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Entrevue avec Ursule Thériault : Une mairesse qui s’organise

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par Busque

 

Sachant que la mairesse de L’Isle-Verte accepte l’idée des minimaisons sur son territoire, je suis allé à la rencontre de cette femme qui m’a parlé avec son coeur et sa tête. J’ai sérieusement envie d’aller m’installer dans sa municipalité.

 

Busque : Bonjour ! La raison pour laquelle je vous rencontre aujourd’hui est parce que vous êtes allée au Festival des minimaisons de Lantier. Pourriez-vous me dire qui vous êtes et m’expliquer pourquoi vous y êtes allée ?

 
Ursule Thériault : Je m’appelle Ursule Thériault et je suis la mairesse de L’Isle-Verte. Je suis allée au festival des minimaisons de Lantier parce que je m’intéresse à ce concept depuis un certain temps. Bien sûr, j’aimerais bien que L’Isle-Verte devienne un milieu propice au développement de ce concept de vie. L’élément déclencheur fut d’abord ma curiosité personnelle, mais surtout ma rencontre avec les entrepreneurs de Ma Maison logique, que j’ai rencontrés en avril dernier. Vu que j’étais intéressée par le sujet, ce fut intéressant de les faire parler de leur projet. C’est à ce moment qu’ils m’ont révélé qu’ils voulaient vraiment développer ce concept, mais qu’ils n’avaient nulle part où aller et qu’ils aimeraient avoir une vitrine quelque part. Je me suis dit à moi-même que ce serait à L’Isle-Verte, leur vitrine, si je le peux. Après, je les ai revus et j’ai pu leur dire oui, effectivement. De leur côté, ils m’ont dit que L’Isle-Verte serait un endroit intéressant. Ce qui nous avantage vraiment, c’est que le directeur de l’aménagement de la MRC de Rivière-du-Loup, monsieur Marcelais, est sensible à la cause. Toi et moi avons été mis en contact grâce à lui. Je n’aurais pas su que tu t’y intéressais si ce n’avait pas été de lui. De là l’importance de ne pas avoir peur de parler de nos idées ! Quand on veut que quelque chose se fasse, il faut en parler. Il y a des gens qui préfèrent la philosophie inverse. S’ils ont un projet, ils n’en parleront pas, ils le gardent pour eux pour ne pas se faire copier ou je ne sais quoi. Si on veut réaliser son projet, il faut vraiment en parler. À partir de là, à Lantier, j’ai pu constater de quelle façon les entrepreneurs de Ma Maison logique avaient procédé pour mettre le concept en branle et réaliser leur projet. C’est vraiment eux qui ont tout pris en charge, ce n’est pas la municipalité. Quoique la municipalité ait ses compromis dans le projet, c’est clé en main avec cette entreprise. Je pense plutôt que les projets doivent être pris en charge par le milieu. Je préconise d’abord l’information aux citoyens, ensuite la réponse des gens. Si c’est une bonne idée, on travaillera avec cette entreprise. C’est ma façon fondamentale de travailler, d’aller chercher les gens à la base, et ils vont s’engager à développer ce qui les intéresse, j’en suis convaincue. Donc, oui, ce serait possible que notre municipalité démarre un projet en ce sens. Sauf que, si nous n’avons pas l’adhésion du milieu, nous allons peut-être le regretter. Avec l’adhésion du milieu, ça ira. J’en parle autour de moi. Il y a beaucoup de gens qui s’intéressent à ce concept, en particulier de jeunes couples qui ont un enfant ou bien sans enfant et des jeunes professionnels qui ont fin de la vingtaine, début de la trentaine. D’ailleurs, à Lantier, on a vu beaucoup de ce type de personne qui s’intéresse aux mini-maisons. Effectivement, quand on part dans la vie, on n’a pas la capacité d’achat qu’on peut avoir à 40 ou 50 ans. Donc, tout cela confirmait mon objectif d’accessibilité à la propriété à ceux qui font 40 000, 50 000 $ par année et cela confirmait aussi que les milieux doivent s’approprier les projets. À force de discuter avec les gens et de les observer, j’ai entendu beaucoup de commentaires quant à la façon d’aménager les mini-maisons, alors que, si les gens du milieu avaient d’abord parlé de leur vision à eux, on aurait eu d’autres commentaires. De toute façon, c’est difficile de rallier tout le monde sur la même vision. Mais, quand même, j’ai parlé à nouveau avec les gens de Ma Maison logique et ça se confirme. Ils souhaitent toujours avoir un lieu. D’ailleurs, L’Isle-Verte avait, par résolution du conseil municipal, demandé au comité consultatif en urbanisme de réviser l’ensemble de la règlementation d’urbanisme de la municipalité. On se rend compte que, souvent, ce sont des règlements calqués de règlements qui viennent de je ne sais où, peut-être du MAMOT, mais qui sont appliqués mur à mur. Ce sont souvent des règlementations urbaines pour des milieux ruraux, alors ça n’a pas de sens. J’ai été la première à demander à ce qu’on révise la règlementation en urbanisme. Ça se fera. Par le fait même, dans ce règlement, on pourra favoriser ce nouveau mode de vie pour que les adeptes trouvent une place où aller. Ce sera chez nous !

 

« Je ne travaille pas pour moi, je ne serai plus là demain. J’en ai plus de vécu que j’en ai à vivre! Par contre, j’ai mes petits-enfants et ceux des autres. »

 

 
B. : On parle d’un retour des jeunes en région. Quels sont les avantages pour les municipalités de s’ouvrir aux minimaisons ?

 
U.T. : C’est parce que c’est l’avenir ! Si le milieu rural comme le village de L’Isle-Verte ne s’ouvre pas à ce qui est actuellement l’ambition de la génération qui s’en vient, bien on va manquer le bateau et on aura juste à fermer ! Si on s’ouvre un peu et qu’on observe… J’ai constaté justement à ce festival de minimaisons à Lantier que ce n’est pas juste une mode, c’est un mouvement de fond. On regarde ce qui se fait tout autour, les principes de la permaculture, ce sont des idées de fond. Ce n’est pas qu’une mode, de se loger dans une minimaison. Quand on regarde l’ensemble de ce qui émerge, on voit vraiment un mouvement de fond, une cassure avec les modes de vie que le capitalisme nous a imposés, bien malgré nous, parce qu’on est dans un vent, un tourbillon énorme. Regarde, on ne se possède presque plus, la technologie et les moyens de communication faisant qu’on oublie de vivre ! Puis, je regarde les jeunes professionnels. J’ai un neveu qui est jeune ingénieur dans le projet du CHUM à Montréal. Il ne vit pas. Il est constamment au travail, pour un contrat de deux ans. Toute la difficulté qu’il a eue pour se trouver un logement quand il est arrivé après son embauche. Il me disait qu’avec les téléphones intelligents, ils sont constamment au travail. Constamment. Donc, si en plus on s’isole dans un immeuble à condos, imagine ce qu’on devient d’un point de vue humain. C’est d’aller à l’encontre de notre nature, nous sommes des animaux sociaux ! C’est tout cela qu’il faut regarder. Avoir une vision globale de tout cela. L’écoresponsabilité, les mouvements écologistes, tous les mouvements qu’il y a autour de nous, il faut y être ouverts. Regarder, ouvrir nos oreilles. Si, en plus, on a l’avenir d’une communauté dans nos mains, c’est d’autant plus important. Il faut être attentifs aux mouvements de base. C’est ma préoccupation. Je ne travaille pas pour moi, je ne serai plus là demain. J’en ai plus de vécu que j’en ai à vivre ! Par contre, j’ai mes petits-enfants et ceux des autres. Ceux des autres sont aussi les miens. Se sentir responsable les uns des autres, c’est être solidaires. Si je suis responsable de toi, je vais essayer d’aménager des choses pour que tu en tires ta satisfaction, ton bienêtre et ton bonheur. C’est ma plus grande motivation, c’est que les miens soient aussi heureux que moi. Quand je suis heureuse, je peux transmettre mon bonheur aux autres, ma façon de vivre, peu importe, tout est relié. On fait partie d’un ensemble, on fait partie d’un tout. Je suis aussi responsable de toi que je peux l’être de mon propre fils ou de ma propre petite-fille. Quand on est le leadeur d’une communauté, il faut travailler en fonction du groupe et non en fonction de soi. Ce n’est pas toujours simple, il faut avoir l’ardeur plus intense que la moyenne si on veut dépasser les modes et les futilités ou la dépense à outrance. D’un point de vue professionnel, je fais de la gestion de projet. Dans les dernières années, j’ai surtout fait de la gestion de projet de protection de
l’environnement et de la biodiversité. Ça fait partie du tout également.

 

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B. : L’Isle-Verte va-t-elle prendre des engagements dans les prochains mois ou les prochaines années ?

 
U.T. : La première chose que je ferai, avec ce que j’ai récolté au Festival des minimaisons, ce sera d’informer le directeur de la municipalité et le directeur de l’aménagement de la MRC. Après, je leur présenterai ce qu’on va faire. Dans un premier temps, nous allons nous assoir avec Ma Maison logique pour voir leur vision. Comment veulent-ils voir leur vitrine ? Comment comptentils procéder pour mettre en valeur leur entreprise et leur concept ? De fil en aiguille, nous, gens de L’Isle-Verte, allons définir le type de projet ou de quartier… Je ne sais pas vraiment encore, tout est à construire ! C’est de voir de quelle façon nous voyons cela, et de quelle façon l’entrepreneur voit cela. Après cette première étape, je vais inclure des gens de la communauté. Leur présenter la situation, le résumé de nos conversations pour voir comment ils voient le projet à L’Isle-Verte. Il faut qu’il y ait un échange. Avec le premier forum citoyen du 25 mai dernier pour la vision stratégique de la municipalité, nous sommes allés chercher les idées concernant les cinq grands secteurs : l’habitation, l’alimentation, la sécurité, etc. Maintenant, nous allons les travailler. Nous avons monté un dossier de réalisation de vision stratégique que nous allons déposer à la Fédération canadienne des municipalités afin d’avoir une ressource pour bâtir la vision stratégique de L’Isle-Verte de 2020-2025. C’est enclenché et les gens ont été très heureux d’avoir leur voix dans cette démarche. Je veux leur donner la même possibilité si on enclenche ce processus de développer un concept de milieu de vie différent à L’Isle-Verte. Je vais inclure les gens, tous ceux qui vont vouloir y participer d’ailleurs. Certains ont laissé leur nom lors du forum citoyen, j’ai une liste de gens qui veulent s’impliquer dans un comité. Je vais les interpeler. Il y avait une volonté lors de cette soirée pour le maintien des commerces de proximité. Nous avons réfléchi à savoir comment on peut réaliser la volonté des citoyens pour le mieux. Peut-être la solution est-elle une coopérative de développement local ? Nous allons enclencher des démarches avec Martin Gagnon de la Coopérative de développement régional de Rimouski, qui soutient ceux qui veulent entreprendre des projets de coopératives de développement local.

 
B. : La meilleure façon de garder nos commerces locaux dans une municipalité n’est-elle pas de garder une population en croissance ? Si de nouvelles personnes emménagent, les commerces, les dépanneurs, les pharmacies fonctionneront mieux, non ?

 
U.T. : Aussi, évidemment. C’est très en lien. Nous avons tout cela ici, il s’agit de les maintenir. Certains ont plus de difficulté que d’autres. Il faut réagir. Mobiliser les gens. Nous avons formé une corporation sans but lucratif qui s’appelle Mobilisation L’Isle-Verte, mais c’était pour gérer les dons reliés à l’incendie du Havre. Les dons arrivaient de partout et les municipalités n’ont pas le droit de les récupérer. Le nom Mobilisation L’Isle-Verte a été facile à trouver, les médias ont organisé un spectacle le 1er février 2014 et ils l’ont appelé Spectacle Mobilisation L’Isle-Verte. Donc, on a repris l’appellation avec leur permission.

 
B. : Relativement aux évènements du Havre, où en êtes-vous ? Est-ce que les gens en parlent encore beaucoup ?

 
U.T. : Ça va bien maintenant, on en parle moins. Avec le premier anniversaire en janvier dernier, on a vraiment senti que les gens étaient prêts à passer à autre chose. C’est certain que, de notre côté, nous nous affairons à amener des projets, mais c’est sûr que ça va toujours rester là. Ça va prendre le temps que ça prend. Ceux qui l’ont vécu vont toujours y penser. C’est certain. Un tel évènement qui survient dans un petit milieu comme le nôtre… Ceux qui en ont été témoins ne l’oublieront jamais.

 
B. : Merci.

À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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