “Hey Joey, j’ai une contrainte pour toi.” Lui, il était fucking relax en disant ça ! On s’installe pis on boit une bière. « How about that : on prend les mots, on en fait des verbes et inversement.” Tabarnak… »

 

Après un bel aperçu de son dernier album, Joey bascule dans le registre de son premier disque, celui qui a ancré les débuts de sa carrière solo. Avec « Nigadoo », l’auteur rend hommage à sa ville natale, ses racines avec un titre assurément rock’n’roll sur fond d’harmonica et de guitare électrique. Trêve de célébration, sur le titre suivant, Joey nous plonge dans une douleur qui le malmène depuis plus de dix ans : un camarade de jamsessions perdu de vue… Intitulée « Loin », cette ballade chargée en émotions est précédée d’une annonce de l’artiste : « Quand j’étais jeune, j’étais punk. »

 

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La foule est certainement tombée sous le charme de l’Acadien survolté au moment de sa dernière chanson. Sous sa gestuelle transcendée et son regard halluciné, Joey nous livre une performance de haut vol sur l’entrainant « Bourbon ». Le râle de sa guitare électrique mêlé à sa voix rocailleuse rappelant celle de René Bergier (La Belle Bleue) ou encore celle de Manu Galure (Les Ptits T’hommes). À noter que ce titre valut à l’artiste le prix du public du festival Francouvertes de Montréal en 2016. Il est 23 h 30 lorsque les lumières du Rainbow Submarine se tamisèrent après plusieurs rappels où l’artiste se livra à quelques reprises des Colocs ou encore de Georges Brassens. De nombreux cris de célébration provenant de spectateurs conquis retentirent dans la nuit : « Longue vie au Rainbow Submarine ! » On ne peut qu’adhérer. Après être passé par le festival Interceltique de Lorient en 2016, Joey Robin se trouvera le 14 juin 2017 aux Francofolies de Montréal et le 17 juin 2017 en première partie de Louis-Jean Cormier au Festival franco-ontarien à Ottawa. L’album Stigmates de Joey Robin Haché est disponible chez Le Grenier Musique depuis le 4 novembre 2016.

 

www.joeyrobinhache.com
joeyrobinhache.bandcamp.com
www.legreniermusique.com
www.facebook.com/joey.robin.hache
www.facebook.com/lerainbowsubmarine

À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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