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juillet15

Harfang et Equse au Rainbow Submarine

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par Baptiste Mario

 

Le Rainbow Submarine n’a pas manqué à sa réputation en venant fêter son sixième show autour d’une édition des plus rocambolesques le 15 juin à la Maison de la culture de Rivière-du-Loup. Mathieu Boucher, Bastien Banville et Maxime Varenne offrent ici une belle démonstration de force en s’alliant avec l’association Sparages : À la clé, une version XXL des susnommés « Shows de cuisine » propulsée dans une grande salle, pour cette fois. Qualifié de « Show spécial » par ses organisateurs, l’évènement accueillit ainsi un rassemblement du cocon artistique baslaurentien pour le plus grand plaisir de ses aficionados. Retour sur une soirée lunaire, marquée par les performances d’Harfang et d’Equse.

 

 

Il est 20 h lorsque les portes de la Maison de la culture s’entrouvrent. De là, on découvre une signalétique artisanale faite avec amour et de nombreux bénévoles sur le pont. On pénètre alors dans une salle disposée en « U ». Sur les côtés, on retrouve un pêlemêle d’activités artistiques locales (tatouage, pizza végane maison, sérigraphie, peinture) alliant performances live et vente en direct. La spatialité d’un soir de la salle permet alors aux spectateurs de venir « butiner » aux différents stands pendant que le premier groupe se prépare à investir la scène. C’est Harfang qui se charge d’ouvrir le bal. Ce quintette formé dans la capitale du Québec en 2013 autour du chanteur Samuel Wagner, fait équipe avec Antoine Angers, David Boulet-Tremblay, Alexis Taillon-Pellerin et Mathieu Rompré. Harfang explore la psyché humaine dans une approche introspective et puise ses influences dans un registre contemporain allant de Radiohead à Sigur Ros et Patrick Watson. Dans un style résolument indie rock, Harfang nous plonge dès ses premières notes dans un univers onirique teinté de sonorités électros. Après « Kneel » faisant office d’introduction, Harfang nous emmène sur « Lighthouse » sur un rythme plus rapide et des notes de guitare sèche plus prononcées. La foule de curieux réunie ce soir apparait subjuguée devant la voix du chanteur. Cette dernière semble percer le manteau de la nuit par une singularité très haut perchée. On notera également le caractère très planant du mariage entre ce timbre de voix et les notes psychédéliques de guitare électrique. Des titres comme « Wandering » ou encore « Grass » se retrouvent ainsi à la limite de la sensualité tant la complicité des musiciens est palpable sur scène. Si, de prime abord, Harfang puise son inspiration dans les profondeurs d’un rock progressif aérien à la manière d’un Mogwai ou d’un Disco Anti-Napoléon, le groupe surprend par les orientations oniriques qu’il peut entreprendre, faisant ainsi des clins d’oeil malicieux à des artistes instrumentaux comme Yeast, Sampha ou encore Whitney. Pour le cinquième titre du répertoire de la soirée, Harfang nous emmène dans une atmosphère qui relève de la chorale tant l’attention est portée sur l’organe vocal du chanteur. Les spectateurs jouent le jeu et s’assoient religieusement sur le devant de la scène. « Flatline » vient alors transcender l’ambiance orbitale de la salle avec des élans aériens, sonnant comme un hymne à l’héritage indie rock du groupe.

 

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C’est d’une voix nonchalante et vibrante, suivie de près par des notes de guitare électrique et guitare sèche qu’Harfang reprend les hostilités avec les très progressifs « Obvious » et « As you sing ». On retrouvera ensuite une mélancolie plus soutenue dans « Fly away », la présence du clavier donnant lieu à une teinte musicale plus sombre. À noter que le batteur du groupe puise son inspiration du death metal, assurant ainsi une certaine maitrise de la progression accordée à chaque titre. Si, après cet interlude, l’épisode nous a paru sombre, la suite apparait comme lumineuse. Sur les très bons « Stockholm » et « Pleasure », devenus les titres phares du groupe, Harfang nous peint un cadre plus rock’n roll tout en amour et en jovialité. L’exécution du plein potentiel instrumental du groupe nous transporte sur une progression rapide marquée par des refrains vengeurs dignes d’un Pégase, d’un Alt-J ou encore d’un Concrete Knives. Harfang livre ici une conclusion sous les traits d’une apothéose, ne laissant aucun choix au public que de se laisser porter dans une ascension musicale stratosphérique. Cette première partie s’achève à l’unisson d’un dernier accord de batterie mis en scène d’un bond en avant par les musiciens. Le public reprend alors ses esprits, pas peu fier du voyage suggéré par Harfang et de sa musique d’une énergie sans pareil. C’est la formation d’Equse qui poursuit l’animation musicale de ce soir. En quatre ans d’existence, Equse a produit trois albums, présenté plus de 100 spectacles à travers la province, fait salle comble au Festival d’été de Québec et assuré la première partie d’artistes tels qu’Half Moon Run et Marie-Pierre Arthur. Bien à l’aise avec le langage coloré de l’indie pop, le groupe tire ses racines tant du rock progressif que du folk ou du dub et n’hésite pas à s’y aventurer la plupart du temps. C’est avec une introduction tout en instrumental qu’Equse entame son set. Composé d’une trompette, de deux guitares électriques, d’une basse, d’une batterie et d’un clavier, le groupe est en possession d’une puissance de frappe musicale qu’il ne tarde pas à nous révéler. On poursuit le set avec « Paradise », titre témoignant de l’étiquette postrock de l’équipage d’Equse.

 

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« Vers minuit, les projecteurs se tamisent du côté de Rivière-du-Loup, les organisateurs n’en reviennent pas tant l’engouement du public est palpable. »

 

Seulement, ce serait mal connaitre Equse que de lui assigner une étiquette unique. Sur le troisième titre de son répertoire, Equse nous emmène sur des sonorités plus reggae, envoutées par la voix suave du chanteur. Changement de titre, changement d’ambiance. C’est là une vraie force décelée chez Equse, soit sa capacité à étendre les horizons de son répertoire. Les membres du groupe en parlent d’eux-mêmes : « On a tellement de misère à répondre à quelqu’un qui nous demande quel genre de musique on fait. On est inspirés par un paquet de monde, on ne se contraint pas à un style spécifique. Une tune va être plus folk, une autre va être plus reggae, plus rock. On va chercher toutes ces textures, toutes ces inspirations-là. » Sur le titre suivant, Equse laisse place à une mélancolie et une dose d’émotion certaine. L’apport du trompettiste à la manière d’un Ibrahim Maalouf est clairement à haute valeur ajoutée ici, dans la mesure où il vient embellir la voix parfois trop « chuchotante » du chanteur. Sur le même ton, Equse entame le cinquième titre de son set avec une orientation très jazzy, à la limite du funk avec toutefois un avertissement à son public : « Soyez indulgents, c’est une tune d’adolescent ». Cette nouvelle teinte, Equse va en user le plein potentiel jusqu’à se mettre en danger avec des compositions jamais encore pratiquées en live. Ces dernières appellent à des passages rock’n roll transcendés à la manière d’un Foals ou d’un Concrete Knives tout en conservant sa capacité à revenir à une certaine mélancolie instrumentale, digne d’un hymne à la Balmorhea. Avant de quitter définitivement la scène de cette soirée haute en couleur, Equse exerce un dernier périple musical avec des tentatives aventureuses vers des univers cavaliers rappelant ceux de Matmatah ou encore Allah-Las via une démonstration de force instrumentale de haute voltige. Vers minuit, les projecteurs se tamisent du côté de Rivière-du-Loup, les organisateurs n’en reviennent pas tant l’engouement du public est palpable : « Accueillir deux bands bien connus de la scène québécoise, c’était voir les choses en grand pour ce sixième show à notre actif. Le Rainbow Submarine, c’est une recette d’artistes musicaux, d’artistes visuels, d’artisans gastronomiques. Quand on mélange ça on obtient une espèce de grand cocon de créativité live et on est fiers de ça. » Chapeau, les artistes ! Le prochain Show de cuisine accueillera Prince Mychkine au Rainbow Submarine le samedi 22 juillet à 20 h.
Liens : harfangmusic.bandcamp.com equse.bandcamp.com

 

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