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Économie, emploi et… après ?

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Par Marc Fraser

Partons de l’idéologie néolibérale qui veut qu’il n’y ait pas de salut en dehors de la prospérité économique. Imaginons un instant la réalisation de cette utopie : emploi et richesse pour tous, sur l’ensemble des cinq continents. Mais que ferait-on de tout ce bel argent ?

Ainsi, un jour, selon les chantres du néolibéralisme, nous serons tous riches, enfin libérés de la dette nationale comme de nos dettes privées. Nous pourrons alors consommer à notre aise, et ce, jusqu’à satiété. Mais qu’arriverait-il si cette limite était atteinte, si nous disposions tous d’une dizaine de télés 60 pouces, 3D, 4K, avec son immersif ? De quoi auraient l’air nos villes si nous avions vingt voitures, sans compter nos camions et nos motos pour les occasions spéciales ? Où logerionsnous nos châteaux et nos domaines avec leurs vastes jardins décoratifs et leurs cascades d’eau rafraichissantes ? Qui, dans cet état de prospérité généralisée, se porterait volontaire pour fabriquer nos biens et offrir les services convoités, alors que chacun aurait les moyens de se les payer ?

À l’évidence, l’économie, l’emploi et même la prospérité ne sont pas une fin en soi. Ce sont des outils au service des nations. Quant à l’objectif ultime qui devrait être poursuivi, le néolibéralisme reste assez discret là-dessus, comme si ses défenseurs étaient incapables d’aller jusqu’au bout de leur propre raisonnement.

L’économie pour l’économie, la croissance pour la croissance, cette pensée tautologique enferme nos sociétés dans un modèle absurde et intenable. La vérité, c’est que le projet néolibéral n’a de sens que s’il parvient à limiter l’accès aux richesses de ce monde à un nombre restreint de personnes. Réaliser l’enrichissement de tous mène directement à l’épuisement des ressources et à l’implosion du modèle.

Il est donc essentiel, dans la logique néolibérale, de maintenir une importante proportion de la population en état de pauvreté relative, voire dans celui d’endettement constant. Cela assure la disponibilité de la main-d’oeuvre et en réduit le cout. C’est cette même logique qui pousse les entreprises à délocaliser la production dans les pays les plus pauvres. Ainsi, même la Chine, nouvelle adepte de l’économie de marché, se tourne désormais vers l’Afrique pour manufacturer sa production. Comme quoi on est toujours le pauvre de quelqu’un.

Le phénomène de concentration de la richesse est donc intrinsèque au néolibéralisme et il ne pourra conséquemment bénéficier qu’à un nombre restreint de gens. Une fois cette dynamique comprise, il devient difficile de croire qu’une majorité de la population puisse continuer d’y adhérer.

Changement de paradigme

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De nos jours, le modèle néolibéral est constitué comme un mythe, c’est-à-dire qu’il est présenté comme une vérité immuable, un mécanisme naturel auquel nul ne peut échapper. Pourtant, il s’agit d’une construction idéologique au même titre que le communisme ou l’islamisme radical.

Les récentes grèves étudiantes au Québec ont pris racine dans la contestation du modèle néolibéral appliqué au système d’éducation. L’argumentaire des étudiants dénonçait l’instrumentalisation de l’école au service de cette idéologie, qui vise à former de futurs travailleurs et consommateurs, plutôt que des citoyens pouvant contribuer à l’essor culturel de la société. Et le fait est que la jeunesse, éprise de justice et à la recherche d’un sens à la vie, ne s’y retrouve pas dans ce monde qui mélange finalité et moyens. Elle demande, avec raison, qu’on lui offre un projet de société, un objectif auquel elle pourrait adhérer.

Avant l’avènement de la nouvelle pensée libérale, exclusivement axée autour de la prospérité économique et rejetant les idéaux d’émancipation des individus propres au libéralisme, les projets de société étaient au coeur du développement des nations. Les Américains se positionnaient comme les défenseurs du modèle démocratique qu’ils voulaient étendre à l’ensemble de la planète. Les
Français se présentaient comme un peuple de culture et de liberté, voulant partager ses valeurs avec les autres peuples. Au Canada, on défendait la neutralité politique du pays et sa contribution au
maintien de la paix dans le monde, tant par les voies diplomatiques que par la création des Casques bleus. Le Québec voulait s’affirmer comme une nation distincte, de par son caractère français en Amérique. Vous me direz que ces idéaux ont bien mal vieilli et force est d’admettre qu’il ne reste pas grand-chose de tout ça. Le néolibéralisme a fait table rase de ces velléités pour nous parler des « vraies affaires ».

En fait, le seul projet de société un tant soit peu articulé à notre époque est celui des écologistes. S’ils ne tournent pas le dos aux outils que sont l’économie et l’emploi, ils proposent de les mettre au service d’une utilisation rationnelle et renouvelable de nos ressources, dans l’objectif  de préserver l’équilibre naturel qui soutient la vie sur terre. Un objectif louable, bénéficiant à l’ensemble de l’humanité. Or, les néolibéraux sont extrêmement irrités par les écologistes qu’ils accusent de nuire au développement économique et à l’emploi. Mais, sur leur objectif ultime, ils évitent d’engager la discussion, n’ayant franchement pas grand-chose à offrir de plus stimulant. J’invite donc nos politiciens, apôtres du néolibéralisme, à poursuivre leur réflexion, afin de présenter un objectif ultime, un projet de société pour lequel nos efforts devraient être mis à contribution. Il pourrait s’agir d’éliminer la pauvreté dans le monde, de lutter contre le manque d’eau potable, de contribuer à assurer une éducation de qualité aux enfants de la planète, n’importe quoi, pourvu que les moyens ne soient plus présentés comme une fin.

À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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4 commentaires

  1. Bonjour ! Attention ! Faites gaffe le site plante par moment chez moi !

  2. Bonjour ! Tiens ca me rappelle un truc ce site !

  3. Bonjour, article super interessant, pourrais je le récupérer afin de le mettre dans mon blog ?

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