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Dossier Autochone : littérature, Extrait du recueil de nouvelles totem Squamish – la Rumeur du Loup
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Dossier Autochone : littérature, Extrait du recueil de nouvelles totem Squamish

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par Gabrielle Filteau

 

De la difficulté à réconcilier l’idée d’avoir nommé Stanley le parc où trônent les totems au coeur de Vancouver avec le sacré qui émane de ces arbres tronqués.

 

 

Dans un élan de puérile ignorance, je me suis photographiée en vraie touriste avec mes belles amies, chacune imitant un animal sculpté dans la chair des troncs d’arbres en guise de pastiche souvenir. Tout ce qu’il y avait d’autochtone dans cette photo, c’était peut-être le gars de l’Abitibi ou les gênes de ma cousine née plus basanée que tous les autres Filteau aux yeux bleus. Ou peut-être notre activisme environnemental, dans l’esprit vert des Premières Nations. Derrière, un aigle à tête blanche aux ailes déployées, un épaulard grimaçant, une grenouille tête en bas dans les bras d’une créature à la fois humaine et ourse, le tout sis sur un raton au regard exorbité. Beau, certes. Mais pas la moindre idée de ce que ces monuments pouvaient bien signifier. OEuvre d’art à la sémantique floue pour décorer mon imaginaire amérindien sans repères. Plus tard, en repassant nos photos de voyage, la traductrice en moi s’est demandé si totem pouvait avoir une racine indo-européenne commune avec tot, en allemand, mort. Et si ces animaux juchés les uns sur les autres formaient des poteaux-tombeaux pour grand chef? Mais ils étaient plantés là, styles et époques confondus, comme une collection barbare de trésors volés. Attrait d’artéfacts artificiel pour clichés. Et je suis tombée, moi aussi, dans le stéréotype né d’une profonde incompréhension.

 

« Le poids des mots oubliés sur ma conscience de blanche. »

 

Je maîtrise quatre langues de colonisateurs, mais je ne sais, des natifs d’ici, que quelques mots qui nous ont servi au commerce des fourrures et qui sont restés dans le patois québécois. Tomahawk, la hache de guerre qu’il faut enterrer, toboggan, la traîne sauvage, babiche, la lanière de peau séchée des raquettes, kayak, l’étroit canot de pêche en peau de phoque ou l’anorak, la tunique en boyaux qui protège du vent, qui a dû sauver bien des frileux de l’hiver, fraîchement débarqués au Kanata. Tant de sons algonquins ou inuktituts qui disparaissent asteure comme neige au soleil. Fondent dans nos mémoires collectives de je-me-souviens seulement de Stanley, le nouveau nom d’un parc conquis où il fait bon se promener, quand le béton de la métropole canadobritannique pèse trop lourd. Le poids des mots oubliés sur ma conscience de blanche. On m’a fait mémoriser, à l’école primaire, les moeurs préhistoriques des peuples fondateurs d’Amérique. Les manuels arboraient des dessins de maisons longues, de coiffes à plumes, du calumet de la paix. Puis, on nous apprenait au tournant d’une page la découverte du continent, la rencontre entre ceux d’ici et ceux de là-bas, à la science infuse et qui avaient pris en grippe l’épaisse forêt canadienne. Ils ont bûché solide. Ils ont eu frette.

 

avril08

 

Malgré cette communion naturelle qui a assuré la survie de la colonie, on a gommé la vérité parce qu’il ne fallait pas que les bons chrétiens sachent qu’ils sont des Métis, que le Québec est tissé d’histoires d’amour sans religions, sans frontières, né du troc entre nations. Et on rêve encore de souveraineté quand il reste des réserves sans électricité, des cahiers d’école qui folklorisent les tribus qui nous ont accueillis, des peuples invisibles si ce n’est que de leur artisanat copié et fabriqué en Chine. Je vis dans une forêt d’épinettes, j’ai deux paires de mocassins, un capteur de rêves à ma fenêtre, des romans du Grand Nord, une passion pour les plantes médicinales boréales, mais pas un seul ami de sang indien.

 

avril09

 

Le totem, c’est un ancêtre animal, comme une bonne étoile qui nous veille. La terre où on le plante, c’est la poussière et le sang des aïeux, qui l’ont foulée sans laisser d’empreintes. La forêt, c’est un berceau de bois pour les générations futures. Un espace vital à protéger. Ce parc rebaptisé Stanley, c’est un grand pan de verdure enclavé de citadins d’ailleurs. Un nom de gouverneur anglais pour un village de Squamish vieux de plus de 3 000 ans, carrefour maritime surplombé de cèdres géants, auquel on devrait redonner le droit d’exister, d’abord par la liberté de se nommer Xwayxway. Être libre, ça commence par choisir ses phonèmes, non? Les noms propres ne se traduisent pas, après tout. Si nous n’avons pas le courage de reconnaître leurs droits sur ces terres, laissons-les au moins en choisir le nom. La prochaine étape, apprendre à prononcer Xwayxway. Essayez, voir… Le X se prononçant comme un K enthousiaste, et le Y, comme « ail ». Preuve que le chemin de la réconciliation des peuples commence souvent en surmontant la barrière linguistique!

 

 

À propos Marie-Amélie Dubé

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