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Détroit, ville agricole?

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Par Mélie Caillaux

Ce qui pourrait se cacher derrière ce verdissement… L’ancienne ville industrielle où étaient regroupés les trois géants de l’automobile américaine :Ford, Général Motors et Chrysler, est officiellement déclarée en faillite le 3 décembre 2013 par le juge Stephen Rhodes. Mais ce processus de désindustrialisation a commencé dès les années 1950 lors de la crise. En outre, cela a offert une nouvelle perspective concernant sa planification. Détroit deviendrait-elle la première ville agricole des États-Unis?

Des terres en quantité

La population de Détroit est passée de 1,8 millions d’habitants en 1950 à 700 000 en 2010. Entre 2000 et 2010, la population a chuté de 25 %. Dans beaucoup de quartiers, le paysage semble apocalyptique, de nombreuses maisons sont abandonnées et beaucoup sont brulées. On compte pas moins de 31 123 parcelles vacantes, correspondant à 3 589 acres1. Que faire de ces terres où plus personne ne veut habiter ?

Un désert alimentaire

Les quartiers sont désertés et cela s’accompagne de la fermeture des commerces de proximité. De plus, les maisons perdent de la valeur et l’on trouve donc en majorité une population pauvre. C’est ainsi que l’on se retrouve dans cette situation improbable et contradictoire dans laquelle les prix des produits dans les seuls commerces restants sont bien supérieurs à la moyenne. La demande est faible et les moyens de transport ne permettent pas aux habitants de s’approvisionner autre part. Les produits frais sont quasi inexistants, la seule alternative reste le junck food que l’on trouve dans les fast food low cost à proximité. Ainsi s’accompagnent une malnutrition et des problèmes d’obésité.

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« Des jardins communautaires et des fermes urbaines à but non lucratif poussent un peu partout, certaines illégalement, principalement dans les quartiers pauvres »

Des associations qui s’organisent

Mais du fait de ces nombreuses terres vacantes, des personnes s’organisent afin de lutter contre ce désert alimentaire.

Des jardins communautaires et des fermes urbaines à but non lucratif poussent un peu partout, certaines illégalement, principalement dans les quartiers pauvres. C’est un moyen de rassembler les personnes, de créer une communauté soudée qui vit les mêmes difficultés. De plus, suivant la productivité du jardin, l’implication des personnes, lors de la période estivale, c’est un moyen de s’approvisionner en produits frais. De plus, ces organisations permettent la création d’emplois.

D’autres personnes ont vu l’occasion de monter leur entreprise en agriculture en ville. Ces fermes essayent de vendre une partie à prix plutôt réduits dans le quartier et trouvent d’autres financements en vendant à des CSA et à des restaurants. De plus, l’organisation Growing in Detroit a une importante place dans la logistique du système alimentaire de Détroit. Elle travaille avec la majeure partie des fermes urbaines pour approvisionner les marchés, notamment le East Market.

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Une gentrification croissante

En parallèle, du fait des prix extrêmement bas (il est possible d’acheter une maison pour 500 $), un nouveau type de personne arrive. Beaucoup d’artistes, des commerces comme des bars et restaurants voient le jour et rendent certains espaces attractifs et dynamiques.

Certains parlent de conspiration …

D’après Detroit News, en 2011, les taxes d’habitation de 47 % des terres taxables n’ont pas été récoltées par l’État, ce qui correspond à 246 millions de dollars. De même pour les factures d’eau. Des familles pauvres ne pouvant pas payer leurs factures sont restées dans cette situation sans que la ville ne réclame quoi que ce soit.

Cependant, la ville se réveille et réclame son dû. Or, après des années de consommation d’eau sans payer, la facture est forcément astronomique et les familles peuvent encore moins payer. L’eau est ainsi coupée. Des familles entières se retrouve sans eau pour se laver ou faire la cuisine et, par dessus tout, pour boire! Pourquoi la ville a laissé traîner ces factures? Par manque de personnel ou pour une raison bien plus sous-jacente consistant à mettre la population dans une situation invivable la contraignant à fuir? L’idée serait de restreindre la ville beaucoup trop étalée à une plus petite surface autour de Downtown et Midtown et d’utiliser les terres abandonnées pour créer la plus grande surface agricole périurbaine.

Mais où irait la population pauvre privée d’eau et de moyens de transport? De nombreuses associations de droits humains parlent de génocide… Elles tentent de faire en sorte que l’eau, élément vital, soit accessible à tous! Les moyens de financer le réseau de transport de l’eau, la rendre potable pourrait changer afin qu’il n’y ait plus de facture d’eau tout en empêchant un gaspillage de cette ressource naturelle.

1 Growing Food in the City The Production Potential of Detroit’s Vacant LandKathryn, Colasanti, Charlotte
Lijens & Michael Hamm, June 2010.

La Rumeur du Loup, Édition 73, mars 2015

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