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avril12

Critique du festival Vues dans la tête : « Moi, j’t’un King, man ! »

par Ève Lévesque

 

Le 10 février 2017, le festival Vues dans la tête d’Anne Émond mettait à l’affiche le dernier film de Podz (Daniel Grou). Les spectateurs ont eu la chance d’avoir Anne Émond ainsi que le réalisateur sur place pour dire quelques mots à propos de King Dave, qui a été précédé du court métrage Mutants.

 

 

King Dave est une adaptation de la pièce éponyme d’Alexandre Goyette dans laquelle le personnage principal, David, raconte une bonne partie de sa vie en s’adressant souvent directement au public. C’est pourquoi le récit est filmé en un seul plan séquence. Selon Podz, la structure de conte raconté en un souffle et le fait que le personnage narcissique prenne toute la place, ont fait en sorte que la caméra devait toujours être sur lui. C’est d’ailleurs toute une prouesse ! Le film a pris 10 ans de préparation, plusieurs camions transportant des studios complets, ainsi que la collaboration du métro de Montréal pour aider l’équipe technique à placer la caméra aux bons endroits aux bons moments. En tout, l’équipe avait un rayon de déplacement de neuf kilomètres ! Juste pour ça, ça vaut la peine de voir le film.

 

« C’est d’ailleurs toute une prouesse ! Le film a pris 10 ans de préparation, plusieurs camions transportant des studios complets, ainsi que la collaboration du métro de Montréal pour aider l’équipe technique à placer la caméra aux bons endroits aux bons moments. »

 

Mais est-ce que l’histoire est bonne, si cet aspect-là nous intéresse moins ? Oh que oui ! En bref, Dave, 35 ans, a la mentalité d’un adolescent frustré voulant devenir un gangster, un dur à cuire. Il se trouve vraiment, vraiment trop bon. Il annonce qu’il est « un king du contact », ce qu’il prouve en faisant fuir quiconque l’approche. Ainsi, pendant tout le film, il essaie d’être quelqu’un qu’il n’est pas. Le film commence avec cette fête où un groupe de jeunes bandits lui demande de voler des radios d’auto pour 200 $ parce que, dans son ivresse, il a dit qu’il était « un pro, un expert, maaaan ! » (Il appelle tout le monde « man ».) Ensuite, pour éviter de se faire battre, il vole des outils à sa mère et essaie de voler des radios, pour un maigre 200 $, qu’il dépense dans un club où sa chick (sa blonde) se « frotille à un nèg’ » (ce sont les mots de Dave, pas les miens) qui finit par le tuméfier dehors. Il passe ensuite le reste du film à essayer de prendre sa revanche, tout en racontant ce qui l’a mené là. C’est magnifique.

 

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Pour ce qui est de Mutants, c’est un court métrage qui mélange sexe et enfants. Mélange douteux. La première scène est celle d’une initiation où le personnage principal (un garçon d’environ 12 ans) ainsi que tous les garçons de son équipe de baseball se masturbent devant une toast, déclarant que « le dernier qui [éjacule] mange la toast ». Le réalisateur a su installer un ton rapidement et le garder aussi intense pendant tout le film, ce qui est impressionnant, mais malaisant. Le héros fixe sans arrêt une rousse de son âge avec appétit et il y a une scène où cinq enfants observent à travers la fenêtre du salon le coach et la mère d’un des joueurs en train de s’ébattre. Le réalisateur voulait surement choquer son public le plus possible ; c’est certainement réussi pour moi, mais les autres personnes dans la salle ont ri là où je serrais le plus les dents. Si vous avez un drôle d’humour, je vous le recommande assurément. Mais bon ! Avec Dave essayant de se sortir de sa misère qui s’accumule et qui essaie de prouver au monde et à lui-même à quel point il est fort, on dresse un portrait. Pas juste un beau portrait réaliste d’un personnage très moderne qui ne parle que de lui-même, laissant place à la critique de certains comportements déjà observés sur les réseaux sociaux, mais aussi un portrait des ghettos de Montréal ; un portrait social beau, triste, décadent et qui dégoute un peu, mais qui nous amène plus loin, ce que tout bon film devrait faire.

À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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