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Chasse aux phoques et bouddhisme – la Rumeur du Loup
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Chasse aux phoques et bouddhisme

marjolainejolicoeur

par Marjolaine Jolicoeur

 

La Rumeur du Loup de juillet se voulait un spécial « Inspiration » avec, en guise d’avant-propos, une parole du Bouddha sur l’impermanence. On y suit aussi, sur quelques pages, le parcours de Pierre-Henry Fontaine, un collectionneur de squelettes qui pourfend « les groupes écologistes ou animalistes » pour leurs positions sur la chasse commerciale des phoques. Ce disciple de la rationalité, qui voit toute émotion comme suspecte, devrait peut-être s’inspirer de Rabelais qui n’hésitait pas à déclarer « qu’une science sans conscience, n’est que ruine de l’âme ».

 

Conscience et émotions

Nous ne sommes pas qu’un cerveau, notre conscience est liée à nos émotions, nous formons un tout. Pour certaines franges du mouvement écologique (tout comme ceux qu’on nomme avec mépris « les animalistes ») ainsi que pour le Bouddha, rien n’existe isolément. C’est de cette notion d’interdépendance que découle l’éthique bouddhique. Puisque la souffrance de l’autre (humain ou animal) est aussi réelle que la nôtre, le bouddhisme enseigne comme premier précepte la non-violence, l’ahimsa, et donc le respect de la vie. Pierre-Henry Fontaine veut que la chasse aux blanchons reprenne, sans blague ? La majorité (98 %) des phoques chassés à des fins commerciales au Canada sont âgés de trois semaines à trois mois. Ceux qui préconisent la reprise de la chasse aux blanchons — interdite depuis 1987 — veulent-ils que le bébé phoque soit tué lorsqu’il sort du ventre de sa mère, pendant qu’il allaite, âgé d’à peine quelques heures, de quelques jours ?

 

« La fourrure de phoque est-elle vraiment écologique, comparée à celle qui est synthétique ?»

 

C’est l’écrivaine Marguerite Yourcenar qui, la première, alerta l’opinion publique dans les années 1970 sur la chasse aux blanchons qu’elle décrivait ainsi : « une sauvagerie de l’âge de pierre… l’un des symboles de notre brutalité envers la nature, pour des raisons futiles et indéfendables… Je trouve atroce d’avoir à penser chaque année, vers la fin de l’hiver, au moment où les mères phoques mettent bas sur la banquise, que ce grand travail naturel s’accomplit au profit d’immédiats massacres. » L’opinion publique n’acceptera jamais de revoir des blanchons se faire tuer violemment dans des trainées de sang, devant leurs mères paniquées hurlant de douleur. Il sera impossible d’ouvrir des marchés pour le commerce de la fourrure de blanchon. À l’heure actuelle, plus de 35 pays ont interdit l’importation des produits issus de la chasse aux phoques : l’Union européenne, la Russie qui, selon les estimations, représentait à elle seule 90 % des exportations mondiales de fourrure de phoque, et les États-Unis. L’accord entre la Chine et le Canada concernant la vente de produits comestibles issus du phoque, comme la viande et l’huile, n’a jamais été ratifié.

 

Pétrole et fourrure écologique

La fourrure de phoque est-elle vraiment écologique, comparée à celle qui est synthétique ? Il faut une grande quantité de pétrole pour ravitailler les bateaux des chasseurs de phoques – qui doivent, certaines années, naviguer plusieurs kilomètres au large pour aller à la chasse — ou pour exporter des fourrures aussi loin que la Chine ! Tannage, trempage, séchage, nettoyage et finition des fourrures animales requièrent de multiples traitements chimiques utilisant peroxyde d’hydrogène, formaldéhyde, agents de blanchiment et teintures. Potentiellement cancérigènes, ces produits chimiques peuvent causer divers problèmes de santé chez l’humain, tout en polluant les cours d’eau et les sols. L’industrie de la fourrure animale nécessite d’énormes quantités de ressources et d’énergie.

 

Sauver les morues en tuant des phoques

Une étude provenant de 14 chercheurs scientifiques et publiée dans la revue américaine Science, il y a une douzaine d’années, prédisait que la quasi-totalité des espèces de poissons et de crustacés pêchés pour la consommation humaine aurait disparu des océans avant 2050. Selon un plus récent rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, pas moins de 90 % des stocks de poissons sont désormais exploités au maximum, ou alors carrément surexploités. Cet effondrement de la population des océans est-il causé par l’alimentation des phoques ? Ou plutôt par la pêche intensive et, dans une moindre mesure, par les changements climatiques ? Pour justifier les tueries de phoques, on les accuse, entre autres, de manger trop de morues. Mais même si l’on tue jusqu’au dernier phoque, les morues ne reviendront pas. Faudra-t-il éliminer tous les bélougas, les baleines, les dauphins, les requins et les oiseaux de mer sous prétexte qu’ils mangent du poisson ? Notre  planète n’appartient pas qu’à l’espèce humaine…

 

Avoir du coeur

Il semble que cela soit inquiétant, pour certains, de laisser parler son coeur et ses émotions. Il n’y a pourtant rien de sentimental à vouloir moins de violence dans notre monde. Si un peu plus d’humains avaient un peu plus de coeur et de sensibilité face à la souffrance animale et humaine, notre planète ne s’en porterait que mieux. Marguerite Yourcenar l’avait bien compris : « … la souffrance des animaux me touche. Comme la souffrance des enfants : j’y vois l’horreur toute particulière d’engager dans nos erreurs, dans nos folies, des êtres qui en sont totalement innocents. Quand nous frappons un enfant ou quand nous l’affamons, quand nous l’élevons de telle sorte que sa pensée soit faussée ou qu’il perde son gout de la vie, nous commettons un crime envers l’univers qui s’exprime à travers lui. La même chose est vraie quand nous tuons inutilement un animal ou quand, sans bonne raison, nous coupons un arbre. Chaque fois, nous trahissons notre mission d’homme qui serait d’organiser un univers un peu meilleur. »

À propos Marie-Amélie Dubé

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