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Chroniques de ceux qui restent : Une Bougie

evesimard

par Ève Simard, photo d’Alice-Anne Simard

 

Un an. Le cap de la première année sans toi est franchi. Un voyage qui s’est déroulé dans des tempêtes sans précédent, mais aussi dans des accalmies douces et sereines. Une épopée qui ne se terminera qu’au moment de ma propre mort, j’imagine.

 

Un an. 365 jours à apprendre à vivre sans toi, à faire la paix avec cette existence dénuée de tes éclats. Accepter ton absence ne signifie pas qu’elle me soit désormais supportable. Elle ne le sera sans doute jamais. Moins douloureuse aujourd’hui, peut-être. Même si de savoir que ton visage ne se couvrira jamais de rides m’incendie toujours l’âme. Je m’éveille encore chaque matin avec l’espoir vain que tout cela, toute cette dernière année, ne soit qu’un cauchemar. Que mon téléphone sonne et qu’au bout du fil, il y ait toi. Ta voix rieuse qui me confie l’anecdote de ta soirée de la veille. Qu’on frappe à ma porte et que, derrière la vitre, il y ait ton sourire. Que tu entres, que tu déposes ton gros sac dans mon entrée et que je te serre bien fort dans mes bras en enfouissant mon nez dans tes cheveux. Au début de cette nouvelle vie sans toi, j’avais peur de t’oublier. J’étais terrorisée à l’idée que ton souvenir s’estompe comme de la craie soufflée par le temps qui passe. Que ma mémoire me joue des tours et qu’il ne me reste plus, à l’aube de la deuxième année sans toi, que des traces de ta vie, comme les empreintes dans le sable balayées patiemment par les vagues. Penser que je puisse m’habituer à ce que tu ne sois plus là, que le quotidien gruge ce que je garde de toi dans mon coeur et dans ma tête, me tétanisait. Je ne voulais pas que ton souvenir soit évanescent, que son ardeur faiblisse et se voile. Je le voulais vif, vivant, sans égratignure. Ne jamais oublier ta douce folie, ton regard bleu et profond, ton rire en cascade, l’odeur de ta peau comme un biscuit sucré, le contact de ton corps quand on se retrouvait, ta vivacité d’esprit et tes paroles sages, tout l’amour que tu portais aux autres. Garder en mémoire nos jeux d’enfants, tes cheveux que j’ai tant coiffés, l’imagination et la créativité qui débordaient de ton être, ta résilience. Je sais maintenant que je ne t’oublierai jamais. Que tu demeures tout entière dans mes souvenirs. Intacte, de ta naissance à ta mort. Comment ai-je pu croire qu’une seule année tumultueuse en effacerait vingt-deux pleines d’un bonheur indicible ? Bien que mon avenir se dessine et se joue désormais sans toi, mon passé, lui, demeure habité par toi, par la chance que j’ai eue de t’avoir connue, de t’avoir aimée. D’avoir eu une petite soeur exceptionnelle et des moments de complicité précieux.

 

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« Au printemps dernier, ma jeune soeur est décédée d’un tragique accident. Si la Terre me semble avoir cessé sa course depuis, je sais pourtant que la vie continue. »

 

Oui, j’arrive maintenant à avoir une sorte de quiétude quand je m’endors le soir. À calmer les souvenirs brulants, ceux de ta mort, pour ne garder que les images qui me rappellent ta vie. Oui, je la vois enfin la lumière, je sens que la brume s’est levée et que mon corps espère voir mes pas se tourner vers l’avenir, vers ce qui m’attend. Malgré tout, affronter le deuil, c’est aussi avoir l’impression, par moments, de tourner en rond. De ressasser inlassablement les mêmes rengaines : le chagrin innommable, la colère soudaine, le vertige du manque. S’efforcer de vivre le quotidien, puis réaliser soudainement que tout a changé. Et ça remonte, au creux du ventre : la perte. Immense. Immuable. La sensation d’imploser sous le poids de ton absence. À travers les larmes, celles qui coulent comme celles qui se cachent derrière mon sourire, je vois les mains tendues vers moi. Les petites qui réclament que je leur dessine un soleil, les grandes qu’on me tend par amitié et celles de tous ces autres qui souffrent de ton départ autant que moi. Tous ces autres, toutes ces mains, tous ces rires sont mes bouées. Ne pas être seule est sans aucun doute le meilleur baume. Par-dessus tout, ce qui me permet de continuer, d’avancer, de me tourner vers l’avenir, c’est cette conviction absolue qu’il y a quelque chose pour toi après ta mort. Affronter le deuil me serait bien plus pénible s’il me fallait croire que ta mort signifie ta fin. Je sais au fond de mon coeur que je te retrouverai, un jour. D’ici là, il me faut vivre.

 

Au printemps dernier, ma jeune soeur est décédée d’un tragique accident. Si la Terre me semble avoir cessé sa course depuis, je sais pourtant que la vie continue. Qu’elle doit continuer. Écrire le deuil, le mien comme celui des autres, m’aide à garder la tête hors de l’eau et éviter la noyade dans mon propre chagrin. Parce qu’écrire permet d’apaiser les hurlements intérieurs. Pour d’autres textes sur le blogue Ma soeur. Les jours d’après : https://lesjoursapres.wordpress.com. Pour me permettre de partager votre propre expérience du deuil à travers mes mots, contactez-moi : zeve13@hotmail.com

À propos Louis-Philippe Gélineau Busque

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