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Entrevue Saucée – la Rumeur du Loup
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Marie-Hélène Hervay et Karine Vincent
Marie-Hélène Hervay et Karine Vincent

Entrevue Saucée

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Par Busque, photos par Molo

J’vous l’dis, ça va être bon. J’en suis sûr. Pis pour vous donner l’eau à la bouche, ou la sauce à la louche, j’ai fait une entrevue avec les quatre actrices de la nouvelle pièce de théatre du loup de Cambrone. C’est à vous de voir après si vous voulez vraiment manquer ça!

Busque : Premièrement, ne trouvezvous pas que« Sauce brune », c’est un nom un p’tit peu boiteux pour une pièce de théâtre? Ce n’est pas se tirer la fourchette dans le pied au départ?

Marie-Hélène Harvey : Je dirais que le titre« met bien la table ». La pièce ne prétend pas être quelque chose qu’elle n’est pas, un peu à l’image des personnages d’ailleurs. La sauce brune au sens propre est au coeur de la pièce et de certaines interactions entre les personnages. La sauce brune au sens figuré aussi, puisque les personnages sont gras, ne font pas dans la dentelle, sont loin du raffinement. « Sauce brune » qualifie parfaitement bien la pièce, ses personnages, leurs interactions et l’ambiance.

Alex Ann Villeneuve Simard : Au contraire, je pense que ça suscite l’intérêt. « Sauce brune », de quoi parle-t-on dans une pièce qui s’appelle « Sauce brune »? J’abonde dans le même sens que Marie-Hélène, mais je rajouterais aussi que la sauce brune, ça fait un peu repas de pauvre… Mais tout le monde en mange et aime ça. Un peu comme nos personnages, je pense que les gens pourraient avoir honte de dire qu’ils les connaissent, mais au fond, ils les aiment.

Alex Ann Villeneuve Simard
Alex Ann Villeneuve Simard

B. : La pièce donne place à quatre cantinières. Parlez-moide votre personnage. 

Armande (interprétée par Marie-Hélène Harvey), c’est la« tabarnaque de chef-cook ». Elle, est là pour s’assurer que la job se fasse pour ne pas, entre autres, se faire mettre à porte par l’« osti de comité d’osti de parents ». C’est un peu sa raison de vivre, je dirais. Elle se valorise beaucoup par ça. Elle aime profondément les« flos », comme elle les appelle. Elle apprécie les voir se« bourrer la face »dans ce qu’elle leur cuisine. Son amour pour les« ostis de morveux »est très touchant, malgré le fait qu’elle a beaucoup de difficulté à l’exprimer.

Martine (interprétée par Catherine Bélanger), est une employée de la cafétéria qui a la chance d’avoir ce travail, car sa mère a supplié Armande de le faire. C’est une femme fragile et maganée par la vie qui se fait malmener par ses collègues. Martine ne sait pas se défendre et elle est très malhabile. Par ailleurs, elle est pleinement amoureuse de son« ostie d’Charlot »qui l’utilise comme punching bag une fois de temps en temps…

Sarah (interprétée par Alex Ann Villeuneuve Simard), est selon moi la plus difficile à saisir. Entre rigolades et« bitcheries »qui vont clairement trop loin, on ne sait pas trop quels sont ses intérêts. Sarah est d’une maladresse, en essayant de faire rire, ses commentaires sont souvent déplacés voire méchants. Je pense que Sarah est très malheureuse dans sa vie, mais faire face à ses démons intérieurs est beaucoup plus difficile que d’affronter tous les jours un quotidien qui ne lui plaît clairement pas.

Cindy (interprétée par Karine Vincent), c’est une guidoune de style trop maquillée. Parfois vulgaire et… vraiment cochonne. Elle a de l’expérience, mais surtout la langue salée. Elle aime bien ça, raconter des histoires… qui frisent un peu les oreilles. Tout de même, cette femme au grand coeur est aussi empathique, sincère et authentique.« Pis là, chus rendue à filer câlissement cheap de pas d’parler, crisse, de pas m’intéresser aux osties de niaiseries qui arrivent dans ta crisse d’estie d’vie câlisse. »

B. : Vous sacrez beaucoup dans la pièce, est-ce que cela« calisse »vraiment une différence?

M-H. H. : J’imagine que ça dépend de la personne qui écoute la pièce. Peut-être que cela pourrait davantage grincer dans les oreilles de certains, mais je crois qu’on s’y fait rapidement et que l’utilisation de sacres comme verbe, adverbe, complément devient rapidement le langage normal des personnages. Rapidement, il me semble que l’on ne s’en formalise plus, que l’on s’habitue à ce parler très cru.

A. A. V. S. : Ça fait toute la différence! Le sacre apporte une rythmique hors du commun. Le sacre remplace des mots qu’elles ne connaissent pas. Le sacre représente un manque de vocabulaire et exprime certains sentiments. Ils sont classés en hiérarchie, si vous écoutez bien, certains sacres sont utilisés que par certains personnages et d’autres sont utilisés dans des circonstances précises. L’auteur a fait un travail incroyable. Ce ne sont pas des sacres gratuits.

B. : Quelles sont les autres difficultés techniques ou autres auxquelles vous faites face?

A. A. V. S. : Personnellement, ce que je trouve le plus difficile, c’est le texte. Je le trouve vraiment difficile à apprendre. Les sacres, les tournures de phrases souvent difficile à articuler. C’est un méchant morceau… Un autre aspect technique, à pratiquer un« osti »de texte comme celui-là, c’est rendu que j’en échappe une couple dans mon quotidien… Aussi, il y a beaucoup de manipulations sur la scène, ça demande une grande concentration avec l’épluchage de carottes, le coupage de patates, la préparation de jello.

Catherine Bélanger : La réelle difficulté dans cette pièce a été l’apprentissage du texte. Les sacres ultraprésents et les tournures de phrase utilisées par l’auteur ont été parfois difficiles à s’approprier. Aller tirer l’interprétation juste de chacun des mots employés même s’ils ne semblent pas déborder de sens à première vue a été un défi.

Karine Vincent : Cindy te répondrait :« Voyons calisse. Veux-tu ben m’crisser patience avec tes osties de questions d’ostie d’marde sinon, m’a te craquer ‘a craque, calisse, tu sauras pu comment chier, viarge. »

B : Donnez-moi quatre raisons pour lesquelles on devrait aller s’écraser pendant 2 h sur les sièges de la salle Bon-Pasteur de la Maison de la culture de Rivière-du-Loup les 6 et 7 mars 2015?

M-H. H. : Si vous avez envie de voir du théâtre différent, qui joue avec le public, l’amenant de la comédie au drame humain dans le même acte. On n’a pas besoin d’être un grand amateur de théâtre pour apprécier la pièce, simplement avoir envie de se faire conter l’histoire de quatre cantinières qui ne se gênent pas pour blasphémer aux trois mots et qui utilisent parfois des métaphores pour s’exprimer qui sont parfois… troublantes! Il ne faut pas avoir les oreilles trop prudes parce qu’évidemment, les personnages n’y vont pas avec le dos de la cuillère. Souvent, en tant que comédienne, je me dis : je ne peux pas croire que je vais dire ça. Malgré tout, on rit et on s’attache à chacune de ces femmes. Je crois que tout le monde (de 16 et plus) peut y trouver son compte.

C. B. : 1- Pour découvrir la vraie raison pour laquelle il faut éviter à tout prix les sandwichs à la salade de poulet offerts dans les cafétérias;

2- Pour réviser les groupes alimentaires canadiens d’une manière encore jamais exploitée;

3- Pour avoir une autre image en tête que le bar à pain lorsque vous entrerez dans un Pacini;

4- Pour vivre une gamme d’émotions contradictoires en l’espace de deux heures.

A. A. V. S. : J’ai adopté la ville de Rivière-du-Loup, pas seulement parce que c’est une petite ville et que la nature est à proximité, mais aussi parce que la culture détient une place assez importante. Il y a encore du travail à faire, mais ça reste une porte ouverte. Je pense que le public de Rivière-du-Loup est prêt à voir des spectacles différents de ceux qui se promènent à travers tout le Québec, les spectacles que l’on pourrait qualifier de plus« accessible ». Aussi, entre les lignes de ce texte vulgaire, grinçant, se cache le portrait de femmes coincées dans une routine qu’elles ne désirent pas nécessairement. Les personnages sont attachants, à part Beaunier… Je rajouterais que la culture permet la socialisation, la réflexion et l’envie de créer. Le public de Rivière-du-Loup doit se considérer chanceux d’avoir accès à des spectacles comme celui-ci à bas prix : c’est professionnel, innovateur et c’est drôle en« sacrament »!

Catherine Bélanger
Catherine Bélanger

K. V. : 

1- Le texte de Simon Boudreault est tout simplement délicieux. Chaque phrase a son croquant, son intensité et
Simon a eu l’audace d’aller fort en vulgarité tout en touchant les cordes sensibles des personnages, ce qui rend
cette histoire touchante. La seule lecture du texte donne déjà bien des émotions et des étonnements. Alors,
imaginez avec un visuel en appui…

2- Les personnages sont évidemment des êtres particuliers, mais aussi bien près de la réalité. Apprendre à les
connaître et à les aimer, malgré tous leurs travers, ne peut que créer un effet d’attachement et de curiosité.

3- L’univers de ces personnages. La réalité vécue par ces femmes, à première vue, peut sembler être une pauvre
situation. Mais audelà de leurs petites histoires se dégage un regard sur notre société, riche en constats bien
réels et en autodérisions.

4- L’équipe de travail et de jeu, tout ce beau monde qui habite notre région et qui a les aptitudes professionelles
pour mener des projets audacieux de ce genre. Cette production fait un joli pied de nez à tous ceux qui ont
parfois l’impression qu’en région, il n’y a pas suffisamment de ressources compétentes et motivées. Il faut au
si saluer l’audace de présenter des textes qui soient plus« dans la marge ». L’équipe du Théâtre du loup de
Cambronne fait un travail exemplaire et ça donne beaucoup d’espoir pour l’émancipation culturelle en
région!

La Rumeur du Loup, Édition 73, mars 2015

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