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Entrevue avec Jean-Louis Lévesque : Bilan d’une année aux commandes du Vrac

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entrevue et photos par Busque

 

Plongé malgré lui dans une controverse locale entre son commerce nouvellement démarré il y a un an, la venue d’un Bulk Barn dans l’entrée ouest de Rivière-du-Loup et la modification soudaine d’un zonage entre la Ville et le promoteur immobilier, Jean-Louis fait le bilan sur son entreprise.

 

 

Busque : Comment va l’entreprise ?
Jean-Louis Lévesque : Ça va bien ! J’étais sceptique sur l’utilisation de Facebook. Étant donné que j’ai des jeunes, je me disais qu’il y avait plus de côtés négatifs. Par contre, j’ai découvert que Facebook, tout simplement pour informer, est un outil de travail formidable. Sur Facebook, avec une petite page bien simple que j’ai créée avec mes enfants — parce que ce n’est pas ma génération ! [rires] — on a un petit outil de travail qui rejoint énormément de monde et je m’aperçois que beaucoup de ceux qui viennent à la boutique sont des gens qui sont sur Facebook.

 

B. : Sommairement, qu’as-tu fait avant de lancer Le Vrac ?
J.-L.L. : J’ai été dans l’entreprise familiale. J’ai fait mes études ici à Rivière-du-Loup. J’ai travaillé pour l’entreprise familiale comme travail d’été. Puis, ça allait de soi, j’avais un intérêt pour l’entreprise, qui est le Centre de moteur J.S. Levesque. C’est un domaine complètement différent. C’est dans le domaine du moteur diésel pour tout ce qui roule, à l’exception de ce qui roule sur l’asphalte, dans les secteurs minier, naval, forestier, industriel. Donc, c’est un domaine qui est très différent. J’y ai travaillé 35 ans officiellement. En 2014, j’ai eu un problème physique de dos. J’ai l’impression d’avoir fait le mieux que je pouvais pour faire avancer l’entreprise. J’en suis venu à regarder pour faire autre chose. La première personne à qui j’en ai parlé est ma conjointe. Elle m’a dit : « On y va, on plonge ! » On a décidé de lancer le projet en 2014.

 

B. : Pourquoi avoir choisi une épicerie de vrac ? Pourquoi pas un restaurant ou autre chose ?
J.-L.L. : C’est une question de coeur, une question de gout personnel. J’ai créé quelque chose où je me retrouve. On a voyagé beaucoup dans l’est du pays, au Québec, dans les Maritimes, ma conjointe et moi avec les enfants. On aimait aller à des endroits conviviaux, sans prétention. Je me souviens d’une boutique, chez Geppetto à l’Île-du-Prince-Édouard. C’est un monsieur qui faisait des marionnettes. C’était une personne qui avait au-dessus de 60 ans. On y rentrait comme si on venait souper chez lui. On devait passer 5 minutes et on y a été presque deux heures. Des marionnettes de bois ! On a connu ses chats… On est allés à une autre boutique à Caraquet qui appartenait à des Dugas qui étaient pêcheurs d’huitres de père en fils. Même chose ! Le grand-père nous a accueillis. On n’a pas acheté d’huitres, on a acheté autre chose, mais on a tout connu ! Au départ, on voulait créer quelque chose d’agréable, de convivial. On voulait que les gens viennent et qu’ils aient du plaisir juste à entrer. Tranquillement, on a regardé les possibilités. Je suis un gars curieux, qui aime la cuisine, la bonne bouffe, un souper avec des amis ou en famille. Quand c’est bon, c’est agréable. J’essaie des choses, je cuisine. J’ai essayé d’aller de ce côté. Les épices me plaisent et ce fut le premier déclic, mais il ne pouvait pas y avoir assez de volume. Si j’avais été à Montréal, je serais un compétiteur d’Épices Anatol ! On a ajouté des choses complémentaires : les légumineuses, les farines, le riz, les fruits. Je le dis en blaguant, mais les bonbons sont arrivés en dernier. Mes fournisseurs m’ont dit que si j’ai des noix et fruits, ça me prend des bonbons ! La gageüre — et c’est vraiment vrai — était que si j’étais capable d’avoir Jelly Belly — parce que c’est le bonbon que j’aime beaucoup — je rentrerais du bonbon ! Bien, j’ai été capable de l’avoir ! Alors le bonbon est arrivé par après. C’est un peu comme ça que l’idée a pris forme.

 

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B. : Comment est-ce que ça fonctionne ? Quel est le processus pour acheter du vrac dans la boutique, pour les gens qui ne sont jamais venus ?
J.-L.L. : Ce n’est pas compliqué, tout est au poids. Je ne viens pas du domaine alimentaire, mais j’ai flirté avec ce domaine parce que j’ai fait partie du conseil d’administration de l’ancienne COOP à Rivière-du-Loup qui a fermé il y a quelques années. Je sais que le MAPAQ a des règles très strictes. Au départ, j’ai impliqué des gens du MAPAQ et je leur ai demandé comment le faire pour le faire correctement. On est partis avec l’idée de base que les gens mettaient les produits dans les sacs et on pesait à la caisse tout simplement. Est venue par le marché la demande que les gens viennent avec leurs contenants. Je suis retourné au MAPAQ pour faire les choses correctement. Je leur ai demandé si c’était possible. La réponse était oui. Alors comment peut-on faire ça ? Les gens peuvent venir avec leur contenant en plus et on a des pichets qui sont prépesés et les gens mettent les produits dans les pichets, puis dans les contenants. C’est une évolution entre ce qu’on avait au départ le 17 avril 2015 et maintenant. Le principe est qu’on le met dans un contenant et on le vend au poids.

 

B. : Pourquoi est-ce plus intéressant pour un client d’acheter en vrac plutôt que d’acheter, disons, au Wal-Mart le même produit ?
J.-L.L. : La première des choses, c’est que si on essaie une nouvelle recette à laquelle on n’a jamais gouté, on peut venir ici acheter 1/4 de tasse de ce qu’on a de besoin, partir avec et on ne se fera pas regarder pas de façon bizarre ! J’ai vraiment fait quelque chose qui me ressemble : je n’aime pas acheter un kilo de quelque chose que je ne connais pas pour faire une recette. Si je ne l’aime pas, il me reste presque tout le sac ! C’est du gaspillage parce qu’on le tasse dans le fond du gardemanger, on l’oublie et on le jette. Cette idée m’a souri alors je l’ai intégrée. L’autre avantage est la qualité des fournisseurs que je suis allé chercher. Dans les épices, dans les riz, c’est une famille indienne qui est à Montréal depuis quelques générations et ces gens sont vraiment spécialisés dans ce domaine. Je suis allé les rencontrer et c’est toute une atmosphère. Les gens sont respectueux de la nourriture. Dans la manipulation, dans le traitement, dans l’expédition. On aurait pu manger par terre ! Je me suis entouré de fournisseurs qui, à une autre échelle, aiment ce qu’ils font. C’est agréable. J’ai essayé d’avoir des produits du Québec. J’ai des produits au moins qui sont de régions où il n’y a pas d’exploitation. Ce sont des produits qui sont bénéfiques pour le producteur, le transformateur, l’importateur. On a une belle qualité de produits.
B. : Y a-t-il des gens qui viennent acheter des poches complètes ?
J.-L.L. : À l’occasion, oui. Notre commerce évolue. Au départ, on n’y avait pas pensé. Il y a des gens qui m’ont demandé s’ils pouvaient acheter la farine en sac. On fait un prix en conséquence. C’est intéressant parce que j’y trouve mon compte, ça fait rouler le stock plus vite, je n’ai pas de pertes, je n’ai pas de manipulations, je n’ai pas de transvidages. On a accepté. Tranquillement, on est en train de peaufiner cette option.

 

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« J’écoute les gens, depuis qu’on est ouverts, on a changé peut-être au-dessus de 150-160 produits. En tout, on offre aux alentours de 425-450 produits. »

 

B. : Allez-vous avoir des aliments biologiques ?

J.-L.L. : C’est plus complexe. Quand on fait quelque chose, on veut le faire de la bonne façon. J’ai pris un premier contact avec les gens d’Ecocert. J’ai des produits qui sont bios présentement. J’en ai, mais je n’en parle pas. On a biffé le mot « bio » sur les présentoirs, on le vend comme un produit régulier. La raison est une curiosité de la loi : même si mon fournisseur est certifié bio, que la certification est indiquée sur le sac, dès que je l’ouvre, il n’est plus bio. Je trouve que c’est malheureux. Je regarde l’expérience d’une petite boutique à Chicoutimi qui a eu des problèmes à cause de cela. Je trouve indécent que des fonctionnaires s’acharnent sur ces gens. Ce ne sont pas des fraudeurs ! Qu’ils fassent la chasse aux fraudeurs, à la personne qui met du gruau bio une semaine et du gruau non bio l’autre semaine et qui dit que c’est du bio. Lui, c’est un fraudeur. Qu’ils fassent la chasse à ces gens-là, pas à des gens qui essaient de gagner leur vie de façon honnête. Mais la loi est là parce qu’il y a des gens malhonnêtes et tout le monde paye. Je trouve que c’est deux poids, deux mesures.

 

B. : J’ai entendu dire qu’il y avait une controverse autour d’un nouveau magasin de vrac. Peux-tu m’expliquer brièvement ce qui s’est passé et comment as-tu été affecté positivement ou négativement ?
J.-L.L. : Dans toute cette histoire, si je regarde comment je me sens avec un peu de recul, je me sens comme quelqu’un qui marchait le long de la 132 et qui s’est fait ramasser par la déneigeuse. Certains de mes clients sont venus m’informer, par inquiétude, qu’il s’en venait un compétiteur. L’arrivée du compétiteur, c’est le libre marché. Tout le monde a le droit de venir, je n’ai pas le droit de dire que le vrac, c’est juste moi, ce n’est pas vrai. La compétition, c’est une chose. Par contre, la controverse est venue de tout ce qui a entouré l’implantation. La première fois que j’en ai entendu parler, je pensais qu’il se construisait une bâtisse le long d’une artère principale. Je crois qu’on ne peut pas dire non à un investissement, c’est des taxes foncières, c’est des revenus additionnels pour la ville. Plus le dossier a avancé, plus l’information est devenue pointue. On ne construit pas, on emménage. Entre temps, d’autres gens de commerce sont venus me voir à la boutique pour me parler des répercussions sur leurs propres commerces. Je suis natif de Rivière-du-Loup, j’ai grandi ici. Ma ville, j’y tiens et je crois que l’entraide entre différents commerçants fait qu’on est capable de faire face au marché qui vient de l’extérieur. Je voulais essayer de faire
quelque chose. Est-ce qu’on est tout seuls ? Je suis allé consulter d’autres gens d’affaires pour savoir ce qu’ils en pensent et ce qu’ils perçoivent de cette situation. Beaucoup de gens d’affaires trouvaient que la Ville n’avait pas à agir. Le commerce pouvait s’installer à d’autres endroits en ville. La Ville, est-ce qu’elle a à mettre des choses favorables pour l’un, mais pas pour l’autre ? C’est là que ça se questionnait. C’est là-dessus qu’on a débattu. Sur le changement de zonage, la précipitation, on est à la fin d’un plan d’urbanisme et on est en train d’en élaborer un autre, mais on vient torpiller tout ce qu’on fait en partant. Ça va mal, c’est boiteux pour l’avenir. Je ne suis pas allé défendre mon commerce, je suis allé défendre l’ensemble. Il y a quelque chose qui m’a chatouillé : quand on dit qu’on a besoin de ces grosses entreprises de l’extérieur pour attirer du monde à Rivière-du-Loup, je regrette, les gens du Nouveau-Brunswick, les gens de Rimouski, les gens de Montmagny viennent à Rivière-du-Loup voir ce qu’on a qui nous différencie. Ils en ont déjà de ces grosses entreprises chez eux. Je n’en nommerai pas, mais ils en ont, des entreprises nationales qui ont des branches dans à peu près toutes les villes. Ils en ont à Montmagny, à Rimouski. Les gens ne viendront pas ici pour ces commerces. Ils viennent pour autre chose. Autre chose, c’est les commerçants typiques de Rivière-du-Loup et c’est à ceux-ci qu’il faut donner un coup de pouce et non prioriser les grandes chaines.

 

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B. : Toi, là-dedans, comment réagiras-tu avec ton commerce ? Vas-tu continuer sur la même lancée ?
J.-L.L. : Je pense qu’on va faire ce qu’on sait bien faire, c’est-à-dire accueillir les gens avec un sourire, accueillir avec une bonne intention… Quand je demande « Comment ça va ? », ce n’est pas une phrase toute faite, ce n’est pas vide de sens. Ça m’intéresse de savoir comment vont les gens. Je m’intéresse à eux. Je suis curieux, ce n’est pas malsain, c’est dans ma nature. Alors c’est ce que je vais continuer à bien faire, à peaufiner. J’écoute les gens, depuis qu’on est ouverts, on a changé peut-être au dessus de 150-160 produits. En tout, on offre aux alentours de 425-450 produits.

 

B. : Pour conclure, en primeur pour la Rumeur du Loup, quelles sont les nouveautés qui s’en viennent ?
J.-L.L. : Il y a 2-3 petites choses qu’on veut installer. Pour essayer d’éliminer les sacs, j’ai trouvé un petit contenant — encore une demande de la clientèle — fait de plastique recyclé, recyclable et compostable. Il se décompose, il devient du compost, et il est certifié. C’est un petit ajout. Beaucoup de clients me demandent de mélanger les produits. Ça s’en vient aussi. On leur vend le petit pot. Ils peuvent aller dans certaines sections et mélanger les produits pour un prix fixe. Il va y avoir une section réservée aux produits mélangés. J’ai aussi finalement trouvé la farine de kamut que les clients me demandaient. C’est à venir.

 

 

 

 

À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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