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juin21

Histoire de bestioles

christiantremblay

par Christian Tremblay, illustrations de Lise Duprey

 

Christian Tremblay est habité par un optimisme inébranlable en l’espèce humaine, ce qui le rend louche, voire inquiétant, auprès de la multitude, convaincue de la déliquescence progressive de l’humanité. Les rares moments où le cynisme ambiant le contamine, il s’empresse d’écrire des fables amorales dans lesquelles meurent des insectes. Pour lui, ces fables témoignent de son amour pour le monde animal auquel l’Homme doit tout.

 

 

 

LA PRIÈRE DU HANNETON
Plus de 1000 nuits sans jour, terré et terrifié, au mieux lové à une racine dans la chaleur humide d’une nuit de mai; presque toujours à fuir des ennemis invisibles, innombrables…
Moribond, presque mort les longs mois d’hiver.
Une vie sans dignité ni joie, une vie de diablotin, UNE VIE DE LARVE.
Puis un jour en moi l’explosion, tous mes sens en fusion; la transmigration violente.
Quelques jours sans nuit à voler, à baiser, à bruler.
Je suis un bélier, je suis une planète, je suis une étoile incandescente !
JE SUIS UN HANNETON !

Rassasié, repu, brisé, la mort comme un repos souhaité.
Autour de moi des enfants, dégoutés, me tourmentent.
Pour celle qui me torture, avec son rire éclatant, allez, une dernière étincelle de vie, un dernier vol de défi, guidé par son rire, et lui crier :
« Petite enfant, jouis ! La vie est un éclair foudroyant. »
Et la petite comme les autres de hurler en m’écrasant.

 

juin21

 

« Elle refusa un 1er mâle, puis un 2e… elle daigna se donner à un 3e… qu’elle s’empressa d’éventrer pour s’en nourrir dans cet orifice sec et sombre où elle se réfugia. »

 

LA JEUNE REINE FOURMI PLEINE D’ELLE-MÊME
La jeune reine s’était tant fait coconnée puis cajolée, louangée puis acclamée, qu’elle se savait l’élue : elle bâtirait un royaume fourmilier d’une telle opulence que toutes les colonies nomades et sédentaires, Atta, Eciton, Maçonnes, seraient inféodées à son pouvoir.

Le jour venu, elle prit son envol sans un regard pour ses milliers de serviteurs lui ayant sacrifié leur vie, sans une pensée pour ses soeurs qui essaimaient le ciel et que décimaient des hordes d’oiseaux grisés. Elle refusa un 1er mâle, puis un 2e… elle daigna se donner à un 3e… qu’elle s’empressa d’éventrer pour s’en nourrir dans cet orifice sec et sombre où elle se réfugia. C’est ici que naitrait un nouveau monde ! Bientôt deux soldats virent le jour, les premiers d’une infinitude qui assainiraient l’espèce. Elle ne comprit rien du pied qui les broya dans la chaussure où elle avait entrepris son empire.

 

À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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