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Enfin

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Par Jean-Guy Chouinard

Enfin, l’automne est de retour ! C’est aussi un temps propice pour les soupers entre amis et amies, ce qui fait place à quelques discussions un peu loufoques et à d’autres plus sérieuses. C’est le cas d’une discussion substantielle que je vous rapporte aujourd’hui. L’autre soir, chez Marc, l’ascension de Pierre-Karl Péladeau comme chef du Parti québécois (PQ) et le récent décès de Jacques Parizeau ont suscité les propos suivants, notamment sur la question de l’indépendance du Québec.

Comme trop souvent c’est Pierre qui ouvre le bal. Que voulez-vous, certaines personnes n’ont pas encore compris qu’il faut écouter quelques fois. Pierre, moustachu, dans la quarantaine, gérant chez La Baie et passionné d’histoire : « Moi, je suis totalement convaincu que l’indépendance demeure la voie à suivre si le peuple québécois veut un jour partager une identité forte, une langue commune, certaines valeurs et j’en passe. Historiquement, le peuple québécois a toujours aspiré à ce droit depuis la prise des plaines d’Abraham par les Anglais en 1763 jusqu’à aujourd’hui. Trois périodes fortes ont marqué ce désir. Parlons d’abord des patriotes. Les rébellions de 1837-1838 réprimées dans le sang par les forces britanniques auront pour conséquence la prépondérance d’une conscience minoritaire des Canadiens français. Vient ensuite le mouvement inspiré par la création du PQ lui-même inspiré par un renouveau politique des années précédentes.

Le PQ, après avoir obtenu le pouvoir en 1976, a procédé sous l’égide de René Lévesque à une série de grandes réformes pour enfin tenir en 1980 le premier référendum visant l’indépendance du Québec. Ce dernier s’est soldé, comme on le sait, par un échec du Oui dans une portion de 40 % contre 60 % pour le Non. Enfin, il y a eu une troisième période, soit le référendum amorcé par le PQ guidé cette fois par Jacques Parizeau en 1995. Comme on le sait également, ce fut encore là un échec dans la route vers l’indépendance, mais dans une portion moins importante que le premier, un peu plus que cinquante-mille votes d’écart. C’est sans l’ombre un doute une défaite très honorable. » Puis c’est au tour de Sophie qui tente de mettre les pendules à l’heure quant à l’ardeur indépendantiste de Pierre.

« Moi, je suis totalement convaincu que l’indépendance demeure la voie à suivre si le peuple québécois veut un jour partager une identité forte, une langue commune, certaines valeurs et j’en passe. »

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Sophie, début trentaine, bien portante, enseigne la sociologie au cégep : « Mais, le portait sociodémographique du Québec a cependant bien changé depuis ces périodes et semble poursuivre cette transformation démographique. Le Québec est aujourd’hui marqué par le vieillissement, conséquence du passage des babyboumeurs à l’âge de la retraite. Selon l’Institut de statistique du Québec, la part des 65 ans et plus dans la population aura presque doublé en 30 ans. Cette province reçoit aussi presque 50 000 immigrants par année. Toujours selon Statistique Canada, la portion d’individus nés à l’étranger passera de 20 % de la population en 2006 à 30 % en 2031 dans la région métropolitaine de Montréal. Enfin, selon certains sociologues, le français, déjà en déclin depuis longtemps, poursuivra ce recul. Le français, la langue majoritairement parlée à la maison, en subira donc inévitablement les conséquences. »

Marc, quelque peu courroucé par les dires de Sophie, reprend le flambeau de l’indépendance du Québec. Marc, fin cinquantaine, agent de bureau à la commission scolaire : « De là l’importance de l’adaptation de l’idée d’indépendance aux mutations qu’a subies le Québec si cette dernière veut perdurer et ne pas demeurer que le panache d’une génération. C’est toute la question écologiste et environnementale qui doit être incorporée à l’idée de souveraineté. Ainsi, elle pourrait renaitre au sein des générations actuelles. Outre cette mainmise écologiste et environnementale, nous devons créer plusieurs contacts avec l’étranger afin d’y trouver des appuis et des leviers financiers solides afin d’amener la population à penser que la constitution canadienne n’est pas la seule voie. Un gouvernement fort pourra pour ainsi dire tracer une avenue certaine vers l’indépendance et ainsi permettre aux Québécois de contrôler collectivement ses décisions dans tous les domaines. »

Noémie, toujours si réservée, ne se gêne pas pour jeter de l’essence sur le feu. Noémie, la fille de Marc, début vingtaine, étudiante à la maitrise en anthropologie : « Moi, je ne comprends rien à toutes vos histoires d’indépendance. Je suis née en 1996, donc après le référendum de 1995. J’ai grandi en dehors de ces considérations qui n’ont pas vraiment de sens pour moi. J’ai bien le désir que le mouvement d’austérité exercé par le gouvernement libéral cesse, mais je ne sais comment. Changer pour un autre gouvernement ?

C’est comme changer un dollar canadien pour quatre trente sous! Plusieurs personnes me disent cependant que ces coupes sont nécessaires pour ne pas tomber dans une crise comme l’ont vécue les États-Unis en 2008. Moi, je suis habituée à me faire mentir par le gouvernement libéral. Je croyais au développement durable sur leur site Internet, mais une fois la question vraiment approfondie, je me suis rendu compte que c’est du blabla. PKP, ou PFK, la 6e fortune la plus importante du Québec, cela ne me dit rien qui vaille. La pensée écologiste, c’est aussi la lutte contre les inégalités économiques et sociales. Pourquoi ne pas voter libéral et endurer cette austérité et on pourra se trouver un emploi dans le Nord pour une compagnie étrangère. »

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