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Dossier Autochone : poésie, Extrait de Bleuets et Abricots : La chasse – la Rumeur du Loup
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avril06

Dossier Autochone : poésie, Extrait de Bleuets et Abricots : La chasse

par Natasha Kanapé Fontaine, photo d’Ali Saad

 

Ici
Les yeux aux quatre directions
je ne suis rien d’autre qu’une femme
Femme entre les femmes et les
hommes
femme entre la Lune et le Soleil
femme entre la Terre et le Ciel
Ici
je sonde l’espace
cardinal après cardinal
je nais au monde
Le passé et le futur m’appellent
vibrations ultimes
aux notes manquantes
l’orchestre symphonique
remonte mes cuisses en saumons
roses
eau douce du retour
Ma langue
anguille
entre jargons et frontières
je bafouille
Personne n’aura vu la lumière
devant le peuple
le vent se lève plus grand
Kanata pays mien
Imprégner la toundra de ton odeur
mes cheveux sur ta poitrine
se muteront en tiges
entre ciel et terre
arbres et racines
Je lèverai les bras vers la lune
le regard vers le soleil
rire en choeur de nos parents
les canots sur les océans
ces roseaux de pierre
avec toi entre mes cuisses
Je suis femme indigène
tu le sais désormais
j’embrasserai
la lumière du monde
je serai sous mon plus beau jour de
jouissance

 

avril06
La truite danse
de rivière en rivière
de fleuve en fleuve
de village en village
plus rien n’atteint l’aube
Voici que je sais écrire
voici que je sais parler
voici que je connais ta langue
je chante tes syllabes
J’annulerai le recommencement
je fermerai le cercle
avec ma bouche et mes dents
je cesserai de grincer de la mâchoire
je bercerai l’avenir
Kanata
Voici
Ta genèse s’appelle village
Je suis femme-terreau
premières pousses
où tu puises ta naissance
Je t’embrasserai vorace
souviens-toi du goût de la terre
je noierai le verbe avec ma salive
souviens-toi de la saveur du fleuve
je vous avais fait mes aveux
je suis grande et belle comme une
anguille
Tu ne me glorifieras plus
tu verras que je sais parler
tu apprendras à te taire
je mangerai ta langue
Tu ne me glorifieras plus
je ne serai ni statue de la Liberté
ni poupée vaudou ni apparat de fêtes
je prendrai forme humaine
Je passerai mes doigts
aux creux de l’oreille
te baiserai les tempes
le cou et la tête
poserai ma jambe sur ta hanche
réchaufferai tes ardeurs
ton front sur mon épaule
la froidure de tes mains

 

avril07
Je me souviens
transpercée par la lance qui tua le
Christ
de passages de la Bible
Je traversais à pied sec
les dépressions du sentier
je gardais la Parole de Dieu
pour sauver mon âme
je citais des passages entiers
je les jetterais ces mots
pour bâtir ma liberté
Je le jetterais ce libre
des mains de ma Nukum
mon Nimushum
et caribou Atik
Ce livre déposé cent fois
sur mon abdomen
lu mille fois les psaumes
songé à David
attendu Isaïe Jérémie Éséchiel
le prêtre a caché sa main droite
sous ma jupe blanche
première communion
On a pris la langue de mon aïeule
elle a bu l’eau-de-vie des missels
elle n’a plus rien bu d’autre
le vin de la messe des dimanches
les enfants ont grandi
dans les chambres noires
maisons où l’on apprenait à mentir
Les pages se sont ouvertes
sur le sable et la terre
il y avait le mot sel
et le sel s’est éparpillé dans les esprits
J’en ai jeté par-dessus mon épaule
gauche
ils disent que si on regarde la ville
on sera changés en statue de pierre
Le sel a ouvert le sang de nos enfants
le sucre a broyé nos nerfs
le lait a pilé nos os
J’ai mangé le livre
j’ai redonné naissance à ma grandmère
j’ai redonné naissance à ma naissance
Aujourd’hui je suis ivre
ma douleur est sourde
les animaux ne savent pas dire
mercure
je bois la source de l’orage
les barrages sont mes chaînes
le rhum brun assouvit ma soif
je jure sur le nom de la canne
mon canot renversé ma risée
mes collines pillées mon or
Je me souviens
des premiers déportés
du soleil brûlé des Antilles
je remonte le courant
les temples du sacrifice
les plages glorieuses
Ouvre-moi
je n’ai pas de réserve
je n’ai su dénouer
ni ton verbe ni ton commencement
mes cimetières sont pleins
Voici que l’on avance
droit vers le vide
la limite du Nord
homme sculpté
contraindre
le destin
Détourner la rivière
de sa trajectoire
musique des chutes
l’eau promet minéraux mémoire
équilibre élévation
Elle change de lit avec ses rapides
et la complainte des baleines
les camions marchent
grands ours de malheur
depuis des bois où l’on plante
machineries
depuis des siècles et des siècles
orgies de rois
abandonnant derrière eux
paysage brisé
ossature brisée
mon trot caribou brisé
Détourner la rivière de sa trajectoire
les falaises pays mien
la cupidité aura mené
à séparer les eaux
prophétie en ces vieux récits de l’Exode
Je me penche vers le Sud
la douleur se fait morsure
ma côte gauche malade
ne peut plus attendre les dents du loup
Je n’ai plus de miroir
pour reconnaître mon visage
la soif à ma gorge
à mes convictions
à nos cris
Le bout de mes doigts
le jus des grenades
goût oublié des mangues
je me tiens à la bouche des paradis
lèvres sucrées des abricots
enfin boire à la mer
la saveur de ta langue étrangère
Je marche vers le Sud
Je me nourris de bleuets et d’abricots
les rivages ne se répondent pas
je dois parler pour le commencement
je dois concocter des confitures
je mangerai la peau bleue des baies
pour garder ma chaleur
j’offrirai des fruits
à la froidure
apprendre le nom
de mon pays
je cours pieds nus vers le rivage
dans le sable chaud du Nord
je transperce la mer
tu t’es arrêté sur le bord
souviens-toi
Ensorcelée
je tente à nouveau de t’attirer entre
les eaux
que tu viennes y boire la volupté d’une
baie
que tu viennes y boire la volupté d’une
baise
que tu viennes goûter pays mien
de tout ton corps
Nos nuits sont les nuits du bout de la
terre
il était une fois des étoiles
innombrables
elles ont guidé mon fils
bouche à téter la mamelle de la Voie
j’y vois marcher les Ourses et l’Archer
je crie je pleure
mon histoire se construit sur le sentier
des Perséides
je te trouve cheveux entremêlés
toi mon fils mon mari
mon songe mon mirage
Indivisibles de ma déraison
Donnez-moi le verbe de la mer
donnez-moi l’origine du monde
donnez-moi le vomi du fleuve
donnez-moi le corps mort des oiseaux
Donnez-moi l’hymne des dieux
d’Afrique
Donnez-moi l’anaconda de Mami
Wata
Donnez-moi le fantôme de l’aigle noir
Donnez-moi les dents du jaguar
Je ferai des feux pour la joie
je ferai des jeux pour l’amour
Je les offrirai aux dieux vaudou
Je quémanderai le ibo
je quémanderai le nago
je quémanderai le pétro
Je fabriquerai le rara du soley
ils verront se brûler leurs chaînes d’or
au centre du makusham
grand cercle du festin
Mon fils est mort vive le fils
Mes soifs manifestes irrépressibles
mes chemins de croix de Cartier
la langue brûlée à boire aux sables
noirs de l’Athapaskan
Je me suis immolée
sur le bûcher des machines
les corbeaux tombent par milliers
le mot sacré intoxiqué par les usines
Je me suis jetée du haut
des stations de forage
j’ai accordé ma peau à l’Arctique
la Majestueuse, Sedna sans doigts
j’ai oublié le nom des flots
que le peuple de glace donnait à sa
mère
j’ai nagé jusqu’à ma mémoire
Mon fils est mort vive le fils
Il a les yeux noirs de mon amant d’eau
il a la peau d’or de notre peuple Éloï
il a la richesse de Zilè
il a la puissance de son archipel
il est plus petit que mon tibia
réveiller l’aube de sa torpeur
endormir le fils qui ne sait pas pleurer
Mons fils est mort vive le fils
Nous avons vu Colombus
Gonzalez
Guerrero
Cortés
Ovando
Nous leur avons donné de l’or jaune
l’orchestre la danse et les poèmes
mûrs
des feuilles de palmier et des fruits
étoilés
nous avons mangé les conquistadors
pour mieux boire l’eau de la mer
Au sacrifice d’Agwë Tawoyo.

À propos Marie-Amélie Dubé

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