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avril11

Critique du festival Vues dans la tête : Nelly, la vision multiple d’une femme

par Stéphanie Adams-Malenfant

 

Nelly Arcan s’est fait connaitre dès la sortie de son premier roman, Putain. Elle a reçu plusieurs reconnaissances pour ses oeuvres à la fois crues, sombres et dramatiques qui ont ébranlé la littérature québécoise de l’époque. Le côté mythique de cette femme n’a cessé de prendre de l’ampleur et a gagné en importance à la suite de son suicide en 2009. Cette figure marquante de l’identité québécoise était donc destinée à un film biographique, et c’est le défi que s’est lancé la jeune réalisatrice Anne Émond avec le film Nelly. Se situant entre la biographie et la fiction, Nelly présente la vie fascinante et mouvementée de l’auteure Isabelle Fortier (le nom de baptême de Nelly Arcan).

 

 

Afin de dépeindre la complexité de l’écrivaine, la cinéaste présente cinq personnages propres à Nelly : la putain, l’adolescente, l’auteure à succès, la copine jalouse et la vedette extravagante. Chacune de ces facettes est exposée à tour de rôle. Au début, ce n’est que quelques minutes puis, les scènes s’allongent et laissent place à la complexité de l’univers entourant Nelly. Anne Émond avoue même qu’elle ne savait par où commencer lorsqu’elle a entrepris ce projet. Après avoir rencontré plusieurs personnes importantes dans l’entourage de Nelly et discuté avec elles, elle a compris que présenter la variété émotionnelle à partir de cinq personnages qui reflètent Nelly était la meilleure option.

 

« Ses frasques et déboires sont plus étalés que le côté émotionnel. »

 

 

PLUS QU’UNE SIMPLE FEMME
Tout au long du film, les scènes s’entrecoupent avec les différentes représentations de Nelly sans toutefois créer cet effet de fusion entre elles. Par contre, leur complexité n’est pas exploitée à son plein potentiel, ce qui finit par laisser une frustration lorsque les plans passent à une autre scène. Le film offre davantage un regard personnel de la réalisatrice sur la vie de Nelly Arcan. De plus, le spectateur n’est pas uniquement plongé dans l’univers de l’auteure, mais aussi dans celui des femmes qui ont marqué le milieu artistique telles que Marilyn Monroe, Amy Winehouse et Simone de Beauvoir qui ont toutes connu un destin tragique.

 

 

LA FORCE DES SCÈNES
De plus, la mise en scène propose une autre vision que celle d’une biographie typique, puisque la réalisatrice a recours à l’utilisation de tous ces personnages. Le contraste entre la femme extravagante et l’écrivaine isolée des regards ne fait que représenter toute la complexité de la vie de Nelly Arcan. L’esthétique du film est mise en avant-plan lorsqu’on voit Nelly seule en train d’écrire ou de se questionner sur son futur roman et d’appeler sans relâche son éditeur. Ces scènes étaient souvent tournées sous une lumière naturelle, avec des plans larges et avec le bruit de la maison comme seul son ambiant. Ces moments permettaient de prendre conscience du malêtre que pouvait ressentir l’auteure, et cela offrait la chance, pendant un court instant, d’avoir un accès intime à la femme, sans les artifices. Un autre choix esthétique réussi par Anne Émond est celui de prendre Nelly comme narratrice à travers les différentes apparitions puisque cela rajoute de l’authenticité. Les extraits lus exposent des moments de sa vie, ce qui rappelle le talent subtil de l’auteure.

 

avril11

 

L’EXACTITUDE D’UNE PRESTATION
Il est impossible de passer sous silence la prestation de Mylène MacKay, qui interprète Nelly et ses différents personnages. L’intensité du jeu de Mylène réussit à nous faire ressentir une émotion toute particulière qui rend les personnages secondaires fades et ennuyeux. Anne Émond ajoute même que la réalisation de cette biographie est exécutée de manière très narcissique, par l’utilisation de gros plans posés sur Mylène. Le jeu d’acteur illustre le côté mythique qu’Arcan pouvait dégager dans les entrevues, selon la réalisatrice.

 

 

UNE SURABONDANCE DE THÈMES
Les thèmes abordés dans la biographie de Nelly Arcan sont la sexualité, l’obsession de la beauté, la dépendance, le besoin maladif de perfection et la solitude. Cependant, plusieurs de ces thèmes n’ont pas été suffisamment exploités et traités ; le mélange de tous ces personnages nous empêche de nous intéresser à chacun d’entre eux. On avait plutôt l’impression qu’Anne Émond aurait voulu explorer plusieurs sphères de la personnalité de Nelly sans toutefois s’attarder vraiment à celles-ci. Enfin, le thème de la sexualité est hautement exploité, peut-être même trop.

 

 

MAIS ENCORE ?
Nelly insiste énormément sur son passé de prostituée, mais la question n’est pas posée à savoir pour quelle raison elle s’est rendue à ce stade. Ses frasques et déboires sont plus étalés que le côté émotionnel. Les scènes avec le psychothérapeute auraient pu être mises à profit plutôt que de nous présenter des scènes de son adolescence, qui sont du déjà vu dans les biographies. Nelly demeure original en proposant la représentation de cinq personnages pour autant de facettes d’une même personne. Cependant, plusieurs imperfections demeurent entre les représentations des personnages. Mais cela n’enlève rien à Mylène MacKay, qui a réussi à présenter la complexité qu’avait Nelly Arcan. Cette biographie s’adresse autant à ceux qui ne connaissent pas l’auteure et la femme qu’à ceux qui ont lu ses oeuvres et qui désirent entrer quelques instants dans son univers. Il faut s’attendre à un mélange de fiction et de réel tout comme dans les histoires de Nelly Arcan.

À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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