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Entrevue avec Sébastien Raboin – la Rumeur du Loup
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Rumeur du Loup mars 2015-11

Entrevue avec Sébastien Raboin

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Par Busque
Photos de Sébastien Raboin
Montage de la page 11 de Joana Pln

Dans le cadre de mes fonctions, je rencontre souvent des gens intéressants et passionnés; Sébastien est l’un d’eux. Plus connu dans Rimouski puisqu’il s’occupe entre autres de Paraloeil, son travail de photographe est arrivé jusqu’à moi via Facebook avec son projet Bad side of the moon.

Rumeur du Loup mars 2015-11

Busque : Parle-nous un peu de toi!

Sébastien Raboin : Je suis un Rimouskois de souche. J’ai passé presque toute ma vie à Rimouski, quoique se sois aussi resté ailleurs, mais quand j’étais très jeune. Donc, je suis un photographe autodidacte rimouskois. J’ai eu mon premier appareil photo à l’âge de dix ans et j’ai toujours fait de la photo depuis. J’en fais très sérieusement depuis une dizaine d’années environ. J’ai travaillé presque toute ma vie adulte dans un club vidéo de répertoire, avec le cinéma des autres pendant très longtemps. Maintenant, je suis coordonnateur à la programmation chez Paraloeil, je travaille donc encore proche du cinéma. Je vois un lien entre le cinéma et la photo. Je n’ai jamais eu envie de faire de cinéma, mais j’ai envie que mes photos soient du cinéma. J’ai envie que chaque photo soit une scène de film qui raconte une histoire autonome. Pour moi, le cinéma et la photo sont très unis. Je suis donc un photographe autodidacte qui fait du cinéma photo!

B. : La grande question maintenant : pourquoi fais-tu de la photo?

S. R. : [Rires] Pourquoi respires-tu? Pourquoi est-ce que je fais de la photo… Je ne sais pas pourquoi, c’est une question trop difficile! J’ai eu mon premier appareil, comme je le disais, à dix ans. Je pourrais dire que c’est un besoin… Non, ce n’est même pas un besoin, c’est une évidence. Pour moi, c’est une manière de vivre. Ma vie est beaucoup dirigée en fonction de la photo. Qu’est-ce qui vient avant? La poule ou l’oeuf? La photo ou le photographe? Je vois des photos tout le temps. Je te regarde, je vois une photo, je vois un cadrage. J’ai un grand champ de vision mais, dans mon champ de vision, il y a un cadre. Je vois donc des photos tout le temps. Dans Le Sixième sens, le petit gars voyait des morts! Il disait : « Je vois des gens qui sont morts ». Moi, je vois des photos, tout le temps!

« Le geste de création, je trouve que c’est un geste qui est très noble et, quand on fait de la création, l’admiration vient toujours de paire avec la création. »

B. : Qu’est-ce qui différencie tes photos? Quelle est ta touche? Comment peut-on regarder des photos et savoir que ce sont les tiennes?

S. R. : Je cois avoir une sorte de constante dans la lumière. Peut-être ai-je une signature de lumière. Je ne travaille jamais à contrejour, ça ne me plait pas. J’aime beaucoup l’ombre, c’est ce qui met la lumière en valeur, c’est le podium de la lumière. La lumière se dépose sur l’ombre, disons. J’aime beaucoup les contrastes. J’aime quand le noir est noir et quand, dans le portrait, la peau est belle comme dans la vraie vie. J’aime beaucoup le réalisme technique. Le surréalisme peut se passer ailleurs, dans le sens de la photo. Je pense qu’on pourrait reconnaître mes photos par la lumière. Beaucoup d’ombre, d’éclairage de côté. Sinon, la mise en scène où il y a une action… Mais ce n’est pas nécessairement de la mise en scène avec un personnage. Dans le paysage, il peut y avoir une mise en scène. Il peut y avoir un flou au premier plan et autre chose pour le reste et ça raconte une histoire quand même. Il peut y avoir une mise en scène faite dans un jardin, avec des gens. Il y a toujours une mise en scène à faire. On peut toujours mettre en scène la vraie vie. Avec ça, on peut créer du surnaturel. Le résumé de tout celà est peut-être ce qui fait qui je suis. Est-ce qu’on reconnaîtrait vraiment mes photos à travers d’autres? Ça, je ne sais pas. Je ne suis pas bien placé pour le dire. Il faudrait demander à d’autres s’ils reconnaissent une signature.

B. : Quelle erreur fait la majorité des photographes?

S. R. : Écouter les autres! Je dirais qu’il ne faut pas écouter les autres! À part cela, je ne vois pas d’erreur… J’aime la photo, mais j’aime aussi les photographes, j’aime les gens qui font de la photo. Je trouve que tout le monde est bon, même si je n’aime pas nécessairement ce que tout le monde fait. Le geste de création, je trouve que c’est un geste qui est très noble et, quand on fait de la création, l’admiration vient toujours de paire avec la création. En fait, je pense qu’il n’y a pas d’erreur, mais je suis autodidacte, je n’ai pas appris à l’école, donc je peux faire des erreurs, qui peuvent devenir des forces! Comme en cinéma ou en peinture, on peut se faire dire : « Ça, ça ne se fait pas! » Mais moi, je ne sais pas ce qui ne se fait pas. Je ne vois pas mes erreurs.

B. : Maintenant que tout le monde a des appareils photo à la portée de la main ou qu’on peut aller s’en acheter à bon prix, on peut dire qu’il y a une démocratie de la photo. Qu’en penses-tu?

S. R. : Tout le monde a une main et un crayon ou Microsoft Word et tout le monde n’est pas auteur. Tout le monde a un appareil photo et tout le monde n’est pas photographe. J’aime la démocratisation! J’aime que tout le monde fasse des photos parce que ça nous fait voir de belles photos et ça nous en fait voir des moins belles aussi. On dit souvent qu’il n’y a pas plus pauvre qu’un pauvre à côté d’un riche, mais il n’y a pas plus belle photo qu’une belle photo à côté d’une moins belle aussi! Il y a une sélection naturelle dans tout et, pour la photo ou l’art en général, c’est la même chose. J’aime consommer des photos, j’aime en voir tout le temps. Je trouve que c’est « trippant » que tout le monde fasse des photos. Comme je ne veux pas vivre de la photo, il n’y a pas de concurrence. Si je voulais vivre de la photo et que tout le monde s’improvisait photographe et que ça m’enlevait des contrats, ce serait peut-être différent. Quand on enlève l’argent de l’art, il y a la vraie liberté et je me sens très libre! J’aime que tout le monde prenne des photos!

B. : Qu’est-ce qui t’inspire?

S. R. : La beauté! Mais la beauté, qu’est-ce que c’est? Où se trouve-t-elle? J’aime la beauté des gens, elle m’inspire beaucoup, j’aime la nature et même les choses laides, parfois, qui peuvent devenir un peu plus belles! J’aime rendre les choses belles. Pas les rendre, mais plutôt les montrer telles que je les vois, parce que je les vois belles. Ça m’inspire beaucoup. Le cinéma m’inspire beaucoup, la musique aussi. En fait, l’art m’inspire énormément. Je peux aller voir des peintures en galerie et ça peut m’inspirer pour faire de la photo, parce que c’est de la nourriture. L’art, ça me nourrit.

B. : Pour toi, qu’est-ce qu’une photo réussie?

S. R. : Dans le portrait, une photo réussie, c’est une photo où la personne est identique à ce qu’elle est dans la vie de tous les jours ou encore plus belle. Si la personne est moins belle que ce que je vois, c’est une photo ratée. Même si, techniquement, la photo est extraordinaire, tout y est, mais que la personne n’est pas belle, c’est une photo ratée. À moins que ce soit le jeu et que ce soit une photo drôle. Mais, si ce n’est pas une photo drôle, j’ai manqué mon coup. Quand je regarde les gens, je regarde comment les gens bougent, comment la lumière bouge et la beauté apparaît tout le temps, avec tous les gens que je vois. J’aime photographier des gens pour la première fois. Je photographie souvent certaines personnes aussi, et c’est un autre trip. C’est comme manger du dessert ou manger des sushis. Ça ne goûte pas la même chose, mais c’est tout aussi jouissif! Photographier des gens à récurrence, c’est extraordinaire, mais la première fois aussi, c’est génial.

B. : Quand tu prends une photo de la même personne, essaies-tu de montrer une autre facette?

S. R. : Oui, et d’aller plus loin parce qu’on se connaît. Un portrait, ce n’est jamais un portrait volé, je prends ce que l’autre me donne et on le fait ensemble. Quand je fais l’exercice de l’autoportrait, c’est le moment parfait où le photographe sait exactement ce que le modèle va faire et le modèle sait exactement ce que le photographe veut. Quand je place mon appareil, je le place en fonction de ce que je vais faire tantôt. Cette situation ne se peut que dans l’autoportrait et j’aime bien ce jeu. Quand je fais des photos de profil, je joue! C’est comme un troisième moment. Quand je travaille souvent avec quelqu’un, je me rapproche de ça. Chacun sait ce que l’autre veut et il se passe quelque chose de vraiment « trippant ». C’est tout le temps précieux, il n’y a rien de banal.

B. : As-tu des projets qui s’en viennent bientôt?

S. R. : Oui, j’ai un projet, mais tu es la première personne à qui j’en parle! L’année passée, j’ai fait le gros projet Bad side of the moon où j’ai photographié des Rimouskois. L’année passée, c’était un projet individuel, mais je voudrais faire un projet collectif pour cet été. J’ai envie d’inviter les Rimouskois ou les gens qui sont à Rimouski tous les samedis à 11 h le matin au parc Lepage pour faire des photos de groupe avec les gens qui viennent. À partir de la photo 1, ça va se préciser. Je vais perdre le contrôle, le reste va se dessiner tout seul et prendre forme. Au début, il n’y aura pas beaucoup de gens, mais après, par Facebook, les gens vont voir leurs amis et vont peut-être venir. Donc, tous les samedis à 11 h, je veux faire une photo au parc. Il y a beaucoup de lieux, on peut aller à travers les arbres, au ruisseau et faire des mises en scène de groupe. Jouer. Une photo par semaine. S’il pleut, qu’il vente et qu’il n’y a personne, je vais faire une photo des arbres dans la pluie. À date, à mesure que ça se précise dans ma tête, c’est ce qui m’allume le plus comme prochain projet, un projet collectif.

Son site web

La Rumeur du Loup, Édition 73, mars 2015

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